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Analogie, substitution, opposition, les figures de style au rythme du rap

Par Audrey De Santis , le 30 novembre 2010 | Dernière mise à jour de l'article le 09 juin 2011

"Sans la musique, la vie serait une erreur". Nietzsche voyait sans doute juste pour plus d'une raison. Si la musique est connue pour développer l'imagination, calmer les esprits ou au contraire, se dépenser un bon coup, elle s'avère aussi être un moyen d'expression et de communication à part entière. Thot avait déjà vanté les mérites de l'utilisation de la musique pour apprendre le français. Une stratégie payante car ludique. Elle permet d'aborder des notions et des tâches parfois ardues et rébarbatives sans même en "souffrir" réellement et en gardant la motivation et l'envie d'apprendre.


Le rap et le slam s'avèrent souvent les genres les plus efficaces en la matière, en abordant des thématiques où il est facile aux jeunes de se reconnaître, avec des textes plus poétiques et mieux construits mais aussi plus denses. Pour preuve en exemple, la réussite totale du concert et atelier de rap multilingue ayant eu lieu en septembre dernier lors de la Journée européenne des langues. Plus de 600 élèves âgés de 8 à 18 ans y ont assisté. Mais au-delà de ce succès avéré, qu'en est-il de la qualité réelle de ces apprentissages? Oui, l'efficacité d'apprentissage et d'assimilation est accrue grâce à la musique et spécialement grâce au rap. Cela signifie-t-il pour autant que les textes utilisés pour ces cours originaux de français se démarquent par leur originalité et leur richesse?

Le groupe adulé IAM, le controversé NTM, le poétique Mc Solaar, le slameur Grand Corps Malade... La France possède des princes de la prose chantée et parlée. Elie Yaffa n'est pas celui qui fait exception à cette règle. Celui qu'on connait plus communément sous l'alias de Booba a même été comparé à Céline par la Nouvelle Revue Française, revue littéraire de référence reconnue comme très classique. N'est-ce pas une comparaison un peu trop flatteuse? Etienne Quiqueré consacre un article dense à la façon dont Booba aborde le français dans ses textes. Connu pour ses propos misogynes, "communautaires", et axés sur son ego, Booba n'en utilise pas moins les figures de style à la perfection, mais surtout sait varier les plaisirs : les traditionnelles comparaisons et métaphores bien sûr mais aussi synecdoques, antithèses, hyperboles, gradations, litotes, allitérations... Sous des textes souvent provocateurs se cache une véritable ode au français.

D'un point de vue pédagogique, il y aurait plusieurs avantages à enseigner en s'aidant de chansons comme celles de Booba. Tout d'abord l'amélioration de la rhétorique autrement que par des méthodes classiques : l'élève est inspiré, motivé, peut se reconnaitre si ce n'est dans les textes, dans le comportement ou l'allure d'un artiste qui correspond plus à son époque et à sa culture directe. Il ose davantage lire, s'exprimer à haute voix, communiquer et échanger avec ses camarades de cours. Mais l'aspect primordial d'un tel "outil", c'est l'apprentissage d'un pan difficile de la langue française. L'enseignement des figures de style s'avère souvent contraignants. Il y a plus "sexy" comme sujet de cours... et les élèves perçoivent souvent cette partie du français et de la littérature comme un "bourrage de crâne" sans équivalent, ne retenant que rarement sur le long terme plus que la comparaison, la métaphore et la personnification. Alors s'il suffit de se remémorer Salade, tomate, oignon ou Boulbi pour se rappeler ce qu'est une périphrase, c'est toujours ça de gagné.


Figures d'analogie, de substitution, d'amplification, d'opposition, d'atténuation, de construction et de son se trouvent toutes dans des textes du rappeur, qui se transforme à l'occasion en professeur (adjoint) de français.

Source : "Mon prof de français s'appelle Booba" Etienne Quiqueré (Slate)

Illustration : Booba en 2010, Wikimedia Commons.

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