Articles

La théorie connectiviste de l'éducation serait-elle dépassée ?

Par Alexandre Roberge , le 09 décembre 2008 | Dernière mise à jour de l'article le 10 décembre 2008

Lorsqu'on parle de théories de l'éducation, on utilise souvent des termes comme objectivisme, pragmatisme ou constructivisme. Mais avec l'avènement de la formation à distance, la théorie connectiviste a pris de plus en plus d'ampleur.

Qu'est-ce que la théorie connectiviste de l'éducation ? L'idée est que l'étudiant suit un processus d'apprentissage dans une communauté dans laquelle il peut apprendre, et où lui aussi peut apprendre aux autres. Beaucoup ont déclaré à l'époque où s'est amorcée la montée du e-learning et de la formation à distance que le connectivisme deviendrait la nouvelle théorie et philosophie de l'éducation. Ceci, parce que la taille de chaque communauté apprennante s'est considérablement élargie, au point parfois qu'elle dispose de frontières quasi-invisibles. Qu'on songe en effet à tous ceux qui apprennent par eux-mêmes, hors des institutions éducatives : ils peuvent se connecter à des individus et ressources éloignées, appartenant à des univers fort différents. Le principe-même de connexion devient ici un vecteur fondamental de la construction du savoir.

Pourtant, Rita Kopp et Adrian Hill, chercheurs en sciences de l'éducation, posent la question de la valeur de la théorie connectiviste dans un article intitulé Connectivism : learning theory of the future or vestige of the past ? Dans leur étude, les auteurs se demandent tout d'abord si on peut véritablement considérer le connectivisme comme une théorie de l'éducation. Question déjà très difficile, car peu d'experts s'entendent sur la définition exacte d'une théorie. En fait, on se rend compte que le connectivisme est peut-être davantage l'amalgame de plusieurs théories dans un seul modèle.

Ce modèle est-il actuel ou, plutôt, les propositions qu'il contient sont-elles nouvelles ? En fait, pas totalement. Des éléments du connectivisme étaient déjà évoqués et théorisés dans des études du début des années 1990 où l'on parlait de modèles éducationnels en relation et en expérimentation entre l'enseignant et l'étudiant. 

Finalement, est-ce que le connectivisme est dépassé ? Voilà la grande question, à laquelle les auteurs répondent non... mais avec des bémols. En fait, l'idée en elle-même d'un réseau - node en anglais - de connaissances et de liens entre étudiant - tuteur - autres étudiants est pertinente et doit être conservée. Sauf que présentement, chacun a sa vision personnelle du connectivisme et de la manière de l'illustrer. Pour certains chercheurs cités dans l'article, le connectivisme remet l'expérience personnelle au premier plan, tandis que d'autres privilégient la construction des connaissances théoriques. De plus, certains le voient déconnectés de la formation face à face alors que les auteurs prétendent qu'au contraire, le modèle théorique est applicable en classe ordinaire autant qu'en e-learning.

Les auteurs finissent leur étude sur un constat qui peut expliquer les ambiguïtés ou la sensation de ne pas être en capacité de donner une définition et un mode d'usage clairs de la théorie connectiviste : nous sommes dans une période de rupture radicale en éducation. Radicale dans la forme, dans les objectifs, dans la vision de l'acte d'apprendre lui-même. De plus en plus, les nouveaux étudiants trouvent et agglomèrent leurs propres sources de connaissances, bien au-delà de l'univers scolaire et universitaire classique. Ces changements peuvent expliquer que les spécialistes de l'éducation cherchent aujourd'hui à qualifier ces nouveaux modes d'apprentissage. Or, il est peut-être trop tôt ou incorrect de vouloir mettre à tout prix un nom sur la nouveauté en question.

Avez-vous apprécié cette page?

Voir plus d'articles de cet auteur

Accédez à des services exclusifs gratuitement

Inscrivez-vous et recevez des infolettres sur :

De plus, indexez vos ressources préférées dans vos propres dossiers et retrouvez votre historique de consultation.

M’abonner
Je suis déja abonné