Articles

« En tant que tuteur de formation à distance, j'aimerais que les étudiants me considèrent comme leur grand frère »

Mais que fait un tuteur ?

Par Christine Vaufrey B , le 13 décembre 2010 | Dernière mise à jour de l'article le 20 mai 2016

Suivre un cursus de formation à distance est encore trop souvent perçu comme un exercice solitaire, qui ne permet pas à l'apprenant d'interagir avec l'enseignant et ses pairs. Fort heureusement, les dispositifs intègrent de plus en plus souvent des activités de groupe, et surtout prévoient la présence de tuteurs, ces derniers devenant alors les principaux interlocuteurs institutionnels des apprenants.

Mais que fait un tuteur ? Comment intervient-il ? Comment est-il perçu par les étudiants ?

Nous avons demandé à Tété Enyon Guemadji-Gbedemah, qui est non seulement rédacteur pour Thot Cursus depuis 2008, mais également tuteur de FAD pour le compte de 2iE, (Institut International d'Ingénierie de l'Eau et de l'Environnement), de répondre à ces questions.

Tété Enyon, doctorant, rédacteur et tuteur

Je m'appelle Tété Enyon et j'habite à Lomé, la capitale du Togo. Je prépare actuellement une thèse de sociologie consacrée à la gouvernance urbaine. Je suis également rédacteur pour Thot Cursus depuis 2008. Comme tous les membres de l'équipe, j'écris sur des sujets variés, mais ma préférence va aux ressources concernant directement le tutorat et l'animation des communautés virtuelles d'apprentissage.

Après avoir obtenu mon DEA de sociologie et avant d'engager ma thèse, j'ai suivi un Master d'Ingénierie de la Formation à Distance à l'Université de Paris 3, entièrement à distance. Dans le cadre de ce cursus, j'ai suivi un enseignement sur le tutorat. Ayant obtenu le diplôme, j'ai été nommé chargé de TD en sociologie à l'Université de Lomé. Et j'ai très vite perçu des similitudes entre le travail du chargé de TD et celui de tuteur en FAD. Aussi, quand j'ai vu que le 2IE, école supérieure située à Ouagadougou (Burkina-Faso), recrutait des tuteurs pour le Master Innovation – Développement – Sociétés, je n'ai pas hésité. Ma candidature a été retenue et je suis tuteur depuis la rentrée universitaire 2009. 

Le tuteur, principal interlocuteur des étudiants

Cette année, j'accompagne une centaine d'étudiants sur cinq modules du Master. Il y a entre 20 et 30 étudiants par module. Nous correspondons par courriel, via le forum et la salle de de discussion de la plateforme Moodle. J'ai un forfait de 20 heures de tutorat par module, dont 4 heures de communication synchrone. Le tutorat est financé par l'AUF, pour encourager les étudiants à s'engager dans des cursus à distance.

Sur ce dispositif, je suis pratiquement le seul interlocuteur des étudiants qui suivent les modules. Ils n'ont pas de contact avec les enseignants, ils m'adressent toutes leurs demandes, aussi bien celles qui concernent les contenus que celles qui touchent à l'organisation des travaux. Comme les tuteurs doivent être capables d'intervenir sur des points de contenu, nous devons connaître ce dont il s'agit de manière assez approfondie. D'autant plus que nous avons, comme les étudiants, peu de contacts avec les enseignants, qui sont des producteurs de cours mais n'interviennent pas dans le suivi des étudiants.

Dans le dispositif choisi par le 2IE, les tuteurs sont donc les seules présences humaines face aux étudiants tout au long de leur parcours. Nous n'avons pas de rencontres en présence (sauf lorsque le hasard fait que nous habitons la même région, ce qui s'est produit l'an dernier avec deux étudiants que j'accompagnais) mais devons néanmoins nouer des liens de confiance pour que les choses se passent bien.

Des interventions tout au long du parcours de formation

J'interviens de différentes manières.

C'est moi qui établis le premier contact, en me présentant, en expliquant en quoi consiste mon rôle et la manière dont nous allons travailler ensemble. Ensuite, je réponds aux étudiants qui me sollicitent, quelles que soient leurs questions. La charte tutorale du 2IE prévoit que l'on réponde dans les 48 heures aux demandes des étudiants, mais il vaut mieux répondre encore plus vite si cela est possible.

Lorsque les étudiants ont tout le matériel de cours, je lance des discussions sur le forum qui est attaché à chaque module, de manière à stimuler les échanges entre les étudiants et à repérer les éventuelles difficultés de compréhension.

