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Formation des enseignants : toujours aussi difficile de passer de la théorie à la pratique

Par Audrey De Santis , le 27 septembre 2010 | Dernière mise à jour de l'article le 23 avril 2012

En France, pour devenir enseignant, il faut bien sûr avoir achevé ses études secondaires, puis avoir passé une licence dans la discipline de son choix et désormais intégrer un Master d'enseignement qui sera préparé en deux ans. Pendant cette même période, l'étudiant préparera l'un des concours d'enseignement qui lui ouvrira (s'il l'obtient, souvent après plusieurs tentatives), pour le reste de sa vie, les portes de l'Education nationale.

Ce nouveau schéma, inauguré en 2010, est censé souligner le haut niveau de formation que l'on attend désormais des enseignants français. Cinq années d'études supérieures et un concours difficile semblent le minimum pour faire un bon prof.

Qu'est-ce qu'un bon prof ?

Mais, au fait, qu'est-ce qu'un bon prof ? A cette question simple, une foule de réponses compliquées. Chacun a son avis sur la question. Pourtant, on peut retenir qu'un bon prof est celui avec lequel les élèves progressent dans la discipline enseignée. Gardons-nous de tomber dans l'excès qui consiste à établir un lien mécanique entre la valeur du prof et les résultats de ses élèves, comme semblent vouloir le faire certains évaluateurs pressés, notamment aux Etats-Unis. Mais malgré tout, on ne saurait nier que l'enseignant doive faciliter les apprentissages de ses élèves. Ce qui implique chez lui :

  • a/ une bonne connaissance de sa discipline et de ce qu'il convient d'enseigner à des élèves d'une tranche d'âge donnée (didactique);
  • b/ des savoir-faire lui permettant d'établir une bonne relation avec les élèves, et faisant grandir en eux le goût d'apprendre (pédagogie).

 

La formation reçue par les futurs enseignants ne semble pas leur donner les clés de cet équilibre délicat à réaliser en classe, devant des jeunes qui ne sont plus prêts à prendre la parole du maître comme parole sacrée, et ne manifestent guère d'appétit pour les savoirs académiques. Les jeunes enseignants doivent donc, une fois le choc des premières déconvenues passées, "bricoler" seuls leurs compétences professionnelles. Déjà en 2005, Vincent Troger, maître de conférence à l'IUFM de Versailles, insistait dans un article publié dans Sciences Humaines sur la nécessité d'autonomie, de personnalisation et d'expérience indispensable aux enseignants dans la construction de leur expertise.

La formation opérationelle est encore à inventer

En septembre 2010, Le Café Pédagogique a publié un long compte-rendu d'atelier réunissant un panel d'experts autour de la question de la construction de l'identité professionnelle des enseignants débutants.

Où l'on voit que cinq ans et quelques réformes plus tard, les constats restent les mêmes :  Les jeunes enseignants « ont l’impression que la formation qu’ils ont reçue n’est pas opérationnelle ; il faut qu’ils apprennent (tout seuls ? ) à mobiliser un savoir-faire professionnel. Ils ressentent le besoin de pouvoir s’exprimer sans crainte de jugement. (…) Ils notent enfin la tension induite entre les deux objectifs nécessaires, transmission du savoir et établissement d’un protocole relationnel qui favorise la mise au travail des élèves. C’est sur ce point que va se construire l’identité professionnelle et que la mise à l’épreuve va se substituer à la formation ».

On constate donc que l'élévation du niveau académique d'études, la construction de référentiels de compétences toujours plus stricts et copieux quant à la définition du métier d'enseignant, les années de prise en charge de la formation pratique et théorique de l'enseignant stagiaire par les IUFM (instituts de formation des maîtres) n'ont pas modifié notablement l'expérience de l'enseignant déboulant pour la première fois dans une classe : ce dernier doit toujours faire avec ce qu'il a, sa personnalité, ses lectures, les conseils avisés de ses pairs plus aguerris, sa capacité à apprendre de ses expériences, de ce qui fonctionne comme de ce qui ne marche pas.

A l'heure où il semble possible d'améliorer encore les contenus de la formation initiale des enseignants, il est fort intéressant d'écouter le témoignage de ceux qui, s'ils ne disposent sans doute pas de solutions clé en main, savent du moins ce qu'il faut éviter de reproduire. 

Enseignants : professionnels ou bricoleurs du savoir ? Vincent Troger, Sciences Humaines, février 2005.

Comment se construit l'identité professionnelle des enseignants débutants ? Café Pédagogique, 14 septembre 2010.

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