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Partage d'expériences entre enseignants : l'exemple britannique

Par Christine Vaufrey B , le 16 novembre 2010

Le travail réel des enseignants reste mystérieux, dans la mesure où bien peu de classes s'ouvrent aux observateurs. Certes, la recherche en éducation produit une abondante littérature et, à l'autre bout de la chaîne, les enseignants eux-mêmes n'hésitent pas à livrer leurs "recettes" à leurs collègues, surtout depuis la généralisation de l'utilisation des outils de publication numériques. Dans les pays anglo-saxons, ces recueils de bonnes pratiques prennent fréquemment la forme de listes : les dix choses à savoir pour enseigner en ligne; cinq conseils pour faire écrire les élèves; douze trucs pour faire aimer les maths aux élèves du secondaire... Vous êtes certainement tombés, un jour ou l'autre, sur ce genre de productions, aussi abondantes qu'inutiles, sauf pour celui qui les crée.

Les production académiques issues de la recherche ne sont pas plus opérationnelles. Sally Fincher, de l'Université du Kent, n'hésite pas à affirmer que les penseurs de l'éducation produisent "des vérités inutiles" : "les résultats sont vrais, mais il ne sont pas formulés sous une forme qui les rendraient utilisables par les enseignants", dit Mark Guzdial, grand admirateur de Sally Fincher et paraphrasant une récente intervention de cette dernière.

Pour rompre avec ce format de production, Sally Fincher a lancé un vaste projet dont la première phase court de septembre 2010 à août 2011. Intitulé "Share Project" (projet de partage), il vise à collecter le plus grand nombre possible de récits d'expérience d'enseignants du supérieur (post-secondary teachers), sous forme d'histoires qui sont déposées sur le site du projet.

On reconnaît là le goût prononcé des anglo-saxons pour le story telling, qui s'affirme progressivement comme un puissant vecteur de partage d'expériences et de formation mutuelle. 

Quand l'expérience se transforme en biens communs

Dans les trois années suivant le recueil d'histoires, seront produits des matériels de formation professionnelle riches et fournis, qui accèderont au statut de Commons, ou biens communs, à la disposition de la communauté éducative britanique. La création de Disciplinary Commons bénéficie déjà de quelques années d'expérience et d'une méthodologie bien rôdée, comme en témoigne cette page.

Les enseignants sont donc invités à s'enregistrer sur le site du projet et à y déposer, le 15 de chaque mois, une histoire significative relatant "ce qui marche" dans leurs pratiques et, en particulier, dans leur utilisation des TICE. Les instructions données aux enseignants soulignent qu'il s'agit de collecter des petites histoires, des petits "trucs" hautement subjectifs et non pas des synthèses objectivées. Les participants recevront chaque mois une lettre d'information synthétisant les apports des semaines précédentes. 

Le projet témoigne d'un retour aux fondements de la transmission des savoir-faire associés à un métier, par le biais de l'expérience. Il vise tout simplement à créer une communauté virtuelle d'aprentissage productrice d'innovation, permettant à chacun de progresser dans ses pratiques grâce aux contributions de tous. Son originalité tient à l'étroite relation qu'elle entretient avec la recherche universitaire, tout en cherchant à en modifier les productions habituelles.

Share Project constitue un pari, celui de la valeur de la mutualisation pour l'apprentissage. Souhaitons que l'expérience tirée de ce projet inspire les enseignants eux-mêmes pour engager leurs étudiants dans les voies de l'apprentissage collectif et mutuel.

Share Project

Sally Fincher on Useless Truth at SIGCSE 2010. Computing Education Blog, mars 2010

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