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Qu'est-ce qu'un bon prof de nos jours ?

Un prof doit-il être savant, sympathique, réactif, strict, technophile ? Sur le continent nord-américain, les apprenants et les jeunes enseignants eux-mêmes ont répondu à cette question.

Par Alexandre Roberge , le 17 mai 2011 | Dernière mise à jour de l'article le 29 août 2011

Qu'attendent les jeunes enseignants (qui ont actuellement entre 25 et 35 ans) du système scolaire dans lequel ils évoluent ? Comment espèrent-ils s'y épanouir et progresser ? L’American Institutes for Research (AIR) a publié au mois d’avril dernier une étude sur les perceptions de ceux qui formeront près de la moitié du corps professoral en 2020.

Côté profs : évaluations justes et précises, travail collaboratif et une pincée de Tice

Cette étude fournit plusieurs enseignements intéressants. Notons tout d'abord que les jeunes enseignants américains ne sont pas rétifs à l'évaluation. Certains d'entre eux aimeraient même être évaués plus souvent que ce que prévoit le dispisitif actuel, à savoir une évaluation par an réalisée par le directeur d'établissement. Mais, bien entendu, cette évaluation doit être suivie d'une rétroaction détaillée et ne pas se concentrer sur les seuls résultats des élèves, comme certains le réclament aux Etats-Unis. De plus, les enseignants aimeraient que les résultats exceptionnels, obtenus par exemple avec des classes particuièrement difficiles, soient récompensés de différentes manières et pas uniquement au niveau du salaire ou des primes exceptionnelles.

Les jeunes enseignants américains ont également l'esprit d'équipe. 62% d’entre eux adhèrent fortement à l’idée que les autres professeurs contribuent à leur succès en classe, contre seulement 46% de la génération précédente. Fort logiquement, ils aimeraient que le travail collaboratif entre enseignants soit plus systématique et prévu dans les obligations de service. D'après eux, cela ne pourrait qu'améliorer les résultats des élèves.

Et que pense cette génération d'enseignants des technologies en classe ?  Eux qui ont connu, pour la plupart, les consoles de jeux à la maison, l’accès de plus en plus aisé à l'ordinateur, l’avènement et la démocratisation de l’Internet, ne sont pourtant pas des défenseurs des technologies scolaires à tout prix. Certes, ils apprécient les moyens technologiques, mais ne sont pas enthousiastes par exemple devant les usages scolaires des réseaux sociaux, qu'ils utilisent pourtant largement dans leur vie professionnelle. S'ils avaient le choix, ils préfèreraient une réduction du nombre d'élèves par classe à un accroissement des outils numériques mis à leur disposition.  En revanche, ils estiment important de familiariser les élèves avec l'informatique et les technologies numériques.

Côté apprenants : respect et prise en compte de leurs caractéristiques

Durant ce même mois d’avril, la Memorial University de Terre-Neuve au Canada a publié une étude sur les caractéristiques d’un enseignant efficace, résultat d'une enquête menée auprès d'étudiants en cursus postsecondaire (college ou Cegep) suivi en ligne ou en face à face. Quel que soit le mode d'enseignement, les étudiants demandent avant tout du respect de la part de leurs enseignants, ce terme englobant la patience, l'empathie, la compréhension et d'autres caractéristiques qui toutes décrivent le fait de "comprendre" que l'étudiant ne réagit pas nécessairement comme l'enseignant. Un résultat d'enquête qui fait réagir une enseignante américaine avec une pointe d'humour : « Nous passons des années à acquérir les savoirs nécessaires à l’enseignement universitaire. Combien de temps passons-nous sur le respect? ». Les étudiants en ligne attendent que leurs enseignants répondent rapidement à leurs demandes, alors que les étudiants en face à face mettent l'accent sur le charisme du prof et sa capacité à développer leur motivation à apprendre.

Ces deux études montrent qu'enseignants et étudiants aspirent à un enseignement plus humain, tirant un meilleur parti des qualités des uns et des autres. Ceci, dans l'optique d'une amélioration des résultats scolaires. On s'étonnera peut-être de la place relativement modeste accordée à la maîtrise des savoirs, parmi les qualités attendues des enseignants. Mais le physicien américain Carl Wieman, lauréat d’un prix Nobel et conseiller scientifique pour le président Barack Obama, affirmait récemment que la qualité de l'enseignement tient moins aux qualités supposées des enseignants qu'aux aproches pédagogiques qu'ils privilégient. Selon lui en effet, les cours magistraux n'ont pas d'avenir et doivent être remplacés par des méthodes et techniques plus largement interactives. Pour étayer cet avis, Carl Wieman mentionne une expérience récemment menée : étudiant le même contenu, deux classes ont été soumises à des approches pédagogiques différentes. Aux étudiants de la première, il a été régulièrement demandé de réagir aux contenus par le biais de « clickers » (télécommandes ou boîtiers de vote); les élèves de la seconde ont suivi un cours magistral traditionnel, sans interaction. Les résultats au test final ont été largement meilleurs pour les étudiants de la première classe que pour ceux de la seconde. On comprend ici que ce n'est pas l'usage de la technologie qui a amélioré les résultats, mais l'intention qui la rendait nécessaire : demander régulièrement la contribution des étudiants améliore leur engagement global. Lorsque les étudiants sont nombreux dans la classe, l'outil technologique facilite cette interaction. Voici un argument en faveur des Tice que même les jeunes enseignants devraient prendre en considération.

Workplaces That Support High-Performing Teaching and Learning – Insights from Generation Y Teachers, American Institutes for Research, PDF, 44 p., 8 avril 2011

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