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Médiathèque de Montaigu : le virage numérique

Médiation et contenus dématérialisés : l'équation gagnante des nouvelles bibliothèques publiques

Par Christine Vaufrey B , le 21 octobre 2009 | Dernière mise à jour de l'article le 06 janvier 2013

Les bibliothèques publiques évoluent et nombre d’entre elles proposent désormais des documents multimédias tels que CD et DVD.

Mais l’établissement que nous allons vous présenter est allé beaucoup plus loin : la Cédéthèque de Montaigu met à disposition de ses nombreux usagers des documents dématérialisés téléchargeables sur clé USB ou lecteur MP3. De plus, cette Cédéthèque, installée en milieu rural, n’hésite pas à aller à la rencontre de ses publics dans des lieux pour le moins inattendus…

Rencontre avec M. Vincent Lecomte, Directeur de la bibliothèque départementale, au Conseil Général de la Vendée.

La Cédéthèque de Montaigu : du patrimoine historique aux nouvelles technologies

Monsieur Lecomte, pouvez-vous nous présenter la Cédéthèque de Montaigu ?

La Cédéthèque de Montaigu, située dans un ancien relais de poste du XVIIIè siècle au cœur du Parc des Rochettes, a ouvert ses portes en juin 2003 et accueille chaque année plus de 45 000 visiteurs (46 000 visiteurs prévus en 2009). Dans un cadre confortable et chaleureux, les lecteurs ont tout loisir de consulter ou d’emprunter, livres, bandes dessinées, périodiques, CD audio, CD Rom, DVD, mais aussi d’accéder à des ressources dématérialisées.

L’équipe de la Cédéthèque de Montaigu compte 8 agents et 12 bénévoles : certaines assurent des permanences en public, d’autres mettent en place des animations (Printemps des Poètes, heures du conte, ateliers bricolage, dictées, etc.).

La Cédéthèque de Montaigu appartient au réseau des Cédéthèques de Vendée, qui sont toutes établies en milieu rural. Quel est l’objectif du département, avec ces établissements ?

Avec la création d'un réseau de  Cédéthèques, le Conseil Général de la Vendée poursuit quatre objectifs :

- Placer les bibliothèques au coeur de l’évolution numérique. Le programme des Cédéthèques a été lancé à la fin des années 90 dans le but de placer les bibliothèques au cœur de ce que l’on a appelé la révolution numérique, en engageant des réalisations exemplaires et innovantes allant au –delà de la simple « médiathèque ». Le CD audio était alors le symbole de cette ère numérique déjà pressentie, d’où le terme Cédéthèque.

- Dynamiser le réseau départemental de lecture publique. Les Cédéthèques offrent un service de proximité pour les bibliothèques municipales. Sur chacune des Cédéthèques, un agent est l’interlocuteur privilégié d’une trentaine de bibliothèques et en assure le développement (prêt d’ouvrages, animations, formations, soutien à l'équipement, à la construction ou à la réhabilitation…).

- Élargir l’offre culturelle. Les Cédéthèques proposent à l’ensemble de la population, en milieu rural, l’accès à une offre culturelle riche et variée ainsi qu’aux nouvelles technologies (services multimédia et depuis peu, ressources dématérialisées).

- Valoriser le patrimoine départemental. Les Cédéthèques sont installées dans des bâtiments historiques qui trouvent ici un second souffle. Ces bâtiments ont subi une réhabilitation de grande qualité avant d’être ouverts au public.

La Cédéthèque de Montaigu assure le prêt de documents dématérialisés. Concrètement, que proposez-vous aux abonnés ?

Nous proposons deux offres complémentaires de ressources dématérialisées :

Une plateforme en ligne d’écoute et de téléchargement (sur lecteur MP3 uniquement) de fichiers chronodégradables, qui propose des catalogues de musique « grand-public » tels que Naïve ou Universal, des partitions de musique et des e-books. Cela représente environ 200 000 titres. Cette plateforme n’est accessible qu’à partir de la Cédéthèque sur un poste informatique dédié muni d’un casque d’écoute. Les usagers peuvent emprunter un nombre illimité de documents, selon les modalités définies sur le catalogue : 7 jours et 5 écoutes maximum pour la plus restrictive et 21 jours sans limitation du nombre d’écoutes pour la plus souple.

