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Twitter en classe : un projet pédagogique aux multiples facettes

Retour d'expérience avec Laurence Juin, qui a connu les honneurs de la presse pour la première "Twitter classe" en France.

Par Audrey De Santis , le 10 mai 2011 | Dernière mise à jour de l'article le 18 juin 2012

Utiliser Twitter en classe. Le sujet a été maintes fois abordé et l'idée défendue. Savoir adapter l'usage de Twitter à une classe peut conduire les élèves à s'ouvrir aux réseaux sociaux dans une perspective d'apprentissage, aux nouveaux moyens de communication, à améliorer ses compétences rédactionnelles et relationnelles...

La liste des avantages possibles est longue. Mais dans les faits, l'application de cet usage n'est pas toujours aussi aisée qu'on pourrait le penser. Les élèves ne sont pas tous des "tweetos-nés". Retour d'expérience avec Laurence Juin, professeur de français et d'histoire-géographie dans un lycée professionnel de La Rochelle, qui a connu les honneurs de la presse pour la première "Twitter classe" en France.

Twitter en classe, un réseau qui ne s'est pas construit

 
L'expérience a démarré il y a deux ans, alors que Laurence Juin utilisait déjà les réseaux sociaux de façon satisfaisante dans sa vie personnelle. Idée lui est venue d'expérimenter l'outil au sein d'une classe de terminale lors de ses cours d'histoire-géographie. Face au succès de la première expérience, elle réitère l'essai avec deux classes (première et terminale) depuis septembre dernier. Mais force est de constater que cette fois-ci, cela ne prend pas et que l'enthousiasme des élèves retombe très vite. Ce qui est intéressant ici, c'est l'engouement que conserve la professeure malgré ce semi-échec, et surtout l'analyse et les enseignements qu'elle en tire. Elle continue d'ailleurs de relater son expérience sur un blog dédié, Ma onzième année.

Première observation : les élèves de cette année ont de plus grandes difficultés générales que ceux de l'an dernier. Des difficultés d'expression et d'écriture mais aussi des soucis personnels qui ont des impacts non négligeables sur leurs apprentissages. Twitter semble donc secondaire face à ces problèmes.

A un tout autre niveau, la réforme des baccalauréats professionnels a aussi « enlevé » à Laurence quasiment la moitié du volume horaire de cours qu'elle avait l'an dernier avec ses élèves (de neuf heures à cinq heures trente). Elle manque de temps !

Un autre constat : la nécessité d'un « activateur », d'une personne qui incite les élèves à lire, écrire (sans pour autant faire leur travail) mais joue aussi le rôle d'acteur principal sur le réseau, poussant ainsi les élèves à ne pas devenir passifs, simples spectateurs de ce qui se passe sur la Toile. A cela, s'ajoute la multiplication et la diversification des outils pouvant être utilisés de façon pédagogique en classe. Laurence Juin a choisi, outre Twitter, Tumblr et Pearltrees en adaptant le type d'outil choisi aux besoins de sa classe, et non l'inverse. Cela a contribué à enterrer un peu plus Twitter cette année.

Atteindre des objectifs d'apprentissage

 
Il n'est pour autant pas question d'abandonner l'usage du réseau social, car comme toute expérience de ce type, il est nécessaire de savoir rebondir en cas d'échec et modifier les modalités d'utilisation pour qu'elles soient optimales. Laurence Juin pense suivre trois axes majeurs.

Compte-tenu de la réduction du volume horaire de ses cours, il semble plus pertinent de n'utiliser Twitter que lors des heures d'aide individualisée et de projet, destinées à être suivies par de petits groupes d'étudiants, facilitant ainsi un contact personnalisé entre professeur et élève et laissant donc plus de temps pour accompagner chacun dans sa découverte de l'outil.

Par ailleurs, Twitter doit rester un outil que l'on adapte à la classe et à ses besoins. Il peut s'avérer que Pearltrees soit plus à même d'aider une classe à atteindre des objectifs d'apprentissage, Twitter étant mis de côté. Le plus important n'est pas de construire un modèle pédagogique en fonction de Twitter mais bien de lister les nécessités des élèves et de la classe.

Enfin, dernier point : pour trouver un intérêt précis au réseau social, l'utiliser dans le cadre d'un projet plus concret. Laurence Juin a choisi cette utilisation dite ciblée pour un projet intitulé #tweetfemme dans lequel les élèves rédigent des portraits de femmes « twitteuses » qu'ils publient ensuite sur Tumblr. Ils interagissent avec leurs interviewées via Twitter, améliorant ainsi leurs capacités de communication et de rédaction.

Une éducation au web 2.0

 
L'expérience de Twitter en classe, quoique difficile, paraît bénéfique dans l'échange entre professeur et élèves. Mais si vous souhaitez vous lancer, attention à ne pas oublier certains conseils.

Veillez d'abord à avoir testé vous-même le réseau social et à ne pas avoir l'air d'un nouveau-venu face à vos élèves. Vous devrez les accompagner dans leur découverte, les aider à comprendre les règles de fonctionnement et d'échange. Il vous faut les maîtriser.

Faites aussi attention à la durée que vous y consacrez. Les réseaux sociaux de façon générale sont très chronophages et « prennent » sur la vie personnelle, lorsqu'ils ne se confondent pas avec elle. Votre relation doit rester celle d'un enseignant avec l'élève et concrètement, répondre à un message d'élève le week-end ou le soir ne doit pas devenir une priorité et vice-versa, ce qui n'empêche bien sûr pas les échanges hors-classe.

Dernier point important : l'élève doit avoir une éducation au web participatif et aux règles de l'Internet en général. Même si la plupart des jeunes sont dorénavant sur Facebook, peu sont bien au fait des règles d'usage, du respect de l'internaute, des textes de lois à respecter...

C'est l'occasion aussi de leur expliquer la notion d'identité numérique et de protection des données personnelles et ainsi d'aborder des questions de droits et de citoyenneté. A savoir aussi qu'il est nécessaire et vivement conseillé, avant de lancer un tel projet, d'en référer au chef d'établissement, à l'équipe enseignante et aux parents d'élèves, afin de présenter un projet pédagogique fiable et compris de tous, et ainsi contrecarrer l'idée que les réseaux sociaux sont forcément dangereux. 

On comprendra, à la lumière de l'expérience brilamment relatée par Laurence Juin, son instigatrice, que le projet pédagogique ne doit pas souffrir d'une planification trop rigide, et que les "leçons apprises" doivent être révisées à mesure que s'accumulent les applications. On comprendra surtout qu'un projet Tice doit mettre en avant la finalité pédagogique plutôt que l'outil, ce dernier ne constituant en rien une finalité.

Source : Ma onzième année, Laurence Juin.

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