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La photographie, support de multiples histoires

Par Christine Vaufrey B , le 27 octobre 2008 | Dernière mise à jour de l'article le 18 novembre 2008

La fonction narrative de la photographie semble admise de tous et la force de l’image n’est plus à démontrer ; les photos racontent bel et bien des histoires, nous invitent à reconstituer des contextes et à élaborer du sens. Mais de quelles histoires parlons-nous ?

Philippe Sérénon dresse l’inventaire de ces histoires, dans un récent billet du blog associé au site Your Shot, animé par des photographes professionnels.

P. Sérénon estime que les photos nous invitent à entrer dans trois catégories principales d’histoires.

La « grande » histoire : c’est l’Histoire des pays et du monde, celle que l’on apprend dans les livres. Dans son article, P. Sérénon mentionne et montre une image restée célèbre : au début des années 90, un jeune étudiant chinois se tient seul devant une rangée de chars sur la place Tienanmen à Pékin. Cette image a fait le tour du monde, tant elle symbolisait le refus du gouvernement chinois de prendre en compte les aspirations de sa population, la vulnérabilité des uns et la force brutale des autres.

Chacun de nous a en mémoire des photos de ce genre, qui symbolisent à elles seules des moments historiques, au risque parfois d’en figer la signification dans des oppositions binaires.

Ces photos sont produites par des photojournalistes, dont l’art consiste précisément à évoquer beaucoup au travers d’images puissantes, afin de réveiller notre conscience et de compléter les discours avec de minces instants volés à la réalité.

L’histoire personnelle : c’est l’histoire de chacun, au travers des moments qui méritent d’être conservés dans la mémoire de la famille. L’apparition des appareils photos grand public au début du XXeme siècle, puis des appareils photos numériques voici une quinzaine d’années, ont largement contribué à sortir la photographie du domaine professionnel, et à faire du cliché une trace des vies de chacun.

P. Sérénon nous rappelle que la pratique amateur du portrait est née pendant la première guerre mondiale, alors que les soldats anglais, munis des premiers appareils Kodak, se faisaient photographier au front et envoyaient les clichés à leur famille.  La majorité des familles aujourd’hui disposent de tels clichés, généralement en Noir et Blanc, qui permettent d’évoquer l’histoire de l’oncle ou du petit frère lorsqu’il « faisait son armée » ou était impliqué dans une des guerres qui continuent d’émailler la vie des nations.  Si l’image du soldat constitue bien un « classique » des archives personnelles, P. Sérénon note que la photo de mariage est encore plus répandue, et qu’à la série de photos un peu guindées réalisées par un photographe professionnel s’ajoutent les milliers de clichés amateurs pris par les invités à la fête.

L’histoire projetée : c’est l’histoire dans laquelle tentent de nous attirer les photographies de mode et de publicité. Toutes diffusent le même message : « Regardez comme vous seriez élégants, avec les chaussures X ou la robe Y ! Si vous achetez la voiture Z, vous serez  invincible et les plus beaux paysages du monde s’offriront à vous ! ». La photographie joue ici sur le désir d’identification de celui qui la regarde avec le mannequin (dont la silhouette ou le sourire sont d’ailleurs souvent retouchés avec les logiciels adéquats…) qui met le produit en valeur. Dans cette catégorie se rangent aussi toutes les « fausses histoires privées », celles des stars qui nous permettent de faire connaissance avec leurs nouveaux-nés, leur petit ami du moment, ou même leur grand-mère, dans une stratégie de brouillage de frontière entre vie publique et intimité, visant là aussi à faciliter notre indentification à eux.

Alors, oui, la photographie raconte bien des histoires. Mais toute photographie ne raconte pas nécessairement une histoire. C’est le talent du photographe, sa maîtrise technique et sa capacité à saisir les éléments décisifs d’une situation, qui permettent de produire des images à forte valeur narrative. Et n’oublions pas que l’image est souvent plus belle que la réalité : les outils de retouche d’image, s’ils ont toujours existé, sont devenus accessibles à tous et permettent à tout un chacun de rendre le ciel plus bleu et les dents plus blanches. De la même façon, une photo d’actualité peut être recadrée, retouchée,  des personnages peuvent sortir du cadre, de manière à rendre lisible une réalité souvent confuse.

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