J'organise également quatre séances de chat par module. La participation à ces séances est obligatoire, et même notée.

Entre les rendez-vous programmés à l'avance, je relance les étudiants qui ne me demandent rien, afin de vérifier qu'ils sont toujours là, toujours motivés, et qu'ils ne rencontrent pas de problème particulier.

Enfin, lors des périodes de travaux personnels et à l'approche des examens, je suis très présent pour clarifier les tâches demandées, aider à l'organisation des travaux de groupes, parfois même reformuler les sujets des devoirs, avec des étudiants qui ont des cursus antérieurs très variés.

Cette année, plusieurs étudiants me demandent des ressources complémentaires pour approfondir le cours. Je me suis rendu compte qu'ils n'avaient pas tous l'habitude d'effectuer une recherche documentaire sur Internet, alors j'essaie de les aider. Je leur fournis des références d'articles scientifiques, trouvés sur erudit.org par exemple.

Au total, on peut dire que j'interviens tout au long du déroulement des modules et parfois même après, quand certains étudiants demandent encore des précisions qui leur seront utiles pour les modules suivants de leur parcours.

Prof ou grand frère ?

J'essaie d'être proche des étudiants, de les mettre à l'aise. Par exemple, je les appelle par leur prénom et je les tutoie dès les premiers échanges, ce qui donne des indications sur le type de relation que je souhaite instaurer avec eux.

Mais eux me voient comme un prof supplémentaire et ont du mal à entrer dans une relation de proximité. C'est assez normal : d'une part, ils ont tous été gavés de cours magistraux lors de leurs études antérieures, ils n'ont pas acquis le réflexe de solliciter l'enseignant, ils ne pouvaient pas l'interpeller en plein amphi. D'autre part, ce Master est généralement pour eux la première expérience de FAD; c'est donc aussi leur premier contact avec un tuteur. Et comme les tuteurs ont tous, sur ce dispositif, des connaissances dans les domaines traités dans les cours, il est facile aux étudiants de les confondre avec les enseignants. En plus, sur certains modules, le tutorat est assuré par l'enseignant lui-même !

En fait, j'aimerais que les étudiants me voient comme un grand frère, quelqu'un qui connaît la FAD et mesure l'importance de ne pas être seul pendant son cursus à distance. Mais eux me voient plutôt comme un prof, « celui qui sait ».

Personnellement, je considère que le prof est certes « celui qui sait », mais aussi « celui qui accompagne », qui facilite la compréhension, qui lève les ambiguïtés, qui relance le désir d'apprendre quand la motivation décroît.

J'aimerais mieux connaître les étudiants. Mais certains ne disent pas un mot pendant les séquences synchrones, il ne répondent pas à mes messages... Beaucoup ont peur « de dire des bêtises », d'être ridicules devant les autres et devant moi. C'est dans ce groupe d'étudiants silencieux qu'on trouve ceux qui abandonnent en cours de route. La FAD ne leur convient pas, ils avaient sous-estimé le temps qu'il faut lui consacrer, ou ils ne sont pas à l'aise avec les outils... Comment savoir ?

Et demain ?

Mon travail de rédaction pour Thot Cursus manifeste mon intérêt global pour la FAD. Cela me permet de me tenir au courant de ce qui se passe dans ce secteur, de découvrir et d'analyser des ressources en profondeur.

Mon premier objectif est de renforcer mes compétences en tutorat, de devenir un expert en la matière.

Mon second objectif est bien entendu d'achever ma thèse et de devenir un jour Professeur titulaire en sociologie. Je consacrerai ma vie professionnelle à l'enseignement, j'en suis sûr. Qu'il s'agisse de FAD ou d'enseignement en présence, c'est bien ce domaine-là qui m'intéresse, à la fois dans sa dimension intellectuelle et dans sa dimension humaine.

Retrouvez tous les articles de Tété Enyon Guemadji-Gbedemah sur Thot Cursus

Franchement parlant, le blog de Tété Enyon.

Voir en particulier : Togo, les enjeux du web citoyen

Tété Enyon sur Facebook

 

Avez-vous apprécié cette page?

Voir plus d'articles de cet auteur

Accédez à des services exclusifs gratuitement

Inscrivez-vous et recevez des infolettres sur :

De plus, indexez vos ressources préférées dans vos propres dossiers et retrouvez votre historique de consultation.

M’abonner
Je suis déja abonné