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Célébrer les personnes, la vraie richesse des nations

Par Tété Enyon Guemadji-Gbedemah , le 08 novembre 2010 | Dernière mise à jour de l'article le 09 novembre 2010

La formule de Jean Bodin :  « Il n'y a de richesses que d'hommes » est passée dans le langage courant. Mais le facteur humain n'a pas toujours été pris en compte en matière du développement et de sa mesure. Le Rapport sur le développement humain publié par le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), et dont la version 2010 est désormais disponible, nous apprend que l'idée de ne plus mesurer le développement sur la base du seul revenu national date d'il y a seulement 20 ans. En 1990 donc, le PNUD a pour la première fois conçu et mis en œuvre un nouvel outil de mesure, l'indice du développement humain (IDH).

Un indice composite

L'édition du 20ème anniversaire du Rapport sur le développement humain (RDH) revient par le menu sur les circonstances de l'émergence de l'IDH ainsi que sur sa construction. La spécificité de l'IDH est d'être une mesure composite de la santé, de l'éducation et du niveau de vie.

Dans la pratique, quatre indicateurs entrent dans la composition de l'IDH. Il s'agit notamment de l'espérance de vie à la naissance, de la durée moyenne de scolarisation, de la durée de scolarisation attendue, et du revenu national brut par habitant.

En dépit de son caractère novateur, l'IDH n'est pas exempt de critiques. Le PNUD reconnaît lui-même que cet indice a un effet simplificateur et n'exprime qu'une partie des multiples facettes du développement humain. Certaines critiques portent sur la dépendance de cet indice vis-à-vis des moyennes nationales, sans égard pour la répartition des ressources, et pour l'absence de quantification de la jouissance de la liberté.

Des progrès impressionnants...

Quoiqu'il en soit, depuis vingt ans, la publication régulière de cet indice a influencé les débats sur le développement ainsi que les pratiques. Les Objectifs du Millénaire pour le développement en sont une des résultantes. En outre, « une gestion axée sur les résultats, comprenant l’utilisation d’indicateurs de performance lors des allocations budgétaires, est apparue dans plusieurs réformes du secteur public ».

Enfin, les rapports qui se sont succédés depuis 1990 ont mis en lumière des aspects insoupçonnés du développement qu'ils ont d'ailleurs conceptualisé. En l'occurrence, la sécurité humaine, les droits de l'homme et le développement durable. Sur un tout autre plan l'IDH a lui-même évolué. Cette année, il intègre trois nouveaux indicateurs de mesure de l'inégalité et de la pauvreté. Le Rapport propose à partir de cette année une évaluation des pays en fonction de l'IDH ajusté aux inégalités, de l'indice de l'inégalité de genre et de l'indice de pauvreté multidimensionnelle.

En analysant tous ces indicateurs ainsi que l'IDH, le PNUD soutient que les progrès en termes de développement humain ont été impressionnants. « En effet, partant d'un niveau de 0,57 en 1990, l'IDH moyen mondial est passé à 0,68 en 2010, poursuivant ainsi sa progression amorcée en 1970 lorsque l'indice était égal à 0,48 ».

... surtout en éducation

Les progrès les plus spectaculaires se trouvent dans le domaine de l'éducation. Le Rapport relève que depuis 1970 aucun pays n'a connu de déclin en termes d'alphabétisation ou de durée de scolarisation. « Prenons la durée de scolarisation : un individu moyen âgé de 15 ans, ou davantage, en 1960 avait fréquenté l’école pendant une durée inférieure à 4 ans – or en 2010, ce chiffre avait doublé à l’échelle de la planète, et avait plus que triplé dans les pays en développement (passant de 1,9 année à 6,4 années). »

L'abolition des frais de scolarité dans de nombreux pays a eu pour conséquence une forte fréquentation et une pression sur les infrastructures d'accueil. Si l'on peut se réjouir de l'augmentation des ressources affectées à l'éducation et de la résorption progressive de l'inégalité de genre face à la scolarisation, on le peut moins en ce qui concerne la qualité de l'enseignement, tributaire de la forte demande d'éducation. L'accroissement du taux de scolarisation et des dépenses d'éducation n'induisant pas toujours une bonne éducation.

« En règle générale, dans les pays en développement, les enfants acquièrent bien moins de connaissances que les enfants scolarisés pendant un nombre d’années identique dans les pays développés ».

L'usage des technologies

Le RDH s'intéresse aussi aux usages des technologies de l'information et de la communication, d'une manière générale. Elles ont le plus fort impact dans le domaine de la santé, lit-on, mais un impact minime en éducation (p. 64).

Il reste que « la prolifération du téléphone portable et de la télévision par satellite, en plus d’élargir l’accès à l’internet, a décuplé l’information disponible et les possibilités d’expression ».

Ce rapport fait un point d'étape capital sur le long chemin menant au véritable développement humain partout dans le monde. Il constitue une excellente base de réflexion pour définir les politiques nationales et internationales, d'autant plus que l'amélioration continue des indicateurs permettent de relativiser les places des uns et des autres.

Télécharger : Rapport sur le développement humain 2010 (.pdf, en français)

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