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Twitter, petit oiseau discret ou baleine encombrante ?

Par Marion Sabourdy , le 03 mars 2010 | Dernière mise à jour de l'article le 08 mars 2010

Twitter, le réseau social qui impose la rédaction de messages en 140 caractères, a désormais passé l'époque de la petite enfance. Pour le voir grandir et attirer de nouveaux adeptes, il convient de prendre du recul par rapport à ses usages parfois excessifs.

Twitter : les utilisateurs en sont fous !

En à peine deux ans, le réseau social Twitter a été pris d’assaut par les journalistes et autres « travailleurs de l’information » que sont les bloggeurs, bibliothécaires ou enseignants. Twitter s’est même hissé au rang de première source d’informations pour ses utilisateurs, détrônant la veille « à l’ancienne » via les agrégats de flux RSS ou les lettres d'information. En effet, une telle veille collaborative a de quoi séduire, par sa réactivité et sa simplicité.

Grâce à la multiplication des téléphones intelligents et autre réseaux wifi, le gazouilleur s’invite également aux conférences et colloques pour les commenter en temps réel. C’est le « live-twitt ». Les Rencontres CNRS Jeunes en novembre 2009 en donnent un bel exemple illustré. Dans ce cas, le flux de messages constitue une sorte de carnet de note, de compte-rendu en direct voire d’un moyen de laisser vagabonder son esprit.

Dans un intéressant article, le psychologue et « twitterien » Yann Leroux  évoque des avantages sous-estimés. Selon lui, les salutations « créent du lien social » et permettent de « faire connaitre sa présence à un événement ». Les tweets « favorisent le déroulement » d’un colloque en apportant des informations « dans quelle salle a lieu telle conférence ? Qui est la personne qui parle ? ». Enfin, ils permettent de « discuter les contenus apportés par la conférence : liens vers des sites, apports d’informations nouvelles ». Pour lui, Twitter est une « mise en commun en ligne de tout ce qui est pensé dans une sorte de wiki psychique ». Ces différentes utilisations sont également réunies dans une étude en anglais évoquée à la conférence EduMedia de mai 2009 à Salzburg (Autriche).

Twitter favorise la propagation d'informations non vérifiées et l'inattention des auditoires

Mais les avantages de Twitter peinent à cacher ses mauvais côtés : répétition compulsive des mêmes liens, addiction au flux d’information en temps réel, scoops noyés sous les inepties, « buzz » et autres blagues potaches et, plus grave, véritables erreurs. Pour les journalistes, la tentation est grande de « (re)twitter » une information rapidement, afin de rester dans l’actualité, au risque de colporter des rumeurs infondées. 

Lors des conférences, l’oiseau discret semble aussi laisser sa place à la baleine encombrante si l’on en croit les témoignages négatifs qui se multiplient sur les blogs : inattention de l’auditoire, chahuts dignes d’une cour de récréation, participants qui flattent leur ego à moindre frais, bavardage malpoli voire parfois méchant…  L’apogée est atteint lorsque le flux de messages est retransmis en temps réel sur la scène, via un écran géant, parfois dans le dos du conférencier. Celui-ci est assailli de commentaires de bonne foi ou carrément désobligeants, de questions ou de rectifications alors même qu’il n’a pas encore terminé sont discours. Pierre Fraser nomme ainsi Twitter « la bête noire des conférenciers ». 

Mais le temps de la curiosité et des tests touche à sa fin; les bloggeurs commencent à s’interroger sur l’intérêt des tweets et les bonnes manières à employer. Le journaliste Philippe Astor partage son expérience sur ce point dans un article sur ElectronLibre. En utilisateur averti, il note les dérives (confusions, absence de mémoire et de recul, difficultés à s’extraire des sollicitations répétées) et incite les journalistes à être « vigilants » et à « conserver leurs vieux réflexes » de vérification de l’information. Un conseil qui peut s’appliquer à tous, par exemple en lisant en entier les articles qu’on souhaite partager ou en consultant les documents officiels. Bref, il faut être un « filtre digne de confiance ». Francis Pisani quant à lui s’interroge sur l’utilisation de Twitter en conférence, suite à l’article de la conférencière américaine Danah Boyd sur sa mauvaise expérience en ce domaine.

Une charte d'usages en cours d'élaboration

Un semblant d’organisation ou de « charte du bon twitterien » commence à se mettre en place implicitement, principalement sur les blogs via les commentaires. Ainsi, lors d’une conférence, la présence d’un modérateur est proposée pour trier les tweets et les présenter aux participants à des moments dédiés afin de conserver l’alternance temps d’exposition / temps de débat. Si le modérateur est absent, on peut également réserver la projection des messages à la fin du discours du conférencier, pour que celui-ci soit libre d’interagir avec le public. Les participants peuvent également préparer la conférence en amont et la poursuivre en aval, sur des blogs ou sur Twitter via l’utilisation de hashtags (matérialisés par le signe # dans les messages), dont Pierre Guillou explique la définition et l’intérêt.

Des outils voient même le jour pour organiser le flux de tweets comme Paratweet, qui s’est spécialisé dans la couverture d’événements et dotnt Thot a parlé ici.Twitter peut également être couplé à Google Wave comme on peut le lire sur un blog dédié à cette application.

Si vous envisagez de succomber à la tentation de Twitter, vous bénéficierez au moins des analyses et conseils des utilisateurs pionniers. Car piaf ou cétacé, comme pour tout ce qui touche aux nouvelles technologies, Twitter n’est que ce qu’on en fait.


Les lecteurs utilisateurs de Twitter peuvent suivre les personnes citées dans cet article :

Yann Leroux : @yannleroux

Pierre Fraser : @FraserPierre

Philippe Astor : @makno

Francis Pisani : @transnets

Danah Boyd : @zephoria

Et bien sûr, Thot Cursus : @thot


Crédits photos :
Shovelling Son, Flickr, Licence CC
Henri Bergius, Wikimedia commons, Licence CC
kopp0041, Flickr, Licence CC

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