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Les lycéens et leurs manuels scolaires

Par Christine Vaufrey B , le 26 janvier 2010

Voici sept lycéens scolarisés en France. L'une est plutôt attirée par les arts, une autre par les sciences, d'autres encore par l'économie et la sociologie, par l'informatique ou les technologies. Ils ont entre 15 et 17 ans, ils sont élèves de seconde, première ou terminale, soit les trois dernières années d'école secondaire en France.

Tous utilisent, "depuis l'âge de 5 ans" comme dit l'un d'entre eux, des manuels scolaires. 

Comment utilisent-ils leurs manuels ? Les trouvent-ils attrayants, utiles, bien faits ? Pourraient-ils s'en passer, notamment en les remplaçant par des ressources en ligne ?

Compte-rendu d'un débat animé.

Lisez-vous vos manuels scolaires sans que les profs vous le demandent ?

Oui, à l'unanimité !

Florent : Je lis le manuel pour réviser, avant les devoirs surveillés.
Théo : Le manuel, c'est très utile quand on n'a pas écouté en cours, ou quand le prof n'était pas clair.
Hubert, Clémence : On lit les manuels même par plaisir.
Jessica , Laura : Surtout le livre d'histoire-géo, ou le livre de français. Mais dans certaines matières, comme en langues, le manuel ne sert à rien.

En quoi ces livres sont-ils intéressants ?

Tous soulignent que les manuels sont bien organisés.

Hubert : Ils sont agréables, il n'y a pas que du texte. Ils contiennent beaucoup de documents : graphiques, photos... et on comprend plus facilement que s'il n'y avait que des gros pavés de texte. Dans un manuel, il y a l'essentiel.
Clémence : Je suis en section littéraire, et j'aime bien mon manuel de Maths. Il est très clair, il y a des encadrés, des résumés de ce qu'il faut absolument savoir. Ça ne demande pas d'efforts.
Théo : Le manuel de SVT (Sciences de la Vie et de la Terre) donne de bons compléments, avec tous les schémas, les photos.

Comment les enseignants utilisent-ils les manuels ?

Les jeunes répondent sans hésitation et de manière détaillée à cette question. Ils sont fins observateurs et soulignent la variété des pratiques chez leurs enseignants.

Hubert : Certains profs critiquent les manuels. Par exemple, en histoire cette année nous étudions la Cinquième république. Le prof nous a conseillé de chercher de la documentation ailleurs, car il n'aime pas le dossier que contient notre manuel. Pourtant, il utilise largement les autres chapitres.
Florent, Laura : En histoire-géo ou en maths, nous utilisons uniquement le manuel, le prof ne distribue pas de photocopies.
Louis : Le livre, c'est le programme. Mais les profs choisissent l'ordre des chapitres.
Florent : On dit que les profs ont le choix de l'ordre des sujets, mais quand je discute avec des types de mon âge au sport, je me rends compte qu'on étudie tous la même chose au même moment ! C'est impressionnant.
Clémence : À la fin de l'année, on devra présenter 40 textes d'auteurs au bac de français. La prof prend des textes dans le livre, mais elle nous en donne aussi beaucoup en photocopie, elle va chercher ailleurs.
Jessica : Notre prof de sciences économiques et sociales utilise très peu le manuel. Il nous donne souvent des photocopies du livre de terminale (Jessica est en première). Sans doute parce qu'il nous prépare au Bac...
Clémence : Il y a aussi le problème des manuels qui ne sont pas à jour. Il y a trop de réformes de programmes ! Que fait-on des anciens livres ?
Hubert : Lorsqu'on est allé au Mali avec le lycée, on a apporté beaucoup de manuels. Même s'ils ne sont pas à jour, ou s'ils ne correspondent pas au programme, ce qu'il y a dedans est toujours vrai, c'est vérifié. Un type qui est mort à une certaine date, il le sera toujours, dans tous les manuels !

Et dans les matières pratiques ?

Les trois lycéens qui suivent des matières pratiques (arts appliqués, initiation aux sciences de l'ingénieur -ISI-, mesures physiques et informatiques -MPI-) soulignent le fait que dans ces cours, il n'y a pas de manuels.

Théo : En design, en dessin, on observe, on pratique, et ensuite on note le cours. On se documente aussi beaucoup par nous-mêmes. Pas besoin de manuel.
Florent, Louis : En ISI et en MPI, on ne fait que des travaux pratiques. On réalise, et ensuite on lit ou on remplit des fiches. Et tout est sur informatique.

Manuel ET photocopies

Manifestement, de nombreux enseignants distribuent aussi des photocopies...

Hubert : Les profs nous distribuent des articles de presse, ils font des sélections.
Laura : Ma mère est prof, elle est toujours à l'affût des documents les plus récents pour ses élèves, des illustrations intéressantes...
Clémence : Notre prof d'italien n'utilise pas de manuels. Elle pioche dans différents livres, et sur Internet.

Les jeunes ont du mal à distinguer les documents tirés d'autres livres et les créations originales de leurs professeurs. Sauf en ce qui concerne les corrections de devoirs : leurs enseignants rédigent eux-mêmes des corrigés qui sont ensuite distribués.

Et Internet ?

A l'unanimité, les jeunes disent que leurs enseignants utilisent beaucoup les ressources trouvées sur Internet : « on voit l'adresse en bas de la page ».

Florent : Notre prof d'histoire a un ordinateur en classe. Il fait souvent des recherche avec Google pour nous montrer un complément, ou quand un élève demande le sens d'un mot.
Louis : J'ai l'impression que notre prof d'ISI nous donne des séquences de cours toutes prêtes qu'elle trouve sur Internet.

