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Un livre, c'est un visage, un profil, une rencontre

Par Martine Dubreucq , le 20 octobre 2009 | Dernière mise à jour de l'article le 21 octobre 2009

Si vous faites partie d'une génération d'étudiants à jamais dégoûtés par les bibliothèques d'université, de cette catégorie de personnes qui ne dénichent pas grand chose dans leur bibliothèque municipale, de ce genre de surfeur indépendant qui a trouvé en internet la réponse adéquate à ce qu'il cherchait depuis longtemps, pourquoi iriez-vous aujourd'hui pousser la porte d'une médiathèque ou encore d'une grande bibliothèque universitaire ou consulter leurs catalogues ?


Car il fut un temps où un grand nombre de bibliothèques universitaires étouffaient par leur silence, où le moindre grincement de chaise faisait lever les yeux, où l'on ouvrait de profonds tiroirs pour fouiller dans des fiches couvertes de signes cabalistiques, où l'on allait tendre ses fiches à un employé de fort méchante humeur qui boitillant s'en allait chercher vos livres au fond de grandes rangées grises. Il fut un temps où l'accès au savoir ressemblait à une description de Balzac.


Car il fut un temps et pas si éloigné où les bibliothèques municipales étaient la vitrine de la mairie, avec les choix culturels qui les accompagnent. Si dans quelques villes une véritable politique d'information auprès du public s'organisait autour d'expositions mettant en valeur les collections et exerçait une mission légitime de démocratisation du savoir et d'animation culturelle, dans d'autres villes la priorité était accordée aux bâtiments (architecte prestigieux, surdimensionnement des équipements, matériaux luxueux) et les collections restaient négligées, l'accompagnement ignoré. Il fut un temps où l'accès au savoir ressemblait à une plaquette publicitaire.


Avons-nous vraiment oublié la laideur des moteurs de recherche de bibliothèques, leur cruelle raideur qui mettent vos stratégies de lecture et vos capacités de compréhension à l'épreuve, vous signifiant définitivement votre nullité dans ce vaste monde de la connaissance ? Le Web 2.0 et ses nouveaux outils faciles d'accès jetteraient-ils aux oubliettes tous ces vieux traumatismes et permettraient-ils à chaque usager d'être au centre des préoccupations ?


 Il semblerait que oui, qu'a la fois sur terre et dans la noosphère, on respire. L'accès aux ressources dans les bibliothèques désormais « hybrides » fait l'objet de multiples initiatives qui privilégient les personnes, que ce soit les lecteurs ou les professionnels des documents. En voici quelques exemples, parmi des centaines :

  • Le blog Bibliobsession 2.0 montre comment les équipes se mettent en scène et font de la communication tout à fait convaincante : derrière cette volonté d'accueil personnalisé on trouve une certaine idée du métier liée à la formation. La campagne de la BU d'Angers, « Conduite accompagnée », fait bien la différence dans le titre de sa publication entre scolarisation plus ou moins imposée et apprentissage de l'autonomie. 
  • L'accompagnement à la recherche se fait beaucoup plus proche, comme dans ce diaporama proposé en formation à l'UBO de Brest :Trouver une revue dans le catalogue. Le visiteur, l'étudiant ont en effet davantage besoin de réponses précises que de connaissances procédurales ou de savoirs généraux sur les moteurs de recherche, sur les données documentaires. 
  • Les lieux de lecture et de rencontre sont aussi conçus de façon de plus en plus intimistes : les choix d'éclairage et de mobilier sont particulièrement soignés pour que chaque usager y trouve l’ambiance qu’il recherche et bon nombre de projets sont aériens, comme ici cette bibliothèque brésilienne

Mais si on creuse un peu plus la question, on se dit que le chantier est encore énorme et que les bibliothèques n'ont pas encore pris la mesure des changements à accomplir : un billet de B. Majour en commentaire de l'article Le catalogue 2.0 ou le mythe de l’usager participatif ? sur le blog  La bibliothèque apprivoisée l'explique très bien. 

C'est tout le modèle de la préconisation, largement utilisé par Amazon par exemple, qui fait le succès du web 2.0, qui entre en concurrence avec l'organisation plus lourde des bibliothèques. Gageons que le défi stimulera les amoureux du livre, qu'il soit numérique ou en rayonnages et que l'essentiel, le lien social qui permet de ne pas exclure, soit préservé.

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