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Le renouvellement pédagogique des universités*

Par Denys Lamontagne , le 10 décembre 2010 | Dernière mise à jour de l'article le 13 décembre 2010

On enseigne officiellement depuis au moins le temps de Socrate; les sujets que l’on enseigne se sont cependant radicalement multipliés, complexifiés et spécialisés depuis ce temps. Par exemple, la rhétorique s’appliquait et s’applique toujours au discours, mais aujourd’hui les médias qui portent le discours sont multiples, de la télévision à Twitter en passant par l’imprimé et la publicité, et leur portée dépasse des milliers de fois celle d’une assemblée grecque, aussi imposante soit-elle. Les exigences concrètes ne sont pas les mêmes.

Autre exemple, plus technique, le travail du métal pouvait autrefois s’apprendre par compagnonnage avec une relative efficacité et exhaustivité, mais aujourd’hui plus personne ne peut prétendre maîtriser le travail du métal autrement que dans une niche tant les usages et les techniques sont multiples et évoluent constamment. On n'a qu’à considérer les impacts des nanotechnologies dans ce domaine.

Le contexte change

Si l’humain apprenant ne change pas beaucoup, ce qu’il apprend, la vitesse à laquelle il doit l’apprendre, les quantités de données qu’il doit intégrer et appliquer avec des standards de plus en plus élevés et des impacts importants, dépassent les attentes d’une pédagogie artisanale. En principe, la pédagogie traite essentiellement de la façon d’enseigner pour favoriser le plus possible l’apprentissage.

Aussi la pédagogie est-elle pressée d’évoluer. Dans quel sens ? C’est la que se déchirent les tenants du marché de l’emploi, de la performance du système éducatif et de la rentabilité des taxes qui sont investies en éducation et aussi ceux qui prônent l’équité et la stabilité sociale, l’identité culturelle, la réalisation du potentiel des individus, et autres valeurs difficiles à quantifier, le tout en un turbulent mélange de toutes tendances.

Certains penseront que nous sommes condamnés à nous adapter, plus ou moins malgré nous, aux réalités actuelles. D’un autre point de vue, en reprenant l’initiative, nous avons la capacité d’adapter notre environnement à ce que nous voulons vivre, être, faire et avoir.

La pédagogie n’est pas neutre. La réflexion pédagoqie ne consiste pas uniquement à obéir aux besoins et à faire apprendre mais aussi à intégrer les volontés personnelles, familiales, sociales, humaines et environnementales dans son programme. L’économie et le matérialisme ne constituent pas une fin suffisante ni satisfaisante pour les humains à moins de les encadrer par un système de valeurs sociales et le monde des idées humanistes n’amène pas nécessairement non plus suffisamment de prospérité et de sécurité à tout le monde sans une bonne dose de réalisme.

Des exemples

Dans «Il est temps de transformer l’enseignement au premier cycle» Pierre Zundel, recteur de l’Université de Sudbury et Patrick Deane, recteur de l’Université McMaster, énoncent les difficultés et défis des universités (canadiennes dans ce cas-ci), à concilier les impératifs économiques et pédagogiques avec les réalités actuelles.

Heureusement, en présentant nombre d’exemples concrets dans les universités qui tentent de résoudre de multiples façons ces défis on est plutôt rassuré de voir que les universités ont l’idée de se  «recentrer sur nos objectifs et d’explorer des moyens radicalement différents de les aborder, comme nous le conseillons à nos étudiants dans de semblables circonstances.» et qu’elles développent des formules originales pour y arriver.

«Comme le disait Thomas Kuhn il y a un demi-siècle, les progrès de la science exigent un renoncement profond – même momentané et apparemment anodin – aux principes traditionnels. Dans le cas des universités, le fait de penser en termes d’apprentissage plutôt que d’enseignement constitue une première étape nécessaire.»

Bref, le professeur qui parle devant une audience n’est probablement plus la meilleure façon de «favoriser le plus possible l’apprentissage».

«Il est temps de transformer l’enseignement au premier cycle», dans Affaires universitaires.

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