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Le Manifeste du jeu sérieux : comprendre l’objet et encourager son développement

Par Alexandre Roberge , le 09 janvier 2011 | Dernière mise à jour de l'article le 03 février 2012

Le jeu sérieux devient un sujet digne d'attention. Nous en parlons souvent ici et il suffit de taper les deux mots dans un moteur de recherche pour recueillir une quantité phénoménale de références. Il y a une curiosité pour ce sujet, dernier avatar en date de la pédagogie du jeu.

Cependant, trop souvent, on croit qu’il suffit d’ajouter un scénario à un questionnaire pour en faire un jeu. Erreur! Pensons au jeu de société Trivial Pursuit : on veut d’abord et avant tout remplir son camembert de tous les triangles de couleur et atteindre l’arrivée en premier. Certes, on y apprendra des choses et l'on répondra à des questions, mais la dimension ludique prime. Une caractéristique omise par certains nouveaux acteurs du domaine.

C’est pourquoi Succubus Interactive, lauréat du prix du meilleur serious game 2010 pour le jeu Ma Cyber auto-entreprise, a mis en ligne sur le blogue jeuxserieux.fr en décembre 2010 un manifeste sur les caractéristiques du jeu sérieux.

La mécanique du jeu vidéo au service de l’apprentissage

Le document s'ouvre évidemment par une définition : "Le serious game (jeu sérieux) est un jeu vidéo faisant appel aux mêmes approches de design et de savoir-faire que le jeu vidéo classique (interactivité, 3D temps réel, simulation d'objets, d'individus, d'environnements, mise en scène, scénarisation, immersion...), toutefois son approche du ludique dépasse la seule dimension du divertissement". Elle est suivie de quelques "idées reçues" sur les jeux vidéo, d'une typologie des jeux et des caractéristiques des joueurs. Ils aiment :

  • Explorer pour éviter la linéarité et augmenter la sensation de liberté;
  • Faire progresser leur avatar afin de bénéficier de récompenses;
  • Partager avec d’autres joueurs dans un esprit de socialisation et d’appartenance communautaire;
  • Gagner contre l’ordinateur ou d’autres joueurs, ce qui renforce leur fierté;
  • Personnaliser leur alter ego virtuel pour se démarquer.

En fait, la mécanique du jeu vidéo et celle du serious game sont similaires, comme le démontre le document. En effet, dans le jeu vidéo, il y a souvent une phase de préparation et de stratégie menant à des moments plus distrayants. Par exemple, lors d’un jeu de guerre, le joueur devra sélectionner ses effectifs, les placer tactiquement sur le terrain et prévoir les réactions du camp adverse. La récompense de cet effort intellectuel et stratégique est la bataille et, au bout du compte, la victoire sur ses ennemis. L’idée est la même pour un jeu sérieux. En effet, l’aspect plus laborieux d’apprentissage, de lecture, de rétention d’information est compensé par la présence de phases d'action ludiques.

Les développeurs – et le public — peuvent donc évaluer les projets de serious games selon cinq critères, d'après l’auteur du manifeste Laurent Auneau :

  1. La qualité du message (raffinement du contenu pédagogique)
  2. La richesse de l’univers et du scénario (rendre le message attrayant)
  3. La liberté d’action (éviter la linéarité et impliquer le joueur)
  4. Le plaisir d’y jouer
  5. La qualité de la réalisation (visuelle, sonore, etc.)

Le document de Succubus Interactive est très visuel, les textes sont courts mais précis et on trouve des sections qui abordent la philosophie de création d’un jeu sérieux, ce qui permet de ne pas en rester aux premiers constats. Le document fournit également beaucoup de liens donnant des exemples de jeux et de ressources sur Internet pour en savoir plus sur le phénomène. Voici, d’ailleurs, une table des matières du manifeste :

  1. Éditorial
  2. Définition d’un serious game
  3. Le secteur des jeux vidéo en chiffres
  4. Les idées reçues
  5. La taxonomie des jeux et des joueurs
  6. Exemples de serious games sur le Web
  7. Les types de serious games
  8. Le positionnement
  9. L’évaluation des jeux sérieux
  10. Les avantages
  11. Les mécaniques d’apprentissage
  12. La technologie
  13. La presse en parle
  14. Références

Un incontournable pour les développeurs de jeux sérieux et pour quiconque s’intéresse au sujet!

Le Manifeste du jeu sérieux 2011, Laurent Auneau pour Succubus Interactive, 22 décembre 2010.

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