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Encore un diaporama ? Oh non...

Par Christine Vaufrey B , le 01 juin 2010 | Dernière mise à jour de l'article le 16 juillet 2012

Voici quelques semaines, Caroline Jouneau-Sion, professeure d'histoire, nous confiait ceci : "Autrefois, je passais des nuits à préparer de magnifiques diaporamas, et les élèves n'avaient plus qu'à cliquer... C'était du cours magistral avec des images, rien de plus !" Comme nombre de ses collègues, comme nous tous, elle s'était laissée prendre par l'illusion technologique, qui associe mécaniquement le "plus moderne" au "meilleur apprentissage"... avant de réaliser que rien n'avait changé finalement, rien surtout n'était advenu de ce qu'elle souhaitait mettre en place pour rendre ses élèves plus actifs, plus autonomes et colaboratifs dans leurs apprentissages.

 

40 diapos pour le prix de 10 !

Henri Boudreault, formateur d'enseignants et auteur du blogue "Didactique professionnelle", pointe lui aussi cette illusion et nous fait franchement rire : "Lorsque j’ai débuté en enseignement, le moyen didactique le plus répandu était l’acétate.(...) Avec un bon photocopieur et de bons marqueurs, nous pouvions y représenter l’objet de notre formation convaincu d’être à la pointe de la technologie avec notre rétroprojecteur, qui selon sa puissance permettait aux élèves de s’assoupir dans l’obscurité.(...) Nous sommes passé de l’acétate aux logiciels idéateurs dont les plus répandus sont le PowerPoint, pour le PC, ou Keynote, pour le Mac. (...) Nous avions avant de cinq à dix acétates, maintenant nous avons vingt à vingt-cinq pages de projections pour le même prix et pourquoi pas quarante. Voilà la grande innovation, de lire dix acétates, que l’élève écoute avec passivité, à lire vingt écrans de PowerPoint, où l’élève écoute avec la même passivité". Réveillez-vous, la citation est terminée.

Au-delà du monde enseignant, un vent de fronde souffle sur l'usage immodéré du diaporama. Le plus bel exemple de ce réveil brutal des spectateurs condamnés à subir des présentations interminables nous vient des USA, avec un article du New York Times qui a fait le tour du web dans ses versions et résumés en toutes les langues : Nous avons rencontré l'ennemi, et il s'appelle PowerPoint (We have met the enemy and he is PowerPoint). La révolte s'exprime dans l'armée américaine elle-même. Le chef de l'état-major, placé devant un schéma aussi complexe qu'incompréhensible (voir dans l'article original) censé représenter la stratégie américaine en Afghanistan, aurait déclaré : "quand nous aurons compris cette diapositive, nous aurons gagné la guerre". 

 

L'ilusion de la simplicité

Le problème pointé par l'article du New York Time est le suivant : l'application de diaporama donne l'illusion de pouvoir réduire des réalités complexes à quelques flèches, lignes et listes à puces. De la sorte, il appauvrit considérablement la démonstration, et surtout la réalité. On ajoutera que la passivité dans laquelle sont tenus les spectateurs interdit d'emblée tout débat, puisque tout ce qu'il faut comprendre est déjà présenté (simplifié) sur les diapositives.

Revenons au monde enseignant et à Henri Boudreault. Il reproche principalement à la majorité des utilisateurs d'avoir transféré sans réfléchir le contenu des anciens supports (papier) sur les diapositives, sans se poser la question de la réception des informations. Il emploie une image frappante : "Je me demande toujours qu’est-ce qui se serait passé si lors de l’invention de la télévision nous avions pris seulement les émissions de la radio que nous aurions rediffusées à la télévision. Nous aurions trouvé que l’espace-écran de ce nouvel appareil était très inutile". Pour lui, très clairement, un diaporama n'est pas une succession de feuilles de papier éclairées.

 

Des idéateurs

PowerPoint, Keynotes, l'application "Présentation" d'Open Office ou celle de Google sont des idéateurs. Autrement dit, des supports qui doivent introduire à des idées, stimuler la réflexion, encourager le débat, pointer les concepts et faits importants : "Les idéateurs sont des outils de présentation d’aides à penser et nous devons l’utiliser ou demander à l’apprenant de l’utiliser pour présenter ou construire sa représentation des idées présentées". Et l'on comprend mieux alors la dérive du malheureux militaire américain qui tentait de résumer en un schéma plusieurs années de réflexion stratégique, paralysant du même coup toute capacité de réflexion de ses spectateurs.

Convenons-en, les diaporamas en contexte d'éducation ou de formation sont fréquemment employés en substitut d'un manuel, qui sert autant au présentateur à ne pas perdre le fil de ce qu'il a à dire lorsqu'il présente un contenu copieux, qu'aux spectateurs / auditeurs qui se trouvent du coup délivrés de l'obligation de prendre des notes, surtout quand ils sont plongés dans l'obscurité et qu'on leur fournit une copie des diapos. 

 

Comment faire un bon diaporama ?

D'après Christian Bensi dans le blogue Informer autrement, le diaporama idéal n'existe pas. Il a pourtant dressé une liste de recommandations, après avoir ré-examiné ses propres présentations, et sans doute ravivé quelques-uns de ses souvenirs de spectateur. On peut résumer ces recommandations à trois mots : court - clair - questionnant.

Pas trop de diapos, le conseil vaut d'être répété, si l'on observe par exemple les diaporamas proposés sur Slideshare, dont certains dépassent allègrement 100 diapos.

Clair dans l'expression : pas de phrases trop longues, pas de vocabulaire et d'acronymes obscurs. Malheureusement, l'espace réduit dont dispose le présentateur pour écrire le contraint soit à bourrer sa diapo jusqu'à la gueule de texte microscopique et illisible, soit à user et abuser des abréviations...

Questionnant : comme le dit C. Bensi, "Poser des questions est sans doute plus profitable que d’affirmer son point de vue. Un diaporama doit être animé et vivant. Celui qui présente n’est pas « un lecteur », il doit donner l’envie d’aller plus loin". Il conseile également de terminer le diaporama par une diapo invitant au débat.

Voici déjà de quoi stimuler la réflexion, non ? Mais on constate, à ce point de la démonstration, l'absence d'un élément fondamental : l'image. Nous en parlerons dans le prochain article de la série, qui vous sera proposé la semaine prochaine.

Avancez en arrière : de l'acéplatte au Powerplatte. Henri Boudreault, blogue Didactique professionnelle, 5 mai 2010.

Deuxième article de la série consacrée aux présentations avec support visuel : Encore un diaporama ? Génial !

Photo : alice_c, Flickr, licence CC.

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