Mais Louis a peut-être tort... certains enseignants sont très compétents en matière de mise en page et donnent des documents impeccables !

Hubert : Les profs nous donnent des références de sites, mais on ne travaille jamais ensemble sur le document numérique. En seconde, on avait une prof de français qui avait ouvert un blog pour la classe. Elle postait les actualités de la classe. On avait tous une adresse de courriel, elle nous rappelait les dates de devoirs, etc. Mais encore une fois, on ne travaillait pas ensemble.

Et vous, utilisez-vous Internet pour vos études ?

Oui, à l'unanimité ! mais avec beaucoup de bémols...

Florent : Je fais beaucoup de recherche en chimie. Les cours de la prof sont un peu... brouillons.
Jessica : Je vais plus sur Internet qu'à la bibliothèque. Mais parfois,on ressort plus embrouillés qu'au départ. Il faut savoir chercher sur Internet.
Hubert : Ah, au collège, on a tous passé un truc qui s'appelle le B2I (brevet informatique et internet, attestant des capacités d'utilisation des outils numériques par les élèves), la recherche d'infos sur Internet en faisait partie ! Mais on ne l'a jamais préparé, ce B2I, les profs ont signé les certificats à la chaîne, deux semaines avant la sortie !

Tout le monde acquiesce bruyamment à la remarque d'Hubert... 

Laura : Tu tapes le nom du dossier que tu as à faire dans Google, et tu en trouve un tout fait. Il y a toujours quelqu'un qui a travaillé sur le même sujet que toi !
Clémence : J'utilise beaucoup Internet en Arts Plastiques, pour les analyses d'oeuvres. Je compare plusieurs analyses du même tableau, je croise les sources. La prof nous dit qu'il faut qu'on apprenne à analyser nous-mêmes. Internet, c'est trop simple !
Louis : Pour l'anglais technique, j'utilise beaucoup Google traduction. Après, quand il y a plusieurs traductions proposées, il faut réfléchir, pour choisir.

Imaginez-vous étudier sans manuels ?

Certainement pas ! Tous les jeunes rejettent cette possibilité. Pourtant, l'un d'entre eux a vécu cette situation :

Hubert : Quand j'étais au Canada (à Vancouver), j'étais dans une classe où il y avait zéro papier : la prof avait son manuel sur l'ordi, elle passait les pages au vidéoprojecteur, et tous les élèves avaient des ordinateurs personnels pour les exercices. Dans leur mallette, il n'y avait pas de cahiers, pas de trousse. Juste un stylo bille, sans doute pour faire des mots croisés... J'ai pas réussi à m'y faire. Lire sur écran, c'est fatigant.
Clémence : Et surtout, on ne peut pas annoter, souligner...

Et le manuel numérique ?

Ils n'en ont jamais entendu parler... mais, après explication et exemples, ils ne sont pas tous emballés, tant le manuel papier est lié à une situation scolaire qu'ils apprécient :

Laura : Peut-être qu'on va être obligé d'en arriver là et que dans quelques temps ça nous semblera normal.
Théo : C'est comme de passer du CD au lecteur MP3... Maintenant, on a tous des MP3.
Laura : Au niveau écologique, c'est peut-être bien, moins d'arbres coupés...
Hubert : Oui, mas ça coûte cher de fabriquer les liseuses !
Laura : Et le manuel, c'est solide. Tu peux marcher dessus, il est toujours là. Essaie de marcher sur ton ordinateur...
Hubert : J'ai besoin de concret. Le virtuel, il ne faut pas en abuser. Un manuel, un prof, c'est de l'échange, c'est de l'humain.
Louis : Oui, quand tu apprécies le prof ! Mais quand tu ne l'aimes pas, il vaut mieux apprendre sur un support numérique que tu as choisi. Finalement, si les livres étaient remplacés par les liseuses, je crois que ça me plairait.
Clémence : Avec des manuels numériques, on serait plus indépendants. Ils renverraient à d'autres textes, d'autres ressources... on aurait tout dans le même objet.

Pour conclure, tous nos débatteurs disent être attachés à l'objet livre. Bien sûr, Internet fait partie de leur vie, ils surfent de longs moments chaque jour et tentent de se repérer dans les ressources en ligne. Mais laissons le mot de la fin à Laura :
"Les technologies, c'est génial, mais c'est comme pour le reste : le problème, c'est l'excès. Et au fait, ton site, ça a l'air super, tu me passes le lien ?"

Organisation et vecteur de lien, les points fort du manuel actuel

Chère Laura, si des jeunes de ton âge commencent à s'intéresser à Thot Cursus, nous aurons rempli une bonne part de notre mission ! Car il ressort de cet entretien que ce que les jeunes apprécient dans le manuel papier,c'est son organisation et son étroite implication dans l'acte pédagogique qui lie enseignants et élèves. Face à lui, les ressources d'Internet ressemblent à un incroyable sac de noeuds impersonnel.

Pour attirer les jeunes vers les ressources d'apprentissage numériques, il convient donc :

  • De signaler clairement les ressources dignes d'intérêt;
  • De baliser des parcours d'apprentissage;
  • D'insuffler de la vie dans les parcours, grâce aux échanges en ligne, aux communautés d'apprenants, à la présence d'enseignants et de tuteurs.

N'est-ce pas la voie que nous défendons depuis longtemps ?

Un grand merci à Jessica, Laura, Clémence, Florent, Hubert, Louis et Théo pour leur participation à ce débat.

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