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Les adultes et l'orthographe

Par Christine Vaufrey B , le 07 juin 2010

Le niveau baisse ! Nos jeunes ne savent plus écrire ! Ma grand-mère écrivait des lettres sans aucune faute ! Dans l'espace francophone et en France surtout, où la dictée a longtemps été considérée comme un sport national, on sonne le tocsin sur la perte avérée de compétence orthographique des jeunes. La faute à l'école, à la grammaire générative, au temps réduit comme peau de chagrin qui est consacré à la maîtrise de la langue...

Mais il semble que le problème dépasse désormais très largement le cadre scolaire pour toucher les adultes et le monde du travail. Très récemment, dans le magazine L'Express, paraissait un article intitulé « 'Je vous serez gré', comment l'orthographe pourrit la vie au boulot ». Le journaliste y explique que les recruteurs éliminent systématiquement tout CV ou lettre comportant des fautes, et que les dirigeants s'inquiètent des piètres performances de certains de leurs salariés. Il faut faire quelque chose.

Tout le monde écrit, tout le temps

Pourquoi un tel affolement ? Tout simplement, parce qu'aujourd'hui, tout le monde écrit. Adieu les secrétaires à l'orthographe impeccable, à qui l'on pouvait dicter ses lettres et ainsi masquer ses propres faiblesses...

L'obsession de la trace et du rapport a multiplié les occasions de rédiger des documents qui seront lus par de nombreuses personnes. Il n'est pas toujours possible de camoufler sa faiblesse de rédaction derrière des graphes et des schémas. Parfois, il faut se résoudre à décrire, argumenter, expliquer, avec des phrases de préférence bien construites et sans fautes. Une véritable torture pour nombre d'adultes.

Les outils numériques ont encore renforcé l'inflation d'écrit. Loin de marquer le triomphe de l'image, les outils numériques signent le retour en force de l'écrit. En lieu et place d'un courrier officiel, on envoie désormais trois ou cinq courriels. Vite écrits, pas relus, ils témoignent de la fragilité des acquis en matière d'orthographe, y compris chez des adultes qui ont subi la dictée hebdomadaire pendant toutes leurs années d'école primaire...

Jean-Pierre Jaffré, interrogé par Le Café Pédagogique en 2007 sur le sujet de l'orthographe, décrivait cette part croissante de l'écrit, et affirmait qu'il fallait se libérer de la « sur-norme orthographique », qui impose le même niveau de maîtrise dans toutes les situations de communication écrite :
"Les sociétés futures vont devoir apprendre à ne plus raisonner en termes de monographie, avec une orthographe officielle valant pour toutes les situations. Ce faisant, l'écrit exploite un potentiel qui l'apparente aux divers registres de l'oralité : la forme d'un message peut varier avec les situations. Plus que d'un déclin orthographique, finalement très relatif, nous avons plutôt affaire à une mutation orthographique qui retrouve les vertus de la variation, sinon dans un même texte, comme ce fut le cas jadis, du moins dans des textes dont le but et le statut social sont distincts".

Il disait aussi que les adultes devraient avoir droit à des sessions de rattrapage, pour rafraîchir et consolider leurs acquis :
"Un niveau en orthographe n'est donc jamais définitivement établi, spécialement pour les zones les plus complexes. Si l'on en juge par le destin souvent cruel des savoirs scolaires, la stabilisation d'une compétence dépend essentiellement de l'usage qu'on en fait. Les adultes qui ont le plus de chance de disposer de compétences solides en orthographe sont ceux qui s'en servent, dans leur vie, dans leur profession. C'est d'ailleurs pourquoi j'expliquais précédemment qu'arrivé à l'âge adulte, il serait parfois utile de pouvoir reprendre des cours pour raviver des compétences qui se sont étiolées".

La question se pose alors des moyens et méthodes qui permettraient aux adultes d'améliorer leur orthographe.

