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Enseigner la responsabilité en affaires : une tâche délicate mais nécessaire*

Enseigner la RSE d'accord, mais comment ? Quelques universités nord-américaine joignent la pratique à la théorie.

Par Alexandre Roberge , le 24 mai 2011 | Dernière mise à jour de l'article le 22 juin 2011

La crise économique des trois dernières années et la marée noire dans le golfe du Mexique en avril 2010 ont mené les Américains à un constat : l’éthique et la responsabilité sociale doivent prendre plus d'importance dans les entreprises.

Comme le révélait le site « Justmeans » en 2010, les écoles et facultés d’administration se sont, à la lumière de ces événements, emparées de cette nouvelle réalité. Plusieurs ont alors voulu stimuler cette part d'implication chez les entrepreneurs de demain, leur parler de développement durable dans les affaires, etc. Un virage à 180 degrés comparé à l'idéologie du profit à tout prix et de la domination des actionnaires. Par exemple, la George Washington School Business offre depuis 2009 un programme et une certification de management socialement responsable. Cette université est l'une des 235 dans le monde à avoir signé l’initiative PRIME (Principles of Responsible Management Education) des Nations Unies. Pour y participer, ces organismes spécialisés dans l'enseignement de l'administration doivent répondre à 6 critères :

  • Apprendre aux étudiants à travailler pour une économie durable et plus inclusive
  • Intégrer des valeurs de responsabilité sociale globale dans les activités académiques et le curriculum
  • Enseigner le leadership responsable
  • Effectuer des recherches qui aient des valeurs économiques, durables, sociales et environnementales
  • Travailler en collaboration avec des chefs d’entreprises
  • Faciliter le dialogue et le débat avec les détenteurs d’actions

Les étudiants de ce programme auront donc deux cours entièrement centrés sur ces problématiques, passeront au moins 15 heures par semestre à collaborer dans un club ou un groupe travaillant à l’amélioration d’une communauté et ils partageront leurs expériences sur un blogue et des médias sociaux.

De beaux sentiments, mais sans valeur ajoutée

On pourrait penser que les débats idéologiques freinent le développement de programmes et de cours de responsabilité sociale des organisations. Et pourtant, non. Dans un article de juillet 2010 publié dans le magazine économique Forbes, une spécialiste de la RSE (responsabilité sociale des entreprises) écrivait sur la difficulté des écoles de management à mettre en oeuvre de tels programmes sur le développement durable ou la place de l’environnement dans les affaires. Selon elle, ce n’est pas une question de mauvaise volonté ou de manque d’enthousiasme de la part des doyens ou des étudiants. Il s’agit davantage qu’un problème d’attestation officielle et d’évaluation. Il n’y a pas de « valeur ajoutée » au RSE. Il n’est qu’un « à côté ». Pour l’instant, seule l’European Foundation for Management Development, un consortium de 730 membres incluant universités et écoles d’administration, s'est engagée et envisage d'obliger les responsables de programmes à y intégrer des cours de responsabilité sociale, et même à leur donner une importance plus grande qu'aux cours de business et management habituels.

De la théorie à la pratique

Autre problème, souligné dans un article de mars 2011 de Matt Symonds dans le Bloomberg Businessweek, est que l’enseignement de la RSE est trop souvent une affaire de mots et de débats. Par exemple, sur Internet, il y a un formidable diaporama d’accompagnement (en anglais) pour les enseignants qui voudraient aborder la question de la responsabilité sociale en entreprise. Cependant, et on le voit avec les exercices proposés, cela reste surtout de la théorie et de la réflexion. Pas de quoi changer réellement les pratiques, dit Symonds.

Il donne alors des exemples de projets hybrides (mélangeant théorie et pratique) établis par des universités pour sensibiliser ces jeunes hommes et femmes :

  • La faculté Desautels de l’université canadienne McGill a organisé un voyage d'étude en Inde pour ses étudiants, qui doivent en outre plancher sur un projet d'éducation pour les filles de ce pays une fois rentrés au Canada.
  • L’UCLA encourage ses apprenants à mettre leurs compétences de gestion au service d'organisations à but non lucratif ou en créant une société dé'économie sociale.
  • À la faculté d’administration Kenan-Flager de l’Université de la Caroline du Nord, les étudiants participent au projet Habitat for Humanity, ce qui inclut d'organiser des campagnes de financement pour construire des maisons peu chères. Qui plus est, ils contribuent physiquement à la construction des logements.

Ces pratiques permettent donc de mettre immédiatement en oeuvre les principes économiques appris. En appliquant les théories attachées à la RSE avant même d'avoir terminé leurs études, les étudiants se familiarisent avec elle, ce qui peut influer sur leurs pratiques professionnelles à venir.

CSR in Bschool: Teaching MBAs to Think Responsibility, Justmeans, 9 août 2010.

B-School: Active Lessons in Sustainability, Matt Symonds, Bloomberg Businessweek, 3 mars 2011.

 

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