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Compter sur l’alchimie de Facebook pour créer une communauté en ligne

Une récente expérience menée dans une université américaine montre que les étudiants préfèrent Facebook aux forums de leur plateforme de cours.

Par Audrey De Santis , le 01 février 2011 | Dernière mise à jour de l'article le 01 juin 2011

500, 600 et même 700 millions d'utiisateurs ? Quel que soit le nombre exact, c'est le plus gros. Nous parlons du nombre d'utilisateurs de Facebook, bien sûr, le plus populaire des réseaux sociaux mondiaux. Un nombre peut-être proportionnel au flot de critiques adressées au réseau : perte de la vie privée, manque de sécurité, géolocalisation forcée, utilisations des données personnelles… mais aussi place trop importante du site dans la vie des adolescents d’aujourd’hui.

Et pourtant Facebook, encore trop peu utilisé dans le monde de l’éducation, pourrait permettre de joindre l’utile à l’agréable, y compris dans le cadre du cursus scolaire. Certains mènent d’ailleurs des « expérimentations » sur des étudiants et l’intérêt que peut avoir Facebook dans leur vie à l’école. C’est le cas d’Université de l’Etat d’Iowa (ISU) aux Etats-Unis qui a choisi d’observer les usages du réseau social faits par leurs étudiants en chimie dans un contexte purement académique. Une véritable enquête sociologique.

Facebook, un espace alternatif d'échanges pour les étudiants en chimie

Ce n’est un secret pour personne, Facebook, haut-lieu d’échanges en tous genres avec les copains d’école, est aussi le support permanent de discussions liées aux cours, aux devoirs, à l’éducation de façon générale. D’après une étude américaine, près de 60 % des étudiants discutent de sujets liés à leurs cours sur Facebook. Les étudiants de l'ISU ont tous accès à une plateforme pédagogique informative, WebCT (i.e Blackboard), sur laquelle ils sont invités à communiquer et à échanger avec leurs camarades sur des sujets de cours, plus qu’à simplement consulter leurs résultats d’examens. Pourtant, ce principe de discussion et d’échange ne « prend » pas.

Sur la base de ces observations, l’ISU lance un test à la fin de l’année 2007 : inviter 128 étudiants en chimie organique à rejoindre un groupe Facebook qui serait consacré à l’échange d’informations, de réflexions, de données de chimie, comme une sorte de forum où chacun serait le bienvenu, y compris le personnel enseignant (qui choisit tout de même de garder ses distances). L’idée la plus importante de l’expérience, c’est que le réseau social ne cherche pas à remplacer quoi que ce soit ici, mais vient s’ajouter en tant que lieu informel aux enseignements et compléments d’enseignements existants déjà, notamment sur WebCT.

67 publications sur Facebook contre 17 sur le forum de la plateforme

Au total sur le semestre, 20 sujets de discussion ont été lancés, générant 67 « posts » dans la discussion. A titre de comparaison, sur WebCT, seuls 17 « posts » avaient vu le jour. Encore plus intéressant : sur Facebook, les discussions sont lancées, chaque « post » amenant plusieurs réponses et le début d’une conversation et d’un échange réels entre étudiants. En outre, l’échange y est plus qualitatif. Sur la page, point d’échange de réponses aux exercices, de boycott du cours ou d’appel à l’école buissonnière, les étudiants cherchent à s’entraider sur des thématiques qu’ils ne maitrisent pas forcément, jouent le jeu de l’échange strictement professionnel bien que bon enfant.

Pourtant, près de 60 % des étudiants ont choisi de ne pas rejoindre le groupe de chimistes. Même si elles ne sont pas précisées dans l’étude, on peut en deviner quelques raisons : certains ne sont peut-être tout simplement pas membres du célèbre réseau social, peuvent avoir oublié l’existence du groupe d’échange ou bien préférer l’utilisation de WebCT mais aussi ne pas avoir eu envie de mélanger vie personnelle et loisirs avec travail et devoirs. Une façon possible de cloisonner sa vie. La réciproque est aussi vraie : les étudiants ayant rejoint le groupe et donc choisi de mixer vie privée et vie professionnelle se sont retrouvés plus « sollicités », par le biais des notifications par exemple et ont donc été amenés à communiquer davantage sur la page.

Finalement, loin de répondre à toutes les questions, l’étude met en avant l’importance de réfléchir plus amplement à l’utilisation et à l’intérêt d’un réseau social comme Facebook dans la vie des étudiants, quel que soit leur niveau. Cela ne permettrait-il pas de désacraliser l’école, en l’introduisant plus naturellement dans sa vie de tous les jours ? On peut aussi imaginer, comme déjà observé, la nette amélioration des relations sociales entre étudiants d’un même cursus ou même entre étudiants et enseignants, sous réserve que l’échange ne reste pas cantonné aux formules sèches de politesse. Enfin, se posera encore et toujours le débat de la limite de la vie personnelle et privée, débat tout aussi présent dans le monde « adulte » avec l’intrusion des entreprises sur les réseaux sociaux et dans nos profils. Pas de doute, on n’a pas fini d’entendre parler de Facebook à l’école.

Source : The Chemistry of Facebook, Using social networking to create a online community for the organic chemistry laboratory, de Jacob Schroeder and Thomas J. Greenbowe, Innovate online info, vol 5, n°4. Téléchargeable en pdf

Illustration : Franco Bouly, Flickr, licence CC

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