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La motivation, préalable ou résultat de l’apprentissage ?

Par Christine Vaufrey B , le 22 avril 2009

Internet réserve bien des surprises : ainsi ce texte sans contexte, au format .doc, qui apparaît lorsqu’on effectue une recherche sur la motivation et l’apprentissage ; manifestement le compte-rendu d’une table ronde lors d’un colloque consacré à ce sujet de la motivation, ou quelque chose d’approchant, voici quelques années, quelque part dans l’académie de Toulouse… Une véritable pépite brillante, dans la masse des graviers sans valeur.

Le texte s’intitule "Peut-on apprendre sans motivation" ? Il rapporte le contenu d’un débat entre Isabelle Causse-Mergui, Cécile Delannoy et Philippe Meirieu. La première est orthophoniste, spécialisée dans la rééducation mathématique ; les deux autres sont professeurs en Sciences de l’Education.

Désir de savoir et désir d'apprendre

Meirieu rapporte la célèbre parole de Célestin Freinet : être pédagogue, c’est « faire boire les chevaux qui n’ont pas soif ». Pour obtenir le succès dans cette délicate entreprise, il est possible de jouer sur trois tableaux : l’identification à l’adulte, le désir de savoir et d’apprendre, le sens des apprentissages. Meirieu s’arrête longuement sur la deuxième stratégie et affirme que désir de savoir et désir d’apprendre ne vont pas de pair. Les outils numériques ont même aggravé ce découplage : « Je crois que le fait de dire qu’on est motivé pour savoir ne veut pas forcément dire qu’on est motivé pour apprendre. Aujourd’hui précisément, l’essentiel du progrès technologique, et plus encore depuis l’introduction du numérique, consiste à nous offrir des moyens de savoir sans apprendre ».

En effet, continue t-il, il existe différentes solutions pour savoir sans apprendre : demander à quelqu’un qui sait déjà, trouver un produit fini qui synthétise « tout ce qu’il faut savoir sur… », ou faire semblant d’apprendre… Parce que « l’apprentissage est compliqué, consommateur de temps et d’énergie et produit un résultat qui souvent est médiocre comparé à celui obtenu en s’adressant à un professionnel ».

Aprentissage et sentiment d'efficacité

Nous y voilà. Apprendre, c’est difficile, long, et ça ne marche pas à tous les coups. Pour certains enfants, cela marche même très rarement, d’où un rejet de la démarche d’apprentissage, perçue comme dangereuse. Comme le dit C. Delannoy : « il me semble que, plus que l’envie de savoir, c’est d’abord l’image d ’eux en tant qu’êtres capables de réussir qui a été cassée chez les élèves en échec ». Et la notation qui règne en maîtresse absolue de l’évaluation des apprentissages scolaires a ici des effets ravageurs : « l’enfant est toujours comparé à d’autres qui font mieux. On lui renvoie une image de lui dévalorisée. Quel enfant aurait envie d’accepter comme critère de sa valeur quelque chose qui lui renvoie l’image qu’il n’a pas de valeur ? Nous avons tous préféré les disciplines qui nous valorisaient et avons décrété que les disciplines où nous étions nuls étaient inintéressantes. C’était notre manière à nous de sauver notre image de nous-mêmes ».

La motivation est donc grandement entretenue par le sentiment d’efficacité personnelle dans les apprentissages. Dans un tout autre registre que celui de ce débat, on lira avec intérêt les échanges visibles à la suite de ce billet de blog, consacré à la motivation de l’autodidacte ; s’y confrontent puis s’y rapprochent deux visions de la réussite dans les apprentissages avec, en thème émergeant puis central, la nécessité impérative d’élaborer des stratégie d'apprentissage pour, précisément, faire grandir en soi le sentiment d’efficacité…

Apprendre fait-il grandir ?

Meirieu insiste également beaucoup sur la fameuse question du « sens » des apprentissages. Expliquer sans relâche aux jeunes que les mathématiques, c’est pas marrant mais que ça leur servira plus tard est probablement voué à l’échec. Non parce que cela serait faux, mais parce que « le savoir scolaire ne fait pas partie de leur univers et de leurs préoccupations ». Et qu’est-ce qui intéresse les jeunes, sinon les questions qui, de tout temps, ont agité nos jeunes années et sur lesquelles se sont érigées les grands textes littéraires  et finalement, toutes les cultures des différents peuples du monde ? Meirieu regrette que l’école ait abandonné les questions fondamentales « à Walt Disney et aux thrillers américains » : « Si le savoir scolaire n’est pas perçu comme une occasion de grandir, de subvertir un certain nombre d’enfermements, de devenir adulte et de gagner des droits et des devoirs, il ne sera pas investi comme objet de désir dans une dynamique de motivation ».

La transgression et la réponse aux questions existentielles ne font plus partie des savoirs enseignés à l’école. Manifestement, les jeunes trouvent sur Internet de nouveaux moyens de se construire en s’affirmant contre les cultures parentales et scolaires. En se montrant, en interagissant, ils apprennent et développent leur sentiment d’efficacité personnelle. En revanche, ils accèdent aux savoirs construits et objectivés sans passer par la case « apprentissage », par ignorance souvent des stratégies augmentant leurs chances de réussite. Il est donc indispensable de mettre en avant l’apprendre à apprendre, tant il est vrai que le savoir demeurera opaque et intimidant pour tous ceux qui n’auront pas compris comment ils peuvent s’en emparer.

Peut-on apprendre sans motivation ? 

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