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De petites bouchées d'apprentissage ne font pas un vrai repas

L'attrait du microlearning, c'est que l'apprenant est en charge de ce qu'il assimile. Sans balises, par contre, cela devient du vent, un apprentissage fantoche.

Par Alexandre Roberge , le 03 novembre 2009 | Dernière mise à jour de l'article le 07 mars 2017

Quand on ajoute le préfixe "micro" à un mot, on s'imagine l'infiniment petit. Alors, accoler à l'apprentissage à un terme comme "micro", cela semble saugrenu. Après tout, le sens commun veut que l'apprentissage soit grand, comme une vision d'ensemble de notre monde, de ses règles, etc. Et pourtant, le "microapprentissage" ou "microlearning" est de plus en plus populaire...

Et l'exemple le plus connu de microlearning est...

YouTube. Car au-delà des vidéos artistiques, divertissantes, cocasses ou scandaleuses, le site de partage de vidéos est devenu un moyen commun d'en apprendre davantage sur différents sujets. Cinq à dix minutes de démonstration suffisent pour filmer une expérience scientifique ou donner les bases de la technique particulière d'un musicien.

Car voilà ce qu'est le microlearning: un apprentissage très spécifique et court dans le temps. Qu'il soit audio, écrit, en images fixes ou en vidéo, l'important est qu'il enseigne vite et bien. Les exemples de ressources de microlearning foisonnent : vous connaissez peut-être les messages du type "le mot du jour", qui permet de recvoir sur son téléphone cellulaire des mots nouveaux. Le site Mashable, a proposé en septembre 2009 un article recensant une dizaine de sources permettant d'apprendre différentes choses en moins de 10 minutes. On y retrouve des sites comme 5min, des vidéos d'environ 5 minutes pour apprendre autant comment s'occuper de son chat que les façons d'être courtois ou de cuisiner un clafoutis pour le dîner. Ou How Stuff Works qui explique dans des articles et des vidéos pratiques des phénomènes comme le fonctionnement des banques ou des systèmes de santé à travers le monde et répond à des questions du genre: "Quelle est la température idéale dans un réfrigérateur ?". Il y a même des sites comme eHow et wikiHow (disponible en français) qui sont des manuels d'instructions sur toutes sortes de sujet: autant sur la rénovation que sur la cuisine, la santé, les finances et même des conseils parentaux divers.

Le microlearning comme seule source de formation, c'est peu.  Comme accompagnement dans une formation, c'est mieux.

Devant une telle offre de petites bouchées de formation, l'utilisateur risque l'indigestion. Car il est bien beau de considérer le microlearning comme une forme d'apprentissage informelle et viable, mais sans balises, ne devient-il pas un savoir fantoche, qui n'a aucune valeur ? Dans sa définition la plus globale, on pourrait dire que la totalité d'Internet est une plateforme de microlearning... mais cela serait tout mettre dans le même panier, même le mauvais grain.

Theo Hug (Université d'Innsbruck) et Norm Friesen (Université Thompson Rivers) ont étudié la question dans un article qui fut tout d'abord publié dans un livre sur le microlearning, mais que l'on peut trouver depuis septembre 2009 sur le site de elearningpapers. Dans cet article, les deux chercheurs se sont fortement intéressés à la question de la légitimité du microlearning. Ils reconnaissent qu' il y a une légitimité dans ce type d'apprentissage, mais avec des limites. Regarder une vingtaine de vidéos de menuiserie sur la toile ne fait pas de vous un menuisier diplômé.

Cependant, pour les deux chercheurs, le microlearning n'est pas à proscrire, au contraire. Il encourage l'apprenant à prendre en main son cursus et à choisir les compétences à acquérir. Les auteurs de l'article lancent un message aux médias et aux institutions scolaires: ne tournez pas le dos à ce type d'apprentissage. Il correspond aux désirs des étudiants (jeunes ou moins jeunes) d'aujourd'hui qui aiment apprendre, mais n'ont pas toujours envie de s'asseoir une heure ou deux pour espérer acquérir une connaissance particulière. Par exemple, si l'on souhaite aprendre à confectonner des pièces montées, il n'est pas nécessaire de s'inscrire à un cours de pâtisserie de deux mois, en espérant que le sujet soit abordé. Il vaut mieux naviguer sur Internet et lire les différentes recettes, regarder les vidéos techniques expliquant comment faire un voile de sucre blanc.. Cela correspond au schéma de l'apprenant d'aujourd'hui: contrairement au cheminement institutionnel, il consultera des sources d'informations diverses (Internet, télévision, radio), des avis d'experts plus ou moins proches de lui et les personnes en qui il a confiance pour apprendre.

Les organismes de formation doivent s'emparer de ces nouveaux modes d'apprentissage

Les institutions scolaires ou professionnelles auraient donc tort de regarder avec dédain ces courtes capsules d'apprentissage. Au contraire, elles sont probablement les mieux placées pour enrichir leur contenu. En effet, elles sont parfaitement qualifiées pour séparer le bon grain de l'ivraie, instrumenter ces séquences avec des exercices, des mises en situation et des informations supplémentaires dignes de foi.

Bref,l'on peut affirmer en filant la métaphore gastronomique que le microlearning constitue une excellente entrée et peut combler un léger appétit. En revanche, il doit être accompagné d'un plat plus copieux si l'on a vraiment faim.

"Outline of a Microlearning Agenda" (janv. 2007) un texte de Theo Hug et Norm Friesen pour en apprendre plus sur le microlearning et sa place dans l'apprentissage formel et informel

Illustration : PaternitéPas d'utilisation commercialePartage selon les Conditions Initiales par rhyndman 

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