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Quand les nouveaux outils changent la façon d’être ensemble

Par Martine Dubreucq , le 13 octobre 2008 | Dernière mise à jour de l'article le 22 juillet 2011

Les 3 et 4 octobre 2008 ont eu lieu à Beaubourg « Les entretiens du nouveau monde industriel » à l’initiative du philosophe Bernard Stiegler, Directeur du Département du développement culturel au Centre Pompidou. Ces journées ont réuni philosophes, psychologues, chercheurs en sciences économiques et sociales, spécialistes multimédias, designers, pour débattre des enjeux technologiques et industriels mais aussi anthropologiques et politiques des réseaux sociaux.

Dominique Pasquier, spécialiste de la sociologie de la culture et des médias, s’intéresse depuis de nombreuses années aux différents types de sociabilité des jeunes et sa réflexion a naturellement évolué de l’étude de l’influence de la télévision à celle des outils de type Facebook.

  • Elle constate que ces technologies renforcent l’agrégation des jeunes par groupe d’âge et accusent le fossé générationnel qui existait déjà,  la vie partagée avec les pairs ne connaissant désormais plus d’interruption.
  • Il ne suffit plus d’optimiser le nombre des amis, il faut aussi afficher ce nombre et en ce domaine les technologies rendent tout à fait visibles les sédimentations sociales : plus on est favorisé socialement, plus on connaît de gens (plus importants, plus éloignés géographiquement).
  • Elle distingue deux types de sociabilité depuis le début de ses enquêtes : les liens faibles et nombreux qui seraient plutôt ceux que préfèrent les garçons et  les liens plus intenses et rares qui correspondraient à une sociabilité féminine. Elle remarque que les technologies mettent peu en scène la valeur et l’intensité d’une relation, que dans les réseaux sociaux, il s’agit de « faire du chiffre », de montrer ainsi sa puissance. 

Le conformisme qu’elle constatait déjà chez les lycéens en 2003 dans Cultures lycéennes: la tyrannie de la majorité semble avoir trouvé en ces technologies « conviviales » son autoroute.

Alain Mille, un des concepteurs de Silex, plate-forme éducative permettant à de jeunes apprenants d’avoir accès à tous leurs parcours d’apprentissage à distance, explique dans ce même colloque que ces traces peuvent alimenter un véritable moteur d’assistance ou bien aider à construire des communautés à partir d’activités communes relevées. Il faut simplement « avertir les gens qu’ils sont tracés », insiste Alain Mille.

La confrontation de ces deux interventions ramène au premier plan la question des modalités de l’utilisation en  classe ou à l’université de ces outils de sociabilité et d’apprentissage.

Il est illusoire de vouloir arrêter le processus en marche, encore plus de décréter que l’école doit rester à l’écart de ces changements mais il n’est pas interdit de résister aux sirènes de la  nouveauté des réseaux sociaux en  cherchant des outils susceptibles de contrecarrer cette tendance à l’uniformité.

Puisque irrémédiablement  tout le monde laisse des traces, de plus en plus nombreuses, sur sa vie ses goûts, ses amis, ses idées, son parcours et surtout ses désirs, puisque ces traces sont traquées pour de multiples raisons, qu’elles soient policières, commerciales ou simplement conviviales, pourquoi ne pas en faire le moteur d’une prise de conscience ?

Maîtriser ce que l’on laisse de soi en ligne est une compétence que l’on commence à peine à  enseigner.

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