Le deuxième service est une borne d’écoute munie d’un écran tactile et de deux casques. Celle-ci propose uniquement des contenus sous licence libre soit environ 30 000 titres. Ce sont des fichiers pour lesquels la copie est possible sans restrictions de nombre, dans les conditions définies par les licences associées (licences CC ou GNU). Il n’y a pas de limitation quant au nombre de téléchargements ou à la durée d’utilisation des fichiers. Les usagers peuvent également déposer des œuvres sur cette borne, sous réserve que celles-ci soient originales et publiées sous licence libre.

Comment fonctionne la limitation des écoutes et de la durée d’emprunt, pour les oeuvres sous droit d’auteur classique ?

Les œuvres sont proposées sous forme de fichiers chronodégradables. Un fichier chronodégradable est un fichier informatique auquel sont associés des DRM (Digital Rights Managment) ainsi que certaines MTP (Mesures Techniques de Protection). Les MTP permettent de restreindre l’utilisation des fichiers tant dans la durée que dans le nombre d’utilisations ou le nombre de copies qu’il est possible d’en faire. En pratique, les MTP utilisées par notre fournisseur sont celles développées par Microsoft. Les supports de destination (ordinateurs, lecteurs MP3) doivent être explicitement compatibles avec ces MTP.

Qui emprunte ce genre de documents ? Assurez-vous une initiation à l’utilisation de ces supports ?

Il s’agit de publics qui fréquentaient déjà l’espace Musique, mais aussi de personnes non inscrites qui se sont déplacées suite à certaines publications dans la presse locale.

Nous guidons les usagers sur ces systèmes en leur expliquant systématiquement leur fonctionnement et nous nous tenons à leur disposition dès qu’un problème survient. Nous proposons également, en plus de l’aide en ligne, des documents imprimés synthétiques leur expliquant, pas à pas, la marche à suivre. Enfin, nos équipes assurent régulièrement une sélection de ressources dématérialisées, pour inciter les usagers à emprunter ce type de ressources et à découvrir de nouveaux genres.

Que représente, en pourcentage approximatif, le prêt des documents dématérialisés par rapport au prêt des documents sur supports physiques ?

Pour la Cédéthèque de Montaigu, nous ne disposons pas aujourd'hui de statistiques exploitables car l’offre de documents dématérialisés est encore très récente. Cependant, l'opération "Lecture et multimédia à la plage" (voir plus bas) a permis de mettre en évidence un large engouement des usagers pour les ressources dématérialisées. En effet la part des documents numériques représente 60% du total des documents, tous supports confondus, empruntés ou consultés sur place.

Lecture et Multimédia à la plage : pour ne pas bronzer idiot

La Bibliothèque départementale de Vendée a organisé en juillet et août 2009 une opération appelée « Lecture et multimédia à la plage». Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur cette opération ?

Installée dans des structures modulaires, prolongées d’une vaste terrasse, sur deux plages de la côte vendéenne (Talmont Saint Hilaire et Olonne sur Mer), l’opération « Lecture et Multimédia à la plage » a proposé aux vacanciers, sur chaque site, sept jours sur sept, la consultation et le prêt de 2 000 ouvrages issus du fonds de la Bibliothèque de Vendée.

Les vacanciers avaient également accès à Internet, à la presse internationale en ligne, mais aussi au téléchargement légal de romans et de musique sur une simple clé USB ou lecteur mp3. Le succès fut au rendez-vous : les animateurs ont accueilli plus de 12 000 visiteurs sur  les deux mois de fonctionnement de cette opération.

* Mise à jour 2012 : cette opération a été reconduite les années suivantes et étendues à de nouvelles plages. Voir la vidéo en cliquant sur le lien "Lecture et Multimedia à la plage" ci-dessus.

