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Le jeu de rôle pour apprendre à débattre

Par Alexandre Roberge , le 16 novembre 2009 | Dernière mise à jour de l'article le 17 novembre 2009

Le Web est désormais ouvert à la voix citoyenne. Désormais, on peut commenter des articles de journaux, des éditoriaux, des blogues, des photos, des vidéos, etc. Il n'y a plus grand espace sur la Toile où l'on ne puisse glisser son commentaire. Sauf qu'il suffit trop souvent de lire ces commentaires virtuels pour comprendre qu'il ne s'agit pas de débats démocratiques. On se retrouve dans l'univers du troll: là où la mauvaise foi règne en maître et où personne ne semble savoir ce qu'est un argumentaire sensé, raisonnable et civilisé. 

Il est donc sage dans ce contexte de vouloir enseigner l'art du débat à nos enfants. Il est également intéressant de "déstabiliser" les étudiants, les obliger à prendre une position qui n'est peut-être pas la leur pour leur permettre de comprendre sur quoi se basent les opposants à leur opinion. Une solution pour intégrer toutes ces idées ? Le débat en jeu de rôle.

Seulement un jeu  ?

Un article du Laboratoire de Méthodologie de la Géographie (LMG) propose une réflexion sur la manière d'intégrer en classe ces débats en jeu de rôle. Tout d'abord, pourquoi faire ce type d'activités ? On peut, à partir d'un simple exercice de la sorte, développer des dizaines de compétences sociales et cognitives (respecter les autres, accepter les différences, résoudre les conflits, négocier, comparer et mettre en opposition, empathie face à l'opinion des autres, etc.).

Mais attention ! Ce type d'exercices demande de la préparation. Ainsi, on doit décider dans quel type de débat nous nous trouverons. Serait-ce une fausse assemblée de l'Union européenne ou un simulacre de talk show télévisé ? Car cela influe sur le type de communication que vous voulez que vos étudiants adoptent. Par exemple, si vous simulez un panel d'experts de la Commission européenne, ici, tout le monde a droit à un droit de parole respecté, sans interruption. Cependant, les experts doivent maîtriser leur sujet et doivent le faire dans un temps imparti. Cela oblige à résumer sa pensée. Par contre, un faux talk show télévisé permet de discuter d'une façon beaucoup plus musclée, mais peut mener à des dérapages qu'il faut savoir gérer. Et si vous simuliez un sommet international (G8, OTAN, OMC, etc.) où il y a certes des débats supervisés, mais également des débats informels et même un vote ?

Il faut également distribuer les rôles de manière judicieuse: s'assurer que chaque opinion du débat ait une représentation. N'ayez pas peur de demander des rôles très divers pour avoir différents types d'opinions (plus tranchées ou plus nuancées). Par exemple, un débat sur la place des femmes dans la recherche scientifique. Vous pourriez avoir des rôles de féministes luttant farouchement pour une plus grande intégration des femmes en science, des rôles de femmes dans le domaine des sciences voulant faire la promotion de leurs expériences, des propriétaires de laboratoire ayant de forts préjugés face à la promotion des femmes en sciences et technologies et des représentants gouvernementaux mal à l'aise avec la discrimination positive envers les femmes (ou le contraire). 

Les buts pursuivis, au-delà de l'aspect ludique et de l'apprentissage entourant débat, sont d'obliger les jeunes à faire des recherches sur le sujet et des recherches ciblées demandées par leurs rôles respectifs, de les aider à choisir leurs arguments, à les défendre et finalement, à les préparer à mener de véritables débats. Car nous nous retrouvons tous au coeur de débats dans notre vie: que ce soit des débats publics comme dans une mairie ou au parlement ou dans notre propre maison avec nos proches, à propos de sujets de l'actualité.

Comment évaluer ?

Évidemment, si l'exercice peut se révéler riche et incroyablement divertissant pour les étudiants, il peut être un casse-tête pour les professeurs ne sachant trop comment évaluer ce type d'exercices. Pour le débat en tant que tel, on peut évaluer le respect des consignes, l'argumentaire (pertinent ou pas ?), les documents présentés en débat, si les élèves ont tenu leur rôle, si le groupe a tenu son rôle, a participé au débat, les comportements, etc.

Rien n'empêche non plus d'évaluer ce qui entoure le débat. Par exemple, pourquoi ne pas évaluer les recherches sur Internet faites par les jeunes dans les semaines précédant le débat ? Leur demander un carnet de bord, un résumé de leurs investigations et comment ils s'y sont pris. Et après le débat, invitez-les à noter les arguments entendus de part et d'autres (ou un résumé du débat) et demandez leur de les classer en construisant une carte heuristique (ou carte mentale). Autre idée: pourquoi ne pas partager le résumé du débat dans un blogue et inviter d'autres élèves de l'école à commenter, ce à quoi pourraient répondre vos élèves, afin de prolonger le débat...

Le LMG propose un modèle d'activité basé sur la question de l'intégration ou non de la Turquie à l'Union européenne. Cependant, rien ne vous empêche d'aller dans des questions de société plus générales. Si on prenait l'exemple de notre dossier sur les TIC au féminin, on pourrait à partir de ce thème débattre sur la place des femmes dans le milieu des technologies ou sur les modèles féminins dans la société. Un exemple plus précis: The Guardian mettait en ligne un article sur la présidente de la Girls School Association qui dit aux jeunes filles qu'elles devraient être réalistes dans leurs attentes professionnelles si elles désiraient une famille. Qu'il était impossible pour une femme d'être une mère parfaite et une femme de carrière, qu'il n'y avait rien de mal à choisir d'être une mère plutôt qu'une travailleuse. Alors, la question peut se poser en débat: peut-on être à la fois une bonne mère et une femme de carrière qui réussit ?

Les possibilités de débat pleuvent, il suffit de suivre nos journaux télévisés quelques instants pour en trouver. C'est à nous, adultes, de développer chez les plus jeunes le goût du débat civilisé, avec un argumentaire plus fort que la simple insulte gratuite ou le pathétique "c'est comme ça". Et si l'on parvenait grâce au jeu à intéresser les jeunes jeu aux causes sociales et politiques ? Ne serait-ce pas là un super cadeau à leur faire et à nous faire aussi en tant que sociétés démocratiques ?

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