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Les TICE pour progresser ou pour contrôler ?

Une analyse de la situation des TICE aux Etats-Unis d'Amérique et en Angleterre en comparaison avec la France et les nouvelles tendances de l'utilisation du traçage numérique.

Par Om El Khir Missaoui , le 05 mai 2010 | Dernière mise à jour de l'article le 10 avril 2015

Dans un mémoire sur la situation des TICE et quelques tendances internationales d'évolution, Alain Chaptal met en parallèle la situation française des TICE dans le scolaire et les premiers cycles du supérieur avec les situations américaine et britannique. Au-delà des différences entre ces systèmes éducatifs, il semble que se profilent à l'horizon des velléités communes à dévier des fonctions initialement assignées aux TICE, pour occulter l'amélioration qualitative des apprentissages au profit du contrôle quantitatif  des prestations des enseignants qui fait envisager un ajustement des rémunérations en conséquence.

Comment mesurer l'impact des technologies  sur les pratiques éducatives ?

En Grande-Bretagne, l'Etat a largement supporté le développement de l'équipement des établissements scolaires et celui des usages des TICE. Aux Etats-Unis, la gesiton de l'éducation revient plutôt aux états, l'Etat fédaral jouant un rôle plus modeste. Dans ces deux pays, on constate l'existence d'une tradition ancrant les décisions politiques ou de gestion dans des « faits » ou des résultats censés les justifier, d’où  la prétention de se fonder  sur une base scientifique. En France, l’implication de l’Etat et les moyens alloués au  développement des TICE sont restés modestes, même si la situation change depuis quelques années, et notamment avec l'annonce du plan numérique par le ministre de l'éducation Luc Chatel. Mais les travaux de recherche ou d’analyse sur l'impact réel des changements apportés par les TICE restent rares. 

Malgré ces différences, il semble que les retombées des politiques d’intégration des TIC dans les pratiques de classes soient chez les uns comme chez les autres  plutôt modestes. Du moins entre les promesses pompeuses de développement de nouvelles compétences (apprendre à apprendre, résoudre des problèmes, travailler de manière collaborative, etc.)  et les usages réels mais non généralisés chez les apprenants, il y a encore beaucoup de chemin à parcourir.

Si les recherches et études ne manquent pas dans les pays anglo-saxons, l’auteur en dénonce l’aspect idéologique. Elles généralisent les tests et les mesures de performance au détriment  de l’observation et de l’analyse de changement de pratiques qui, elles, sont prometteuses. En France par exemple, l’usage  des cahiers 24x32 permettant aux élèves de coller commodément dans leur propre cahier, sans découpage ni pliage supplémentaire, une page de cours au format 21x29,7 réalisée sur ordinateur, photocopiée ou imprimée par l’enseignant  s’est progressivement répandu. Il s'agit d' « un usage modeste, ancré sur des pratiques antérieures qu’il enrichit, loin des annonces de révolution pédagogique ou de zéro papier, mais un usage bien réel.», affirme Alain Chaptal. On est purtant bien loin du "changement de paradigme" annoncé par les évangélistes de l'usage des TICE.

Le bilan que l’on peut tirer des exemples anglo-saxons et français apparaît donc plus que nuancé. Manifestement, les changements qualitatifs espérés concernant l’évolution des modèles pédagogiques ne se sont pas produits et, de plus, la place tenue par les TICE dans le processus éducatif demeure assez modeste.

Mais plusieurs réserves sont émises quat aux résultats des études déjà menées et qui privilégient le côté idéologique. Quels éléments pourraient expliquer ces usages encore limités alors même que des efforts considérables ont été précisément consentis en termes de moyens et d’incitations en Angleterre et aux Etats-Unis ? Il est donc nécessaire de recentrer et systématiser les recherches dans ce domaine.

De l'utilisation des traces numériques

Devant la difficulté de prouver scientifiquement et à grande échelle le changement du paradigme éducatif par les TICE et sans pour autant abandonner l’approche de transformation éducative dont les résultats tardent à être démontrés par les études menées, les politiques éducatives se recentrent  sur les nouvelles promesses de l’exploitation des traces. L'évaluation des processus d'apprentissage et des degrés de performance risquent de se transformer de simples indicateurs pour infléchir l'acte éducatif à une fin en soi pour juger l'efficacité d'un parcours.

L’auteur met en garde contre « la possibilité d’exploiter les nombreuses données issues des traces numériques découlant de l’utilisation des TICE, de mettre en évidence des profils d’apprentissage ou de progression, et, par là même, d’espérer lier la mesure de l’efficacité de l’enseignant aux résultats de ses élèves et de fonder ainsi un système de rémunération basé prioritairement non plus sur l’ancienneté mais sur le mérite. »

La vigilance est de rigueur face au danger  d’infléchir les politiques éducatives sur la base de résultats somme toute parcellaires et à visée normative. De nouveaux paradigmes imprègnent insidieusement des déclarations françaises officielles qui évoquent la rémunération selon le mérite de l'enseignant, mérite à évaluer selon les résultats des élèves, tout ceci sous couvert de rationnaliser les investissements. Alain Chaptal tire la sonnette d’alarme contre une dérive possible qui consisterait à faire endosser aux seuls enseignants la responsabilité de tout un système et de fausser ainsi les données du problème.

Les cahiers 24x32. Mémoire sur la situation des TICE et quelques tendances internationales d'évolution. Alain CHAPTAL, STICEF, 2009. Existe également en version téléchargeable.

 

Crédit photo : Dmitry Zimin / Shutterstock.com

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