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Du bon usage de l’image et du texte en éducation*

Par Denys Lamontagne , le 23 janvier 2011 | Dernière mise à jour de l'article le 24 janvier 2011

Du lever au coucher et même dans nos rêves, la vue (l'image) et l'ouie (le son) sont nos premiers modes d’acquisition de sensations. Mais où donc alors s’insèrent la symbolisation du texte, des idéogrammes, des chiffres ?

En deux minutes, les chiffres de l’horloge, les indications sur la machine à café, le décompte des calories sur la boîte de yaourt, le «bonjour» des enfants et les nouvelles du journal du matin nous rappellent l’essence de l’utilisation de la symbolisation : la communication, la mesure et la gestion. Déjà il y a 4000 ans, la guilde des scribes égyptiens était le pilier de l’administration, de l’organisation et finalement du pouvoir de l’empire égyptien.

Le langage parlé est la première symbolisation utilisée par les humains, mais l’oral comme l’image vue, est limité par ses faibles possibilités de gestion de l’information. Qui a dit quoi et quand ? Comment comparer l’information visuelle ou orale ? Où trouver cette information ? Comment la transmettre sans altération ?  Bref, l'oral et l’image communiquent bien, mais sont difficiles à manipuler.

D’où le recours à la symbolisation écrite, car celle-ci facilite et augmente la portée des communications dans l’espace et le temps, facilite leur transport et leur duplication, permet de développement de la mesure, de la comparaison, du calibrage des actions et enfin, du fait qu’on peut les stocker et les préserver, permet d’étendre l’organisation et la gestion à des niveaux de complexité bien supérieurs à ce que pourrait superviser un groupe qui ne compterait que sur sa seule mémoire biologique, sans support symbolique écrit.

Image et texte en éducation

On conçoit alors pourquoi le texte a été et est toujours le principal outil de transmission des connaissances en éducation publique (de masse). L’acquisition, l’enregistrement, la duplication, l’indexation, la préservation et la manipulation des connaissances se sont faites plus facilement par le texte jusqu’ici, mais la numérisation, les capacités de stockage et les outils logiciels sont en train d’établir un nouvel équilibre entre l’image et le texte.

L’acquisition et l’enregistrement des images fixes ou animées tout comme des sons (conférences, exposés, etc.) est de plus en plus facile et leur indexation qui était autrefois réalisée manuellement est en train d’être systématisée, à la fois par des développements logiciels qui permettent la reconnaissance des formes et des paroles et à la fois par le réseau social qui les commente et les utilise.

Ainsi les désavantages des images (difficultés d'enregistrement et de manipulation) par rapport aux écrits sont en train de disparaître, Une simple visite du site de l’IPTC (International Press Télécommunications Council *) permet de comprendre l’envergure des changements qui s’en viennent.

Parallèlement à l’explosion de nos capacités de mesure, autant en termes de précision que de portée, on assiste à l’explosion du volume des connaissances. Les outils pour gérer les données servent aussi bien pour les données analogiques (images et sons) que pour les données numériques; les limites techniques s’estompent tout comme certaines vertus de traitement du texte par rapport à l’original non symbolisé.

Mâcher l'ouvrage, pas nécessairement un plus pour l'apprentissage

Si on prête des avantages à la vidéo et aux images pour certains apprentissages, il semble que nous ne comprenions pas précisément pour quels usages et dans quel contexte les utiliser avec efficacité.

Dans une récente recherche réalisée à l’Université Princeton « Effects of disfluency on educational outcomes»* (.pdf), il appert que des textes dont la présentation (fontes, taille) exige plus d'attention pour les décoder entraînent une meilleure rétention et compréhension chez les étudiants.

Dans une société où l’attention est fragmentée, dispersée, multitachée, le fait «d’exiger» plus d’attention parait fondamental en apprentissage. Si l’apprentissage est bien une question d’interactions entre l’étudiant et les connaissances, il va de soi qu’un enseignement qui capte l’attention et l’intérêt sera plus efficace qu’un autre qui la disperse ou l’attire faiblement.

Images, vidéos, sons, textes peuvent aussi bien enrichir et capter que disperser et «alléger». L’apprentissage demande la participation et l’investissement. L’incompréhension peut apparaître aussi bien avec le texte qu’avec la vidéo et paralyser tout apprentissage subséquent. Le rôle du professeur peut changer dans la forme, mais au fond il restera toujours celui qui s’assure que «quelque chose se passe» chez l’étudiant; avec texte ou vidéo, en face à face ou à distance.

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* Les métadonnées des images selon les normes de l’IPTIC sont structurées en une centaine de champs regroupés en 6 blocs :

  • légende (de l’image, du texte) 

  • mots clés
  • catégories

  • crédits (auteur image, auteur texte, droits), 

  • origine, (date de création, pays, ville, date et heure d’envoi) 

  • compression (qualité, format du fichier, validation)

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*Effects of disfluency on educational outcomes (.pdf)

«Une forte justification théorique indique que l’âpreté de la présentation (disfluency) peut mener à une amélioration de la rétention et de la performance d’une classe.»
Il a été démontré dans un large éventail de sujets et de capacités que l'âpreté amène les gens à traiter l’information plus profondément.

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