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Très chers contenus gratuits !

Les universités anglo-saxonnes mettent en place des stratégies d'alliance pour proposer leurs contenus gatuitement sur la toile. À quand un mouvement francophone de ce type ?

Par Alexandre Roberge , le 25 janvier 2010 | Dernière mise à jour de l'article le 09 mai 2012

Voici quelques années, le MIT frappait un grand coup dans l'univers des cours en ligne, avec son dispositif "OpenCourseWare", qui met gratuitement à la disposition du public 80 % de ses cours.  Bien sûr, on ne peut obtenir un diplôme certifiant l'acquisition de nos compétences, mais on a tout de même accès au matériel de cours complet sans débourser un rond. Sans même devoir s'inscrire, en fait.

Depuis, plusieurs universités ont emboîté le pas au MIT. Il s'agit d'une tendance lourde, qui intéresse désormais les gouvernements. Ainsi The Guardian nous apprenait-il en novembre dernier que le gouvernement britannique avait déjà investi 5,7 millions de livres dans un programme se penchant sur la question suivante : comment encourager les universités britaniques à déposer plus de contenu gratuit en ligne ?

La promotion de l'éducation, la spécialisation des universités

Cette idée ne semble faire aucun sens quand on sait à quel point les établissements universitaires se battent pour obtenir des fonds et des inscriptions pour renflouer leurs coffres. Pourquoi alors offrir du matériel de cours gratuits, des enseignements pour lesquels ils pourraient faire payer le prix fort ? Il y a plusieurs réponses à cette question:

  • Parce que c'est un excellent moyen de faire la promotion et de donner une idée des connaissances universitaires.
  • Parce qu'il s'agit d'une initiative en lien avec l'économie du savoir. Les spécialistes ne cessent de dire que le futur économique et social passe par une diffusion étendue de la connaissance.
  • Parce qu'il donne aux étudiants universitaires actuels le moyen de diversifier encore plus leur bagage de connaissances sans avoir à débourser davantage.
  • Parce qu'il permet un accès à l'éducation privilégié pour des groupes qui n'en auraient pas les moyens: citoyens de pays sous-développés, les moins nantis, les travailleurs à temps plein n'ayant pas le temps ni les moyens de se payer des cours universitaires, etc.

Si les côtés humanitaires et généreux de ces initiatives semblent évidents, il n'en reste pas moins qu'une question pragmatique demeure: si un pourcentage élevé des contenus universitaires se retrouve gratuitement sur Internet, qui s'inscrira alors dans les universités ?

À cela, David Willey, professeur associé à l'université Brigham Young dans l'Utah répond: "Je ne suis pas sûr que, dans un avenir proche, les institutions continuent de remplir les trois missions suivantes : répondre aux questions des étudiants, diffuser les contenus et certifier les formations. Je crois que les établissements se spécialiseront dans un seul de ces rôles et noueront des partenariats avec d'autres universités pour répondre aux deux autres missions." Assistera-t-on à une spécialisation des universités, à une libération du carcan traditionnel ? Déjà, dans l'Utah aux États-Unis, l'établissement Western Governors n'exige plus de ses étudiants qu'ils suivent des cursus préétablis ou un nombre requis de classe pour se présenter à l'examen. On évalue la compétence de l'étudiant, lui laissant une flexibilité plus grande dans ses choix d'études.

Et bien sûr, la diffusion gratuite des contenus de cours est aussi un excellent moyen de faire de la publicité pour son établissement, une publicité internationale dirigée vers des étudiants potentiels venus du monde entier. Car la plupart des étudiants préfèrent encore le contact avec des pairs et des enseignants, plutôt que d'étudier tout seuls devant leur écran.

Une addition salée pour les universités

Nous avons déjà parlé plus haut du MIT qui offre 80% de ses cours gratuitement sur la Toile, mais on trouve également l'Open University qui offre des centaines de cours différents gratuitementJorum est aussi un forum qui donne accès à du matériel pédagogique et de cours universitaires sans dépenser un sou.

Mais, si le cours en igne ne coûte rien à l'utiisateur, il coûte cher au diffuseur. Par exemple, une année d'études au MIT coûte plus de 36 000$ américains par an. Or, cette prestigieuse institution doit débourser entre 10 000 et 15 000 $ pour chaque cours mis en ligne, pour payer les licences, la préparation du matériel pour le web, l'hébergement, etc. A l'évidence, cette initiative ne pourrait s'être réalisée sans le soutien financier des mécènes et des commanditaires.

Mais la crise économique a nui à l'essor de ces initiatives. L'Université de l'Utah a dû geler son projet d'OpenCourseWare, n'ayant pas réussi à obtenir les 120 000 $ nécessaires. C'est pourquoi plus de 200 institutions se sont réunies dans un consortium en ligne pour permettre de partager et diffuser la connaissance en ligne à des coûts plus raisonnables pour de petits établissements. Et l'on comprend mieux alors l'initiative du gouvernement britannique.

Cependant, au niveau de la francophonie, on se demande toujours quand les universités de France, de Suisse, d'Afrique et du Canada se mettront de la partie. Certes, de plus en plus d'institutions françaises et québécoises s'affichent sur YouTube Edu, un autre outil dans la lignée du matériel universitaire gratuit dont nous avons parlé en 2009. Mais on cherche encore des projets comme ceux du MIT, des projets qui permettraient pourtant le rayonnement non seulement des institutions mais de la connaissance francophone dans le monde.

Any student, any subject, anywhere, un article de The Guardian

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