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Blogs : quand les commentaires prennent le pas sur les billets

Où commence, où s'arrête le texte d'un billet de blog ? Faut-il prendre en compte le texte de l'auteur seulement, ou y inclure les commentaires ?

Par Christine Vaufrey B , le 23 septembre 2008 | Dernière mise à jour de l'article le 01 janvier 2012

Si le phénomène "Blogs" a pris tant d’ampleur, c’est sans doute parce que cet outil permet à tout un chacun de s’exprimer publiquement sur le sujet qui l’intéresse, sans aucune connaissance antérieure en matière de publication sur le web. C’est aussi parce que la fonction « commentaires » permet le dialogue entre l’auteur des billets et ses lecteurs.

Dans certains cas (lorsque la thématique du blog est bien ciblée, lorsque l’auteur maîtrise les principes de construction des articles, lorsqu’il a choisi de s’exprimer sur un sujet fédérateur…), les commentaires deviennent la partie la plus intéressante du blog. Ils témoignent de l’existence ou de l’émergence de « communautés » d’amateurs, qui se donnent rendez-vous à intervalles réguliers dans un blog, comme on pourrait le faire dans un café.

Deux exemples (parmi d’autres) illustrent ce phénomène d’émergence de communautés.

Pierre Assouline tient un blog littéraire lié au journal Le Monde, intitulé La République des Livres. Assouline, journaliste littéraire bien connu et écrivain lui-même, y fait des comptes-rendus de ses nombreuses lectures et donne des nouvelles du monde de l’édition littéraire. Chacun de ses billets déclenche la rédaction de 100 à 300 commentaires en moyenne. Ici, point de « trop cool », ou d’« excellent article, merci ». Les auteurs des commentaires soignent leurs textes, s’interpellent, engagent de véritables conversations. À tel point que Pierre Assouline a récemment publié un ouvrage intitulé Brèves de Blogs, qui reprend les commentaires les plus brillants publiés sous ses billets… sans mentionner les billets eux-mêmes. Dans une longue préface, il s’explique sur cette publication singulière : l’art du commentaire revitalise, selon lui, l’art de la conversation qui fit le succès des salons littéraires jusqu’au début du XXème siècle. Cette initiative démontre, s’il en était encore besoin, que le livre n’est que peu de choses sans ses lecteurs, et que l’édition électronique favorise la constitution de larges espaces d’échanges.

Le projet d’Erwan Cario, journaliste à Libération, est tout autre : ayant décidé d’équiper son nouvel ordinateur portable du système d’exploitation Linux, il tient un blog intitulé Linux, le journal d’un novice  qui relate ses premiers pas d’utilisateur. Au fil des 15 billets (plus un prologue et un épilogue), on le suit dans l’installation du système, la recherche de drivers, la familiarisation avec différents logiciels libres… Là encore, c’est un plein succès d’audience : entre 70 et 150 commentaires sont déposés sous chaque billet. Mais, à la différence des commentaires publiés sur le blog d’Assouline, il ne s’agit pas ici pour l’essentiel de donner son avis, commenter, converser sur le bien-fondé de la démarche, mais plutôt d’aider le rédacteur dans sa prise en main de Linux. Sur le fond, rien d’étonnant : les amateurs de Linux forment effectivement une véritable communauté dont les membres échangent beaucoup, sur les forums spécialisés. Mais cet esprit communautaire propre aux utilisateurs et développeurs des logiciels libres a rarement l’opportunité de s’exprimer dans un média grand public tel que Libération.  Le blog d’Erwan Cario leur en a donné l’occasion. S’est ainsi constitué, au fil du temps, un véritable « guide de l’utilisateur Linux » accessible à tous.

On voit au travers de ces exemples comment le blog peut devenir le point de ralliement de véritables communautés qui s’expriment par le texte ; que l’écrit s’accommode parfaitement de la création collective ; que la notion d’auteur ne coïncide plus avec celle d’individu, et désigne désormais un ensemble d’identités unies par une même préoccupation ; que les frontières de l’objet « texte » deviennent mouvantes et se recomposent sans cesse ; que le tout est supérieur à la somme des parties et donne naissance à un nouvel objet. Autant de constats qu’il serait fort utile de valoriser dans le monde éducatif, n’est-ce pas ? 

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