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Kerourien, ou comment Internet peut briser l'isolement social

Réduire la fracture numérique entre les citoyens et aussi l'isolement social

Par Alexandre Roberge , le 21 novembre 2010 | Dernière mise à jour de l'article le 17 avril 2018

Au début d'octobre 2010, 593 locataires d'habitat social du quartier Kerourien à Brest étaient invités à voter sur une mesure importante. 150 personnes ont participé au vote et 144 d'entre elles ont exprimé une opinion. Le résultat: 61% se sont portés en faveur du projet, celui d'installer une offre de Service Universel Numérique (SUN).

Ainsi, pour 1 euro par mois, les résidents pourront avoir accès à:

  • L'Internet haute vitesse (débit de 2 Mb/s symétrique);
  • La télévision (18 chaînes de la TNT et 30 chaînes étrangères);
  • Un téléphone dédié aux appels entrants, complété par un nombre limité de numéros à appeler (numéros d'urgence en particulier).

Ainsi, les habitants de Kerourien vont-ils rapidement profiter de la belle idée d'iun accès démocratique à Internet, ce medium étant perçu comme pouvant briser l'isolement. Cette avancée collective est le résultat d'une longue réflexion.

Les TIC pour briser l'isolement social

Début 2007, la ville de Brest s'intéresse au dossier de l'isolement social qui afflige certains groupes de citoyens. Cherchant un moyen de briser leur solitude, elle demande à un réseau de professionnels de se pencher sur la question et de rédiger un rapport pour identifier les personnes les plus isolées et proposer des pistes de solution.

C'est en septembre 2008 que la mairie de Brest allait recevoir ses réponses (PDF, 10 p.). Tout d'abord, les victimes de l'isolement social sont diverses. On y retrouve, entre autres, des personnes:

  • En souffrance physique et psychiatrique;
  • Ayant des difficultés à nouer des relations sociales, ayant vécu des expériences de vie graves;
  • Esseulées par l'absence d'enfants ou à la suite d'une rupture causée par une dépendance;
  • Nouvellement retraitées;
  • Locataires nouvellement arrivées dans le quartier.

Selon les experts ayant rédigé le rapport, il faut se servir des TIC pour améliorer la transmission d'informations, guider ces gens vers des structures sociales existantes et comme outil d'animation et de médiation pour celles qui se trouvent en situation de précarité.

Un an plus tard, en décembre 2009, le site Repères dans la cité était mis en ligne. Une plateforme essentielle pour ces publics cibles qui peuvent alors trouver les lieux et organismes répondant aux besoins suivants :

  • Se loger;
  • Se nourrir;
  • Se former, travailler;
  • Se soigner;
  • Se reposer, prendre soin de soi et se distraire.

À la même période, plus spécifiquement dans le quartier de Kerourien, on développait un projet pour rendre accessible l'Internet à un prix minime et un accompagnement spécifique pour les citadins habitant des logements sociaux.

Un accompagnement à toutes les étapes

C'est en décembre 2009 que s'amorçait le projet de Service Universel Numérique. Les résidents du quartier ont eu le choix (en aucun cas une obligation) de souscrire à ce forfait avantageux et peu onéreux. L'intérêt du programme étant que l'accompagnement était constant à toutes les étapes. Tout d'abord, grâce à la collaboration de diverses entreprises informatiques locales, les résidents pouvaient choisir un ordinateur personnel à bas prix (entre 40 et 70 euros) et recevoir des recommandations sur son utilisation. De plus, les locataires ont été accompagnés par des conseillers les guidant dans l'installation des modems et décodeurs, dans l'usage d'Internet et de l'ordinateur et ce, sans même souscrire au SUN.

À mi-parcours de l'initiative, en mai 2010, les chiffres montraient un certain intérêt des résidents pour le programme en tant que tel et encore plus pour tout ce qui touchait à la formation à Internet et à l'informatique. On apprend d'ailleurs que la moitié de ceux qui ont profité de l'offre des machines à bas prix n'avaient jamais employé un ordinateur auparavant. De manière à n'éliminer personne du projet, les responsables ont, au début du mois de juin, distribué dans les boîtes à lettres des feuillets répondant aux questions les plus fréquemment posées (PDF, 2 p.).

Finalement, en octobre 2010, les deux-tiers des personnes ayant participé au vote se sont déclarées satisfaites du projet. Même si letaux de particvipation peut sembler faible, on relèvera malgré tout qu'il est bien supérieur à celui des autres concultations organisées par le bailleur social. Il reste maintenant à mesurer les effets à moyen et long terme du projet SUN, ce qui fera l'objet d'un bilan réalisé dans les mois à venir.

Ce projet s'est développé à Brest, et ce n'est pas un hasard : la commune de Brest et les instances communautaires (associations) ont, depuis presque 4 ans, décidé non seulement de réduire la fracture numérique entre les citoyens, mais aussi de briser l'isolement social de ceux qui vivent dans des situations précaires. Des actions qui pourraient bien inspirer d'autres villes de France et du monde entier.

Pour en savoir plus sur toutes les initiatives de l'agglomération de Brest (et même ailleurs) à ce sujet, consultez le site @Brest

"Internet pour tous en habitat social : l’internet à 1 € adopté sur le quartier de Kerourien (Brest)", Michel Briand, @Brest, 17 octobre 2010

Photo : adeupa de Brest, Flickr, licence CC.

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