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Afrique francophone en formation à distance : quels bilans ?***

Par Louis-Martin Essono , le 09 mai 2005 | Dernière mise à jour de l'article le 12 décembre 2008

Les universités africaines sont en permanence sur les braises. Chacune à son tour. Le Bénin tient haut le pavé. Les années blanches se succèdent. La plupart du temps, commandités ou non, nos étudiants posent des problèmes de leur ventre souvent vide. Mais, de temps en temps, pour crédibiliser leurs mouvements, ils y saupoudrent des revendications d’ordre académique.

Les Français ont formellement quitté leur Afrique depuis 40 ans. L’âge d’un homme mûr. Bizarrement, chacun de ces pays (mûrs) éprouve toujours le viscéral besoin de solliciter père et mère pour une assistance apparemment ponctuelle. Cela est significatif de l’Afrique francophone.

Au plan scolaire, on reconnaît que l’école allait bien aux temps coloniaux. Le niveau bon, les effets remarquables. "Depuis, depuis," rien ne va plus. Les écoles ont beau être bâties, il s’en trouvera qui n’auront pas d’enseignants. De craie. De papiers. L’école, sous sa forme actuelle, n’intéresse même plus les jeunes, parce qu’inadaptée. Une autre forme d’école doit sourdre. L’école actuelle coûte cher. Les parents pauvres. Les analphabètes augmentent avec le nombre de salles de classes construites, avec les gros budgets, avec les subventions internationales reçues.

L’école d’aujourd’hui a-t-elle encore des objectifs ? sont-ils pertinents ? Les apprentissages acquis et les enseignements dispensés conviennent-ils vraiment aux apprenants qui n’ont pas de route pour se rendre au village-école ? Les connaissances acquises sont-elles opératoires ? L’accord du paticipe passé des verbes essentiellement pronominaux apporte-t-il à l’immédiat le pain que procure la vente du lait ? Trouve-t-on vulgarisée la formation pratique pour la transformation et la conservation du lait de nos vaches ? La saison permanente des fruits est-elle rentable ? le traitement local du bois permet-il au villageois de vivre de sa forêt sans voir s’en aller, au-delà des mers, toutes ses grosses billes ?

Les slogans, disais-je, sont trop bruyants : Il faut massifier la formation à ces millions de nos descendants à qui nous ne lèguerons que des dettes contractées sans résultats obtenus. Il faut soigner les enfants, il faut les scolariser, comment et pourquoi s’ils doivent chercher sans trouver, le travail pour lequel l’école est instaurée?

Il n’y a pas d’école libre. Je veux dire, d’apprentissage libre. L’expérience acquise sur le tas n’a aucune valeur si elle n’est appuyée d’un diplôme. Aucune structure de validation des acquis des expériences ne fonctionne nulle part. Les rares structures de formation à distance qui existent grâce à l’aide internationale ne lui survivent pas et servent d’abord les intérêts personnels en même temps que se posent la reconnaissance des titres qui y sont collationnés.

La question a été plusieurs fois posée dans ces mêmes colonnes : Que sont les aides à la fàd devenues ? La banque mondiale, les organismes américains ou européens s’essoufflent à nous aider. Mais, nous aident-ils à survivre seuls ? Il est difficile de comprendre que l’Afrique ne s’autonomise pas pour ce qui lui est fondamental et que l’Etranger soit constamment à son chevet. Cela me semble bizarre. C’est louche. C’est illogique. Et inadmissible.

Quel est cet homme mûr de 40ans qui demeure dépendant ? A moins que ceux dont il dépend ne gagnent quelque chose. Qu’il nous faut dé-couvrir.

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