Le coach d'orthographe

Bernard Frippiat a beaucoup fait parler de lui lors de la sortie de son livre « 99 questions à mon coach d'orthographe ». B. Frippiat anime des stages d'orthographe en entreprises. Il travaille donc exclusivement avec des adultes fâchés avec les accords de participes passés, les homographes (de type où/ou, a/à...) et quelques autres joyeuses singularités de la langue française. Lors d'une émission très grand public réalisée sur Radio Monte-Carlo en 2008, et toujours disponible en baladodiffusion, il parle très simplement de ces programmes et donne des petits « trucs » qui permettent de se sortir des situations délicates. On retrouvera là des stratégies de différenciation appliquées dès l'école primaire, mais aussi des éléments nouveaux, comme celui qui a trait à la relecture : pour ne pas se laisser prendre par le sens de son texte, B. Frippiat conseille de le relire phrase par phrase, en commençant par la fin.

Pour le reste, rien de bien nouveau. Mais ce qui tranche avec les discours habituels sur l'orthographe, c'est le ton qu'emploie B. Frippiat : des fautes d'orthographe, il ne fait pas un drame. Ça peut arriver à tout le monde. Et la langue française est coriace, puisque 47 % des lettres écrites ne se prononcent pas. Alors, affûtons nos outils pour la maîtriser. Avec lui, on dirait que ça devient possible !

Des exercices garantis pur Québec

Nos amis québécois, que nous espérons nombreux à lire cet article, font preuve de la même décontraction vigilante que B. Frippiat en matière d'orthographe française. Ils ne considèrent pas l'excellence orthographique comme l'attribut d'une caste intellectuelle qui s'autoriserait à regarder avec mépris la plèbe aux mains tremblantes sur la feuille blanche, mais comme un moyen pratique de se faire comprendre et de se faire respecter par les anglophones, qui ont pris bien des libertés orthographiques avec leur propre langue maternelle, soit dit en passant.

L'omniprésence de l'anglais, la conviction que chacun peut s'en sortir quelle que soit son origine sociale, sont sans doute (j'attends avec impatience vos  réactions sur le sujet, amis québécois) de puissants stimulants poussant à la création d'outils d'entraînement et de remédiation.

Lorsque je dois traiter de rédaction avec des adultes en formation, dont certains n'ont pas touché souvent le stylo ces dernières années, je me précipite sur les produits québécois en ligne. Le détecteur de fautes figure parmi mes préférés. L'adulte doit repérer des fautes diverses (orthographe d'usage, accords...) dans des courriers déjà écrits. Ce qui aiguise son attention, le détache du sens et réactive chez lui les apprentissages anciens. Car, vous en avez certainement fait l'expérience vous-même, les adultes connaissent généralement les règles. Ils vous les récitent sans aucune hésitation. Mais de la règle à l'application... Les séances de mise en commun, après avoir réalisé quelques exercices, sont excellentes; les participants comparent leurs scores, expliquent les règles avec leurs propres mots. Progressivement, le sujet n'est plus tabou. Il remonte sur le dessus de la pile des préoccupations. Renouvelé tout au long de la formation (à l'initiative du formateur ou des apprenants adultes eux-mêmes, qui y prennent facilement goût et réalisent l'importance de l'enjeu associé à leur amélioration), l'exercice porte vite ses fruits.

La certification Voltaire

La certification Voltaire, que nous vous avons présentée au début de l'année 2010, peine encore à trouver son public. Pourtant, cette certification attestant d'un niveau standard d'orthographe d'usage, est appréciée des employeurs et pourrait être tentée par tous les adultes qui suivent des séances de remédiation orthographique. Certains font la fine bouche (à cause de son prix -60 euros-, mais sans doute aussi parce qu'il s'agit d'une initiative totalement étrangère au monde académique), mais nous pouvons voir en elle l'importance réaffirmée d'une bonne orthographe dans le monde du travail. Tout  candidat à la certification peut s'y préparer, éventuellement en utilisant la banque d'exercices en ligne (payante, elle aussi) mise à disposition sur le site, mais aussi par ses propres moyens, puisqu'il connaît les points sur lesquels portera l'évaluation.

Il est donc possible de venir à bout de ses fautes d'orthographe. Cela ne se fera pas par miracle, mais grâce à du travail, de l'obstination, et surtout de la dédramatisation. 


A noter également, sur le site de web Lettres, un dossier très complet, surtout destiné aux enseignants, sur la question de l'orthographe, qui contient de nombreuses ressources d'apprentissage qui peuvent être utilisées en autonomie.

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