A quoi selon vous ce succès est-il dû ?

Le succès est explicable par :

  • Le côté innovant et la qualité de l’offre culturelle
  • La simplification des démarches : procédure d’emprunt, côté intuitif des bornes de téléchargement
  • La facilité d’accès au lieu : directement au cœur des activités de la plage
  • Les jours et heures d’ouverture : 7 jours sur 7 de 11h à 19h
  • La qualité de l’accueil : conseil, animations telles que l'heure du conte ou le kamishibaï, petit théâtre d’images d’origine japonaise.

Le public s’est avéré très familial et, pour moitié, ne fréquentant que très peu les bibliothèques ou médiathèques le reste de l’année. Nous avons reçu de nombreux témoignages très positifs, les usagers étaient ravis de pouvoir profiter de la plage autrement. Le succès fut tel qu’en 2010, l’opération sera étendue à quatre sites vendéens.

L'indispensable médiation humaine pour accéder à l'offre culturelle

Les bibliothèques publiques ont pour mission de rapprocher l’offre culturelle des publics qui en sont éloignés. Mais à l’heure d’Internet, cette mission a t-elle encore un sens, puisque tout un chacun peut lire, écouter, regarder… une masse énorme de documents via son ordinateur ?

Les bibliothèques publiques gardent toute leur importance, pour différentes raisons. D'une part, Internet n'est pas encore accessible à tout le monde. Le taux d'équipement des foyers français n'est "que" de 55,3% (Sondage GfK / Médiamétrie, 3ème trimestre 2008).

D'autre part, et c'est le point le plus important, tout le monde ne maîtrise pas l'outil informatique, loin s'en faut. Or pour rechercher efficacement des documents ou simplement des informations sur Internet, un minimum de connaissances apparaît indispensable. La mission que vous évoquez a donc toujours un sens puisque les Cédéthèques permettent le rapprochement physique, économique et sociologique de l'offre culturelle et des publics par la mise à disposition de matériel informatique, de la connexion à Internet et de formations adaptées.

Qu’apporte le personnel des bibliothèques / Cédéthèques face à l’offre accessible directement sur la toile ? Vous demande t-on conseil, d’aider à trouver des documents, etc ? La fréquentation de votre établissement est-elle en hausse ?

Les Cédéthèques offrant un service de proximité, les usagers n'hésitent pas à solliciter les agents pour des recherches sur Internet, l'utilisation de logiciels ou la maîtrise d'aspects plus techniques (clés USB, mise en page, impressions…). Les formations assurées par le responsable multimédia rencontrent un succès croissant. Elles sont destinées aux bénévoles et bibliothécaires du réseau des bibliothèques de Vendée, aux groupes associatifs qui en font la demande, ainsi qu'aux usagers de la Cédéthèque (deux séances d'1h30 par semaine). Ces services sont fort appréciés : la Cédéthèque de Montaigu connaît une augmentation régulière de sa fréquentation, d’environ 8% chaque année.

Comment voyez-vous l’avenir des établissements tels que le vôtre ?

Il est indispensable de s'adapter à l'évolution des pratiques et des attentes des usagers. La bibliothèque/Cédéthèque ne doit pas être un simple lieu de consultation ou d'emprunt de documents mais un espace d'échanges, interactif, convivial, et ludique, à la fois creuset de connaissances et lieu de divertissements. Cette transformation, bien engagée dans le réseau de lecture publique, fait des établissements comme le nôtre des acteurs essentiels de la vie culturelle et sociale locale.

 

Pour en savoir plus :

Site de la ville de Montaigu

Ressources musicales dématérialisées : article publié sur le site de l'association des directeurs de bibliothèques départementales de prêt (ADBP).

Illustration : la médiathèque de Montaigu vue du ciel. Photo aimablement communiquée par Mme Cécile Monier, directrice des Cédéthèques de Montaigu - La Gaubretière.

 

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