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L'expérience des baby boomers, un atout pour l'éducation

Par Alexandre Roberge , le 30 août 2009 | Dernière mise à jour de l'article le 29 décembre 2013

Un peu partout sur la planète, on essaie d'améliorer les systèmes éducatifs. Ceci, afin de les adapter aux mutations du monde actuel, mobile et interactif, qui réclame la mise à jour continue des connaissances. Le modèle du cours magistral a donc du plomb dans l'aile. Il ne s'agit pas seulement de changer l'école en y introduisant les outils technologiques, mais en revoyant fondamentalement le schéma "un prof - une discipline - une classe". Les idées de changement de manquent pas. En voici une, plutôt originale.

Une préoccupante pénurie d'enseignants

Dans une entrevue accordée à eSchool News en 2009, Tom Carroll, dirigeant de la National Commission on Teaching and Americas Future (NCTAF), a affirmé que le modèle du professeur seul avec un unique curriculum donné au cours de l'année est désuet. Pire, il devient de plus en plus décourageant pour les jeunes professeurs. On constate en effet qu'un nombre significatif d'entre eux abandonnent la profession dans les trois à cinq premières années d'exercice. Ces abandons renforcent encore la pénurie d'enseignants que connaissent les États-Unis et le Canada. Car si, uniquement aux États-Unis, près d'1,7 millions d'enseignants prendront leur retraite d'ici 6 à 8 ans (ce qui créera un énorme vide, quand on pense qu'il y a 3,2 millions d'enseignants dans ce pays), il y a actuellement trois fois plus de jeunes enseignants qui abandonnent le métier que de 'seniors' qui partent à la retraite...

Les raisons, selon M. Carroll ? Au-delà des aspects d'avancement et de rémunération considérés comme médiocres, c'est surtout leur désarroi face aux situations d'enseignement qui éloignent les jeunes professeurs des salles de classe. Différentes enquêtes montrent qu'ils ne se sentent pas prêts à effectuer la tâche, ils se sentent seuls et démunis, attendant une aide qui est pratiquement inexistante. Sans compter qu'avec une école qui demande une vision éducative différente incluant le développement de compétences chez les élèves pour affronter les défis du nouveau siècle, les jeunes professeurs estiment qu'ils n'ont pas été suffisamment formés pour faire face à ces nouvelles réalités.

Ce constat négatif donne des armes aux partisans d'une école nouvelle. Car, selon le dirigeant de la NCTAF, les solutions sont à notre portée. Tout d'abord, il faut développer une économie d'apprentissage, qui ne limite plus l'apprentissage aux espaces physiques de l'école, mais le reconnaît et le valorise partout, y compris dans les espaces virtuels. En effet, les espaces éducatifs formels et informels se multiplient sur le web (Facebook, YouTube, blogues, sur un jeu comme Second Life, etc.). Ces espaces contribuent à forger les compétences d'adaptation et de créativité qui sont attendues des jeunes générations. Ces mêmes compétences et quelques autres doivent également être construites à l'intérieur de l'école, et les enseignants doivent donc être aptes à les développer chez leurs élèves. Ils ne le feront que s'ils ont appris à le faire... La formation des maîtres doit donc profondément évoluer.

Une génération entière prête à transmettre son expérience

Mais M. Carroll va encore plus loin dans l'originalité : il prône la collaboration organisée des enseignants avec d'autres groupes sociaux, devant les élèves. On le sait, une majorité d'enseignants fait partie de la génération du baby boom. Dans les prochaines années, on verra progressivement cette génération se retirer dans tous les secteurs professionnels. Pour donner une idée de l'ordre de grandeur, on calcule qu'actuellement aux États-Unis, 78 millions de travailleurs sont de la génération des baby boomers. Cette masse critique représente pour la NCTAF un bassin de population intéressant pour l'école. Ceci car cette population bénéficiera tout à la fois d'une riche expérience de la vie et d'une santé florissante, la meilleure qu'a jamais connu l'histoire. Ces retraités en forme seront donc susceptibles d'assurer une collaboration volontaire dans les établissements scolaires.

L'idée est de créer une équipe de soutien au personnel enseignant, pouvant alors compter sur l'expérience de ces anciens travailleurs pour la transmission des connaissances. Après tout, comme le souligne Tom Carroll, les médecins ne sont-ils pas accompagnés d'une équipe d'infirmières et de techniciens médicaux pour suivre leurs patients ? Pourquoi un modèle de ce genre ne pourrait-il pas s'appliquer dans les écoles ? Pour les enseignants, on l'a dit, il s'agirait d'une aide précieuse et pour les baby boomers, c'est l'occasion d'agir comme des tuteurs/des mentors et de contribuer à la formation des générations qui prendront leur place. Déjà certaines écoles américains ont mis en place des petits partenariats avec des baby boomers bénévoles; certains épaulent les professeurs dans la gestion des temps de classe; d'autres offrent leurs compétences techniques et ssurent la maintenance des ordinateurs de l'école.  Ces partenariats sont actuellement marginaux, et on les retrouve dans de nombreux pays, au travers notamment des associations de parents d'élèves. Pourquoi ne pas les systématiser ?

En effet, dans tous les pays développés, de jeunes retraités de tous les secteurs professionnels seront disponibles. A charge pour les établissements scolaires de leur donner l'envie de coopérer, d'inventer les modes de coopération qui feront que chacun se sentira à sa place. La reconnaissance d'une telle coopération par le système impliquera bien entendu une profonde réflexion sur les catégories de personnels, les tâches dévolues à chacun, et plus généralement sur l'ouverture de l'école au monde. N'est-ce pas ce dont elle a le plus grand besoin actuellement ?

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