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Périples initiatiques du savoir

Par Mohamed Ouzahra , le 25 octobre 2010 | Dernière mise à jour de l'article le 26 octobre 2010

L’Islam recommande d’aller « chercher le savoir, jusqu’en Chine si besoin est. » La parole prophétique montre bien sûr d’abord la place privilégiée qu’occupe la connaissance dans la vie, loin de toute vision obscurantiste. Elle montre aussi comment la quête du savoir était alors inextricablement liée à des explorations, lointaines et jalonnées de périls. Marco Polo, Ibn Battûta dont la Rihla (ou expédition) a longtemps constitué une référence du genre, ou encore La Pérouse, tous ces explorateurs téméraires ont été aussi des savants émérites dont les récits ont fait progresser la science de leur époque. De même, Darwin a bouleversé les connaissances sur l’origine des espèces après un voyage dans des contrées lointaines où il a eu le loisir d’étudier la fantastique diversité écologique de la planète. Les exemples sont aussi nombreux que les avancées scientifiques elles-mêmes.

Aujourd’hui, obtenir la connaissance peut se faire depuis son salon, même lorsque cette connaissance est confinée dans une bibliothèque de l’autre bout du monde. La magie des réseaux nous fait voyager sans délais aux quatre coins de la planète. Est-ce pour autant que nous en savons plus sur les cultures connexes que nos ancêtres ? Est-ce pour autant que nos inforoutes sont plus sécurisées que les voies maritimes du moyen-âge ? C’est à voir. L’océan, qu’il soit réel ou numérique, semble receler toujours autant de périls que de mystères. Comme pour le capitaine d’un vaisseau, le défi du formateur à distance est de faire parvenir son message pédagogique à bon port. Et de faire en sorte que les apprenants surfent utilement et évitent de se noyer dans les profondeurs insondables du net. Voici quelques cartes à déchiffrer.

De la nécessité de voyager léger

On le sait, pour apprendre ou juste s’informer sur le net, quelques mots valent mieux que de longs discours. La lecture à l’écran a ses exigences[1] parmi lesquelles la fatigabilité rapide du lecteur et donc la nécessité de faire court. Mais faire court en disant l’essentiel n’est pas chose aisée[2], tant s’en faut. Il faut parfaitement maitriser son sujet pour repérer les idées clés et ne mettre en valeur que ce qui est utile à transmettre. Comment faire donc ?

Une idée nous est fournie par la culture japonaise, lieu par excellence de l’esthétique dépouillée mais pleine de sens. Le haïku, forme poétique de l’instantané, en est une illustration aboutie. Le haïku est enseigné sous forme de jeu avec sans doute l’idée d’initier les enfants à l’art de la concision. Le Pecha Kucha, japonais lui aussi, que François Bon nous présente ici, constitue aussi un exercice qui affûte les capacités de synthèse : adapté aux outils numériques, il s'agit de réaliser une présentation de 20 images, projetés pendant 20 secondes chacune, pour une durée totale de 6,40 minutes.

Sur le net, Thot-Cursus s’en est fait l’écho récemment, un réseau social comme Twitter, dédié aux messages brefs, commence à être utilisé par les enseignants, y compris dans des domaines où l’on s'y attend peut-être le moins comme la philosophie. Avec certes plus ou moins de bonheur mais le pari est néanmoins pertinent : enrôler les nouveaux usages des jeunes pour se faire entendre d’eux !

Mais dans cette course à l’information, le pédagogue doit savoir offrir à l’apprenant des haltes pour la réflexion. Ou pour faire le point.

De l’utilité des refuges et pauses pédagogiques

Les périples d’autrefois étaient longuement préparés. La sécurité du voyageur dépendait largement de la qualité des haltes et relais qui parsemaient son parcours. Les caravansérails ottomans jouaient ce rôle d’espaces de repos et de ressourcement pour les voyageurs mais aussi d’échange et d’enrichissement culturels. Une vocation qui inspire d’ailleurs des projets très actuels.

A une échelle plus modeste, les refuges et autres cabanes, conçus comme des « espaces de transition entre nature et culture », peuvent constituer des moments très enrichissants du parcours pédagogique. Une communauté pédagogique s’est même créée autour de ce concept. Internet regorge de jeux éducatifs autour des abris de fortune, notamment dans le domaine de la sensibilisation à la nécessaire protection de la biodiversité.

Mais la pause est aussi, comme l’ont confirmé les recherches en neuropédagogie, un moment essentiel du parcours d’apprentissage. Loin d’être une perte de temps, elle permet au voyageur du savoir de reconstituer son capital cognitif et de faire le point sur ce qu’il a appris. Et donne au guide l’occasion de vérifier la pertinence de ses méthodes et outils.

En définitive, comme pour les voyages initiatiques d’hier ou d’aujourd’hui, la performance d’un parcours pédagogique est certainement liée à cette alternance d’acquisitions rapides et de pauses d’approfondissement des savoirs recueillis. Certes, comme M. Jourdain, les enseignants pratiquent quotidiennement cette rythmique parfois sans le savoir, mais seuls les plus expérimentés d’entre eux savent doser la succession des étapes et leur durée. En formation à distance, le recours à des applications de l’Internet 2.0 comme les cartes heuristiques permet de gérer normalement ce genre de contraintes. Le site Pearltrees de Thot – Cursus est un bon exemple de ce va-et-vient incessant entre l’écume des marées et la profondeur de l’océan, entre l’apparence et l’essence du savoir.


[1] De nombreuses études ergonomiques sont à présent consacrées aux usages numériques et à leurs contraintes.

[2] Les auteurs de nouvelles et de courts-métrages en savent quelque chose.


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