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Quand la science-fiction fait de la précognition

H.G. Wells, Philip K. Dick, Jules Verne… Tous de grands auteurs de science-fiction, certes. Et pourtant, certaines de leurs idées issues purement de leur imagination se sont matérialisées ou sont sur le point de l’être.

Par Alexandre Roberge , le 01 mai 2011 | Dernière mise à jour de l'article le 01 juin 2011

À l’été 2002, le cinéaste Steven Spielberg nous offrait Minority Report, un suspense de science-fiction inspiré d’une nouvelle de Philip K. Dick. Dans cette histoire, trois « précognitifs » peuvent voir les futurs meurtres qui se produiront dans Washington et ses environs. Ainsi, les policiers doivent décoder les visions des jeunes gens afin d’arrêter le fautif avant même qu’il ait commis son geste. On se souvient de ce plan : Tom Cruise devant un simple panneau transparent où il faisait défilait des images, zoomait et finissait par débusquer le coupable d’un assassinat à venir :

Une scène qui semblait nous plonger dans un futur plutôt lointain… et pourtant, à peine 7 ans plus tard, voici la présentation d’un futur système d’exploitation qui utilise la même technologie de manipulation des images :

Certes, nous ne sommes pas à l’heure où tous auront accès à un tel système, mais cette création et la multiplication des tablettes numériques nous rapprochent peu à peu de ce qui hier encore passait pour une pure fiction. Philip K. Dick, paranoïaque notoire, serait probablement angoissé de voir que ses propres inventions commencent à surgir près de 53 ans après la publication de ladite nouvelle. Mais peut-être ne possédait-il, comme nombre de ses collègues auteurs de science-fiction, qu’un fabuleux don d’anticipation.

La science-fiction se fait prédicatrice

Car Dick n’est pas le seul à avoir, par sa simple imagination, visé juste en parlant des technologies « futuristes ». Bien des auteurs avant lui ont fait preuve d’anticipation en matière d’innovations technologiques. Par exemple, on dit souvent que Jules Verne a pratiquement inventé le voyage sur la Lune. Pourtant, s’il est vrai que l’écrivain français a carrément conçu les rétrofusées, la première odyssée sur la Lune avait été décrite deux cents ans auparavant par un certain Cyrano de Bergerac. C’est ce que nous apprend le site Technovelgy où l’on recense les inventions de l’esprit qui sont passées de la science-fiction à la science tout court depuis le XVIIe siècle. La liste est fort impressionnante et donne une idée du grand potentiel d’anticipation de ce type de littérature.

Déjà en 1958, le magazine Science & Vie s’étonnait de voir comment la science-fiction avait modelé les innovations technologiques. Par exemple, le roman "Ralph 124C 41+" d’Hugo Gernsback prévoyait rien de moins que :

  • Le radar
  • La télévision (en fait, il a même créé son nom)
  • Le nylon
  • Le plastique
  • Le jukebox
  • Le microfilm

Et tout ça… en 1911 ! En fait, c’est ce même Gernsback qui va littéralement inventer, en 1929, le terme "science-fiction" pour nommer cette littérature que l'on plaçait alors dans la rubrique… anticipation. Ce « don » ou cette sensibilité des écrivains pour inventer des technologies futures influencera les esprits scientifiques et politiques qui non seulement s’en inspireront, mais aussi tenteront de prévoir les innovations à venir. Regardez par exemple ce reportage de l’émission Eurêka diffusé en 1969 à la télévision française :

La télévision avec de l’éducation programmée à domicile. Des jeux en ligne. Des ventes par correspondance. De la téléconférence. Remplaçons la télévision par Internet et la conclusion s'impose : en 1969, certains avaient déjà compris ce que serait notre mode de vie en 2011!

L'anticipation se meurt

Les auteurs de science-fiction d’aujourd’hui sont-ils moins anticipateurs que leurs prédécesseurs? C’est la question que certains se posent. Certes, le genre n’a jamais été aussi populaire, autant en librairie qu’en salles, mais il semble qu’il ait perdu son côté avant-gardiste. Star Wars est épique, mais appartient davantage au domaine du space opera ou du mythe arthurien parmi les étoiles.Inception de Christopher Nolan a surtout innové par sa complexité scénaristique. Avatar de James Cameron transmettait un message écologique avant tout (et nous fit profiter de la technologie 3D).

Est-ce à dire que le genre de l’anticipation est mort? Cette conclusion serait hâtive, mais force est de constater que son âge d’or est passé. Pourtant, des internautes veulent continuer à inventer le futur. Par exemple, l’auteur Bernard Werber (Les Fourmis, Les Thanatonautes) a conçu un « arbre des possibles » où les gens peuvent composer des scénarios sur le futur de l’humanité et de la planète. D’autres s’amusent sur des pages personnelles à proposer des solutions pour nous transporter dans l'avenir ou créent des vidéos visant à prévoir le futur d’Internet. Or, il faut le souligner, l’idée d’origine de cette initiative provient d’une nouvelle d’un certain… Philip K. Dick.

L’apport des auteurs de science-fiction à nos technologies est indéniable. Ils ont réussi à imaginer des inventions qui sont ensuite passées de l’écrit à nos vies. Maintenant, il serait intéressant que les écrivains modernes s’y essaient davantage. Juste pour savoir comment vivront nos descendants au 22e siècle…

Technovelgy

À prendre au sérieux: la science-fiction (1958), Jean-Noël Lafargue, Owni Sciences, 14 août 2010.

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