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Le Canada, champion de la formation à distance. Pour combien de temps ?

Par Marie-France Fournier , le 22 juillet 2010 | Dernière mise à jour de l'article le 24 mai 2017

Le Conseil canadien sur l’apprentissage (CCA), principale organisation nationale se consacrant à l’amélioration de l’apprentissage initial et continu, a publié en mai 2009 un rapport sur L’état de l’apprentissage virtuel au Canada. Quelles en sont les principales conclusions ?

Le Canada, chef de file en matière de scolarisation et de formation à distance

Le Canada a réalisé un important effort à la fois en matière de scolarisation postsecondaire et de formation à distance. En 2007, l’OCDE soulignait le fait que ce pays occupait le deuxième rang mondial en matière de scolarisation postsecondaire ; l’année précédente, la même organisation constatait que le Canada était le pays qui proposait la plus large offre de cours en ligne, et que les jeunes Canadiens figuraient parmi les plus familiarisés du monde avec Internet. Le Canada dispose par ailleurs d’infrastructures de télécommunications d’excellente qualité.

Tous ces éléments lui ont permis d’occuper une place de leader sur le plan de la formation à distance, ce qui témoigne de la volonté de permettre à ses ressortissants de se former tout au long de la vie et ainsi de s’adapter en permanence aux évolutions exigées par la transformation des métiers.

L'urgence d'établir une stratégie nationale pour l'apprentissage en ligne

Mais aujourd’hui, cette position vacille. Selon le CCA, le Canada peine à intégrer pleinement l’apprentissage virtuel à son système éducatif. Le CCA pointe trois raisons majeures à cela :

  • Le manque d’investissement politique;
  • L’absence de vision globale et commune;
  • Le peu de collaboration entre les différents secteurs investis dans l’apprentissage.

Le CCA propose donc un plan d’action en trois points :

  • Établir le partage d’informations entre les acteurs de l’apprentissage virtuel, de manière à forger une vision commune et à harmoniser les approches;
  • Exploiter encore davantage le potentiel des technologies existantes et poursuivre dans la voie de l’innovation à ce niveau;
  • Et finalement, combler les lacunes qui demeurent dans les différents domaines de recherche.

Ces recommandations avaient déjà été émises dès 2001, mais il semble bien que le Canada ne les ait pas suivies à l’époque. Et aujourd’hui, c’est un sentiment de confusion et de gaspillage d’efforts qui domine.

Etablir des standards de littératie numérique

Le CCA n’est pas le seul organisme à préconiser la constitution d’une stratégie nationale relative à l’apprentissage virtuel. En juillet 2010, le Réseau Education Médias a lui aussi tiré la sonnette d’alarme. Dans son rapport intitulé La littératie numérique au Canada : de l'inclusion à la transformation, le Réseau somme le gouvernement de mettre en place un plan national de littératie numérique. Celui-ci permettrait au Canada d’établir des standards quant aux compétences de base en utilisation des TIC, et ainsi de conserver sa place de chef de file dans le secteur. Le Réseau établit même un rapport clair entre la baisse constatée des performances du Canada en matière d’économie numérique et l’absence de stratégie nationale de littératie numérique. Et cet organisme suggère au gouvernement canadien :

  • De former un groupe de travail chargé d'approfondir un plan de stratégie nationale de littératie numérique; 
  • De soutenir la recherche sur les compétences numériques dont ont besoin les enfants et les adolescents canadiens;
  • De faciliter la tenue d'un sommet réunissant les principaux intervenants pour discuter de la mise en œuvre par le secteur de l'éducation, le gouvernement, la communauté et le secteur de la formation à l'emploi.

Dans la grande course mondiale à la performance économique, les pays sont de plus en plus conscients de l’importance conjointe d’avoir une main d’œuvre bien formée, capable d’évoluer tout au long de la vie, et de développer l’économie numérique porteuse de croissance. Le Canada saura t-il conserver sa position et continuer d’apparaître comme un exemple à suivre pour de nombreux pays développés ? Ses gouvernants ne pourront pas dire qu’ils n’avaient pas été alertés sur la nécessité de concevoir une stratégie globale en matière d’apprentissage virtuel. Mais sont-ils prêts à écouter, à l’heure où ils suppriment toute subvention au CCA, comme nous l’apprend un article du journal Le Devoir?

Les injonctions réalisées depuis près de 10 ans maintenant, tant au niveau de l’OCDE qu’au niveau des organismes nationaux, semblent actuellement rester lettre morte. Les effets de cette politique à courte vue se feront sentir dans quelques années, il ne faut malheureusement pas en douter.

L’état de l’apprentissage virtuel au Canada. Conseil canadien sur l’apprentissage, mai 2009

La littératie numérique au Canada : de l’inclusion à la transformation. Réseau Education Médias, 7 juillet 2010

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