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Publié le 07 février 2011 Mis à jour le 18 mai 2016

Accepter de se lancer sans avoir toutes les réponses

On peut apprendre de ses échecs et rebondir. La leçon vaut aussi pour l'utilisation des outils numériques en éducation.

Le 1er février 2011 s'est tenue en France la première "Fail Conference", ou conférence sur l'échec entrepreneurial. Importée des Etats-Unis, cette manifestation organisée par Microsoft, TechCrunch France, Silicon Sentier et Kahn & associés a connu un véritable succès, à tel point qu'il a fallu ouvrir des salles supplémentaires pour accueillir les 600 participants.

Apprendre de ses échecs

Une telle conférence est un événement en France, pays où l'on interdit l'échec à tous les niveaux, de l'école (voir le statut qui est fait à l'erreur dans les laboratoires scolaires de sciences, dont nous avons parlé ici) à la vie sociale et à la vie professionnelle. Certes, nous savons que bien des génies scientifiques, artistiques ou entrepreneuriaux "en ont bavé" avant de réussir, mais plutôt que de penser à eux pour se donnner du courage, nous avons plutôt présents à l'esprit les doigts accusateurs et les portes fermées des investisseurs qui stigmatisent ceux qui échouent... et ne se relèvent pas. 

La peur de l'échec prend ses racines dans la peur de l'erreur qui peut être fatale. Mais de quel échec parle t-on ? En 2008, une communication réalisée (par un professeur enseignant en France et un doctorant tunisien) à HEC Montréal montrait qu'il y a plusieurs catégories d'échec entrepreneurial. Il est donc essentiel de savoir analyser les cause d'un échec pour pouvoir rebondir, en créant une autre affaire ou en choisissant pleinement (et non par défaut) une autre voie. D'après le compte-rendu de la Fail Conférence de Paris disponible sur le site RSLN de Microsoft, Bill Gates, qu'on ne qualifiera pas précisément de looser, disait régulièrement "C'est important de célébrer le succès, mais plus important encore de tirer les leçons de ses échecs". Message reçu, mais encore faut-il avoir échoué pour analyser ses échecs...

Or, la peur de l'incertitude et l'absence de réponse à toutes les questions que pose toute nouvelle aventure empêche nombre de gens de se lancer, tant est grande la peur d'échouer et donc de perdre l'estime de soi, face aux autres et à soi-même. Et ceci s'observe dans tous les domaines, y compris en éducation. 

Enseignants québécois : une plus grande tolérance au "Work in Progress"

Sensiblement au même moment que la Fail Conférence de Paris, Mario Asselin donnait une entrevue au Café Pédagogique sur l'état des TICE au Québec. Vu de France en effet, le Québec apparaît un peu comme l'Eldorado des TICE, une terre d'harmonie et d'usages intégrés des outils numériques par tous les enseignants. Mario Asselin s'empresse de casser l'icône, et de rétablir une vérité qu'il faut garder en mémoire : au Québec comme en France, d'importants investissements ont été consentis en équipement des établissements, et bien peu dans la formation des enseignants. Par ailleurs, si les TBI équipent désormais nombre de classes, ils restent majoritairement utilisés dans le cadre d'une pédagogie frontale : le prof parle et écrit, l'élève écoute et copie sur son cahier. 

Ceci étant dit, il reste vrai que les enseignants québécois sont plus prompts à expérimenter de nouvelles pratiques pédagogiques avec les TICE que leurs homologues français ou du moins, la majorité d'entre eux. Car il y a des enseignants aventureux en France aussi.

Pourquoi ? Parce que selon Mario Asselin, les enseignants québécois ont une "Une plus grande tolérance au «work in progress» (...). Les enseignants du Québec ont tendance à accepter plus facilement de ne pas avoir toutes les réponses à toutes les questions avant de poser le premier geste qui vise à intégrer les TICE dans leurs pratiques". Et de louer l'attitude de Laurence Juin, qui a fait son effet au Québec lors d'une récente conférence, cette dernière s'étant lancée dans l'utilisation de Twitter en classe en acceptant "le principe de se mettre en marche vers la rivière avant de trouver comment la traverser". 

L'argument du manque de formation souvent mis en avant par les enseignants français frileux devant les TICE ne tient donc pas puisque les enseignants québécois ne sont pas mieux lotis à ce niveau, et Mario Asselin engage tous les enseignants à prendre en main leur propre autoformation et à développer leurs pratiques numériques personnelles. 

L'excellence : du talent, une vision, du courage

Au-delà des situations des uns et des autres, on s'accordera pourtant sur le fait que toute une culture française résiste à l'entrepreneuriat et au goût pour l'inconnu, fût-il meilleur que la situation actuelle. C'est ce que soulignait une participante à la Fail Conférence : « J'aurais aimé que cette conférence décrypte la société dans laquelle nous vivons et qu'elle nous explique pourquoi, dans un pays comme le nôtre, avec des droits sociaux qui sont censés nous protéger du chaos, les gens ont encore cette peur de l’échec. Nous vivons dans une société où l’apprentissage du par-cœur et la soumission à des règles formatées tuent la créativité et la prise d’initiative. » C'est ce que déplore aussi, d'une certane manière, Philippe Jamet, directeur de l'Ecole des Mines de Saint Etienne, dans un billet de blogue dans lequel il critique les labels Intiatives d'excellence (IdEx) attribuées aux universités par le Ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche : "Je ne vois guère que trois ingrédients qui qualifient ensemble l’excellence : le talent, la vision, le courage. Les données contextuelles, hasard et circonstances font le reste. (...) Quel regard porter sur la méthode à l’œuvre dans les initiatives d’excellence ? Ce qui filtre des projets « Initiative d’Excellence » (IdEx) me laisse une impression de prudence excessive, d’audace mesurée. Et j’en arrive à conclure que, s’ils incorporent bien le talent, ces projets laissent assez largement de côté la vision et le courage. Ils ne privilégient qu’un des trois ingrédients de l’excellence".

Créativité, goût du risque,capacité d'anticipation, apprentissage à partir de ses erreurs : il faut bien un peu de tout ceci pour entreprendre, y compris dans une classe avec les outils numériques. 

Sources :

La "Fail party", première conférence de l'échec entrepreneurial. RSLN Mag

Fail conférence : premier événement organisé sur l'échec entrepreneurial. 01net Pro, 4 février 2011

Repenser l’échec entrepreneurial des nouvelles entreprises. Ali  Smida et Nabil Khelil, 2008 (.pdf)

Québec : quelle place pour les TICE ? Entrevue de Mario Asselin, Café Pédagogique, 2 février 2011

Osons l'excellence. Le blog de Philippe Jamet, Educpros, 1er février 2011

 

Illustration : yuge, Flickr, licence CC.


Mots-clés: échec Entrepreneuriat Peur de l'échec Work In Progress Incertitude conférence Française Première Fail Conference

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