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Français et Lol attitude, faux ennemis, vrai duo

Par Audrey De Santis , le 22 mars 2011 | Dernière mise à jour de l'article le 15 février 2012

Lol, a+, pcq, zzz... Est-ce que cela vous parle? Si oui, c'est que vous devez faire partie de ceux qui tweetent, "textottent" et réseautent, ou alors vous êtes un parent attentif et à la page. Alors que les réseaux sociaux, sms et messageries instantanées font désormais partie intégrante de notre quotidien, beaucoup - enseignants, parents, patrons d'entreprises - se posent le question du devenir du langage "propre" et d'une orthographe irréprochable. Sommes-nous déformés par les nouveaux moyens de communication? Radio-Canada consacre un dossier, "Donner sa langue au chat", à la question du devenir du français à l'ère numérique.

Les réseaux sociaux et l'école, deux mondes bien séparés

L'on entend souvent parler de détérioration de la langue française avec l'arrivée du sms, de facebook et du langage abrégé qui leur est associé. En réalité, si ces nouveaux modes d'échanges ont un impact prouvé sur la langue, il n'est pas celui souvent cité de la disparition d'une orthographe et d'une grammaire correctes chez les utilisateurs. Les jeunes entre 10 et 25 ans - car c'est majoritairement cette population qui est concernée - savent faire la différence entre leur usage personnel d'Internet, avec le langage spécifique employé, et le français qu'ils sont censés utiliser dans un cadre plus académique.

Durant l'enquête qu'elle a menée pour monter son dossier, Florence Meney, chef de pupitre Internet et service numériques, a rencontré des élèves, des étudiants mais aussi des professeurs. Un constat ressort souvent parmi ces derniers : "il y a deux mondes séparés et une distinction très claire entre les deux". Des fautes d'orthographe et de syntaxe dans les productions scolaires, il y en a toujours bien entendu mais pas d'abrévation ou d'anglicisme impromptus comme il est courant d'en trouver dans le langage "chat". La nature des fautes ne change pas et on trouve pas de MDR dans les copies de contrôle. Cette sorte de nouveau langage semble être confinée à un espace clos, celui des échanges virtuels amicaux et personnels. Les différents avis recueillis chez les enseignants sont d'ailleurs corroborés par deux rapports canadiens : un publié en 2008 par le Comité des experts sur l'apprentissage du Français au Québec et un autre de 2009 réalisé par une psychologue de l'Université d'Alberta et publié dans "Reading and Writing".

Finalement, ceux qui semblent avoir le plus peur d'une détérioration de la langue française sont les étudiants eux-mêmes. Les opinions divergent et même si la plupart ne croit pas à une influence du langage SMS sur leur compétences linguistiques, beaucoup se posent des questions et ont remarqué des modifications de comportements. Dans la façon d'écrire bien sûr, avec des mots qui ne viennent plus aussi facilement, des doutes de conjugaison et de grammaire qui s'installent... mais aussi dans la langue orale, qui voit apparaître de nouveaux tics de langage comme le fait de citer des abréviations, la plus usitée étant le fameux Lol descriptif d'un rire franc.

Une problématique soulignée ici parait être celle de la pédagogie d'apprentissage du français. Un élève souligne justement le déséquilibre existant entre les deux langages (chat et scolaire) : d'un côté, la langue abrégée, utilisée tous les jours sur MSN parfois pendant des heures, et de l'autre une rédaction de 60 lignes rendue une fois par mois... Faudrait-il instaurer l'utilisation de messagerie instantanée en classe, où l'on se forcerait à écrire correctement? Comment gérer un tel déséquilibre? Quelles solutions existent? Une certitude : le rôle essentiel du professeur dans ce contexte consiste à veiller à ce que la distinction entre les différents registres de la langue persiste bien et que les élèves ne deviennent pas trop concis ou succincts dans leurs travaux comme le poussent à faire Twitter ou les textos.

Dans le monde du travail, des spécialistes du langage Internet

Le monde de l'enseignement n'est pas le seul à se poser des questions et à se sentir concerné par le problème. Avec l'arrivée de la génération dite Y sur le marché du travail, les entreprises essaient d'apprendre à s'adapter tant bien que mal à de nouveaux venus souvent enclins à réseauter pendant les heures de travail. Mais dans ce contexte, "réseaux sociaux" rime très souvent avec compétences spécifiques, pour preuve aujourd'hui l'émergence du métier de gestionnaire de communautés, qui aurait été autrefois considéré comme un simple passe-temps. Les entreprises embauchent ceux qui "gèrent" sur les réseaux sociaux, les chats, ceux qui comprennent le vocabulaire lié à Internet et qui ont une certaine technicité. C'est devenu presque plus important que l'orthographe elle-même ou la façon de s'exprimer.

Pour autant, pas question de discuter avec un professionnel ou un client en utilisant des émoticones ou des abréviations ou alors uniquement celles qui relèvent du champs techniques (SEO, SEM...). Il y a un certain maintien de la langue et un usage professionnel d'outils qui se voulaient initialement privés et divertissants. Les anglicismes, eux, sont mieux acceptés car ils font partie intégrante du monde du travail, surtout dans le domaine des nouvelles technologies.

Vous l'aurez compris, loin d'assister à une mort de la langue, les entreprises ont assimilé le fait que la séparation était bien nette entre vie privée et vie professionnelle pour les jeunes actifs. On peut être amené à penser que le paysage risque de changer dans les années à venir, avec l'arrivée de nouvelles générations de jeunes diplômés ayant les deux pieds dans les nouvelles technologies depuis leur plus jeune âge, constat non-avéré chez la génération Y, celle qui se trouve entre deux chaises, à mi-chemin entre l'ère "papier" de la vieille école, et l'ère numérique. Mais on peut imaginer que ces générations, à même de différencier les modes et niveaux de langage lors de leur cursus scolaire, le pourront aussi dans leur vie professionnelle.

Deux conditions à cela : que leurs enseignants du primaire et du secondaire puissent s'adapter et comprendre cette "nouvelle langue" en évolution constante sans la stigmatiser et la diaboliser, et que leurs professeurs de l'enseignement supérieur soient à même d'enseigner aux étudiants les règles de l'art en matière de langage et de tenue professionnels. Il faut garder en tête que notre langue écrite et parlée se constitue par la répétition, les entrainements, les échanges que nous effectuons au quotidien. Ne pas pratiquer régulièrement un langage plus formel pousse forcément à l'utilisation de familiarité dans un milieu pas nécessairement adapté.

Nous vous invitons à consulter le dossier complet de Florence Meney sur le site de Radio-Canada. Vous pouvez participer à son étude en enrichissant le glossaire déjà fourni d'expressions utilisées dans les textos et sur Internet. Plutôt lol. ;)

Illustrations : Nevit Dilmen / Wikimedia Commons - Capture d'écran "Donner sa langue au chat" / Radio-Canada

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