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« Aujourd’hui, chacun est auteur de sa propre représentation »

André Gunthert fait le point sur les modifications majeures engendrées par le numérique sur les pratiques photographiques du grand public

Par Christine Vaufrey B , le 03 novembre 2008 | Dernière mise à jour de l'article le 11 décembre 2012

Les Animaux Familiers : Plus On Les Aime, Plus On Les Photographie Et Plus On Les Montre !

(Article mis à jour en Décembre 2012)

Dans une émission réalisée en 2008 et diffusée dans le cadre de l'Atelier des médias sur Radio France Internationale, André Gunthert, enseignant-chercheur, spécialiste des cultures visuelles et des cultures numériques et blogueur sur L'Atelier des icônes, traitait de la relaiton modifiée qu'entretient le grand public avec la photo. Car nos pratiques photographiques se sont profondément modifiées avec la généralisation de l'équipement numérique d'une part, la possibilité de poster ses photos en ligne et de les partager d'autre part. 

Dans cette émission d'un peu plus d'une demi-heure, Gunthert traite notamment les points suivants :

- Chacun de nous aujourd’hui est non seulement producteur d’images en grand nombre, grâce aux appareils photos numériques et aux téléphones portables, mais aussi éditeur : les outils de publication en ligne permettent à tout le  monde de poster des images dans des espaces publics. L’exposition publique n’est plus réservée à une petite minorité d’artistes et de personnalités et il est injuste d’accuser les personnes qui postent des images sur le web de « s’exhiber », comme si leur pratique était fondamentalement moins noble que celle des artistes qui n’existent qu’en montrant leurs oeuvres.

- Les photos ainsi publiées sont souvent des supports de conversation et ont donc une puissante fonction d’entretien de la socialisation. Gunthert remarque que sur Facebook par exemple, on trouve nombre de photos de fête, qui donnent lieu à de nombreux commentaires parfois débridés (moqueries, blagues, etc.). Depuis la date d'enregistrement de cette émission, la prédominance de Facebook comme site privilégié de partage d'images n'a fait que croître. Un analyste américain du marché de la photo en ligne estimait même en 2011 que 20 % de la totalité des photos prises dans l'année finiraient sur Facebook ! 

- Des groupes autrefois exclus de l’exposition publique en maîtrisent désormais les codes, comme en témoignent régulièrement les pénibles mises en scène réalisées par des groupes de preneurs d’otages, pour faire pression sur l’opinion et les gouvernements : « Aujourd’hui, chacun est auteur de sa propre représentation » : ce n’est plus Hollywood ou la grande presse qui décide de ce qui doit être montré et de la façon de montrer les personnes.

- Les banques d’images, les sites de partage de photos, révèlent des aspects sociaux qui restaient invisibles aux chercheurs lorsque les photos personnelles étaient cantonnées aux albums familiaux. Gunthert cite deux exemples : la profusion de photos d’enfants sur les sites de partage de photos souligne la place centrale que ces derniers occupent dans les familles ; le nombre impressionnant de photos d’animaux familiers sur ces mêmes sites permet de comprendre la signification profonde de l’acte photographique dans ce cas qui est, selon Gunthert, de montrer de « l’amour en boîte » : la photo témoigne d’un attachement et plus on en fait, plus on aime ! On relèvera pourtant qu'un nombre croissant de personnes évite désormais de poster des photos représentant de jeunes enfants. Les principes de droit à l'image et de respect de la vie privée commencent à faire leur chemin. Les animaux familiers,eux, se portent parfaitement bien sur les sites de partages d'images, merci pour eux !

L’accès de tous aux outils de retouche d’image remet en cause, dans le grand public, la prétendue objectivité de la photographie. Une nouvelle culture de l’image est en train de naître, qui se forge au travers de la pratique : c’est en s’essayant à la retouche que l’individu réalise combien cette pratique est courante, banale, et qu’il ne faut pas confondre la réalité et sa représentation…

André Gunthert estime que nous vivons actuellement une intense période d’invention dans le domaine de la création et de la diffusion d’images. Une période caractérisée par le goût du jeu et la créativité, qui n’épargne aucun lieu et aucun groupe social.

En quatre ans, le phénomène observé par Gunthert n'a fait que s'accentuer et prendre de la vitesse. Instagram apparaît comme un incontournable pour tous ceux qui possèdent un smartphone. En même temps, on voit le marché de l'appareil compact bon marché reculer nettement, à mesure que les utilisateurs d'hier passent au smartphone.

La photo, jadis réservée aux grandes occasions, s'immisce désormais dans les moindres recoins du quotidien et de la grande toile.  

Atelier des Médias - Emission n° 54 - Emission spéciale avec André Gunthert. Radio France Internationale, 31 octobre 2008. 

L'Atelier des icônes. Le carnet de recherche d'André Gunthert.

 

photo : swanky via photopin cc

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