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La montée en puissance des apprentissages informels dans les entreprises

Par Christine Vaufrey B , le 23 septembre 2009 | Dernière mise à jour de l'article le 18 juin 2012

En période de ralentissement économique, les budgets de formation professionnelle sont mis à rude épreuve dans les entreprises. Les employés aussi, d'ailleurs, comme en témoignent les plans de licenciement massifs qui sévissent encore un peu partout. C'est à croire que la valeur du "capital humain" est lui aussi indexé sur les cours de la bourse.

Et pourtant. Lorsque les affaires vont reprendre, il faudra embaucher, former à toute allure, et peut-être bâtir des ponts d'or pour que ceux qu'on a négligemment jetés refranchissent la porte de l'entreprise. Pourtant, les entreprises ne sont pas obligées de se conduire de la sorte. Elles peuvent profiter du creux de la vague pour réfléchir aux moyens de faire émerger et valoriser la créativité et le savoir-faire de leurs employés, et ainsi limiter les risques de noyade.

C'est le postulat que défend l'auteur du billet intitulé "Informal Learning Becomes Formal", publié en janvier dernier, déjà. Josh Bersin est lui-même dirigeant d'une compagnie spécialisée dans la gestion des connaissances dans les entreprises. Autant dire qu'il a intérêt à défendre son activité. Ce qui ne l'empêche pas d'émettre quelques suggestions fort bienvenues.

Très souvent, les savoirs - clés sont à l'intérieur...

"Vous voulez couper dans vos budgets de formation ? Soit, faites-le. Mais supprimez en priorité ce qu'il est inutile d'aller chercher à l'extérieur, et regardez tout ce dont vous disposez chez vous". Voilà, très résumé, le discours qu'il tient aux responsables des ressources humaines. Bersin milite en effet pour la valorisation des apprentissages informels, le partage de ces trésors de connaissances et de compétences détenus par les employés, chez qui les managers sont prompts à identifier ce qu'ils n'ont pas, plutôt que ce qu'ils possèdent.

En introduction à son billet, Bersin cite quelques chiffres frappants, issus de différentes études (qu'on imagine réalisées par son cabinet, et dont l'accès ne doit pas être gratuit) :

  • 78 % des chefs d'entreprises estiment que le taux de renouvellement et la rapidité de circulation de l'information pose un défi de formation majeur à leur organisation;
  • Les mêmes dirigeants estiment que 80 % de la formation professionnelle s'effectue en interne et de manière non formelle, au travers des interactions entre pairs, experts et managers;
  • Les responsables formation estiment pour leur part que 30 % des actions de formation professionnelle formelles ne produisent aucun effet mesurable;
  • Enfin, les jeunes de moins de 25 ans qui arrivent dans les entreprises s'attendent à trouver, dans leur environnement de travail, un dispositif d'apprentissage à la demande, un genre de Google ou de YouTube délivrant les informations voulues au moment où l'on en a besoin.

D'où une préoccupation grandissante pour l'apprentissage informel, celui qui s'opère entre collègues, à condition d'avoir une occasion de le faire et un espace où en garder la trace.

Gérer la circulation des connaissances, un nouveau rôle pour les responsables formation

Bersin suggère donc aux responsables formation de changer de rôle : plutot que de contrôler l'accès aux connaissances (via la formation), ils doivent maintenant gérer leur circulation et les promouvoir. Il s'agit là des connaissances internes à l'entreprise, détenues par les employés. Si vous avez déjà interrogé un professionnel sur son métier, vous savez que tous aiment raconter ce qu'ils font, comment ils s'y prennent, les "trucs" qui leur ont permis d'outrepasser telle ou telle difficulté. cette démarche de valorisation doit être systématisée dans les collectifs de travail, dans un objectif de formation mutuelle.

L'outil qui servira à recueillir ces tours de main et autres savoirs experts sera très probablement un outil numérique. Bersin insiste sur la facilité d'accès et d'utilisation des wikis, plate-formes de réseau social et autres dispositifs de partage de documents, pour un coût initial nul ou quasiment nul. Quant au processus de dépôt des ressources (textes, diapos, feuilles de calcul, vidéos, témoignages sonores...), il doit être extrêmement simple et proche de ceux que maîtrisent les personnes hors du champ professionnel. Bersin cite par exemple le cas de British Telecom, qui a créé un YouTube interne, sur lequel les employés déposent des vidéos de leurs meilleurs tours de main. Le succès est énorme, et il y a émulation entre les employés pour le dépôt des vidéos. Ce n'est bien sûr qu'un exemple, et les entreprises adopteront les outils et supports les mieux adaptés à leurs métiers.

Un usage naturel des outils de partage de ressources et des plates-formes de réseautage social

Le responsable formation ne doit pas se contenter de mettre le système en place; il doit le promouvoir auprès de tous les chefs de service, et montrer l'exemple. Etre un "champion", selon l'une des expressions favorites des Américains, de l'apprentissage informel. Pour cela, le responsable du projet ne doit pas avoir peur de ce que les employés voudront partager. La circulation des connaissances est en effet victime du même syndrome que la circulation des données : on sait en effet que, dans de nombreuses entreprises obsédées par le vol de données, 5 % de données sensibles paralysent la circulation de 95 % de données "banales", dont le partage améliorerait grandement la performance globale de l'organisation.

Bersin ne défend, dans son billet, rien d'autre que l'idée promue par l'Anact dans une récente publication, ou par Bertrand Duperrin, dont le blogue regorge de réflexions sur les réseaux sociaux et la collaboration en entreprise. dans tous les cas, on comprend que les entreprises doivent se faire accompagner pour mettre en place des dispositifs efficaces d'apprentissage informel; mais il s'agit d'un accompagnement ponctuel, qui débouchera sur une vraie autonomie dans la gestion des savoirs internes, et donc des ressources allouées à la formation, pour que ces dernières partent un peu moins que par le passé vers des prestataires externes, en oubliant ceux qui savent, dedans. 

Informal Learning Becomes Formal, Josh Bersin, janvier 2009

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