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Le FLE sur la toile : photo floue

Par Martine Dubreucq , le 10 septembre 2010 | Dernière mise à jour de l'article le 14 septembre 2010

Pour l'observateur et le veilleur, dresser le paysage du FLE (Français Langue Etrangère) n'est pas aisé car cette discipline est  prise dans un bouleversement  qui déborde largement  le champ de son domaine, la didactique des langues.

Fini en effet le temps où le FLE campait "tranquillement" (encore que les tensions entre différentes approches fassent partie de son histoire) entre les sciences du langage, la sociologie et l'anthropologie. Les recherches des cognitivistes, celles des sciences de l'éducation, et surtout celles des sciences de l'information et de la communication traversent son territoire et ont fait sauter les limites.

Dans la pratique du métier d'enseignant de FLE, le standard éducatif issu des universités françaises, nourri de formation théorique et de conceptualisation, perd du terrain et d'autres modèles viennent s'y substituer, à l'étranger notamment. Le modèle des formations anglo-saxonnes, plus pragmatiques, l'influence du Cadre Européen et du monde de l'entreprise avec sa prise en compte des compétences se font largement sentir.

La valse des catégories

Lorsqu'on est à la recherche de ressources de FLE en ligne, on est frappé par le nombre de liens obsolètes sur les annuaires consacrés du type Franc-parler.orgEdufle.netFrancofil, Guide des ressources en ligne de l'AUF ou Repsit au Canada.

Peu à peu, les sites portails ont renoncé a embrasser l'abondance de ressources et se sont contenté de perdurer. Rares pourtant ont été ceux qui ont abandonné leurs modes de classification  fonctionnant un peu comme de minces cloisons de convention.  Le type d'organisation qui prévalait jusqu'aux années 2005 et dont on voit un tableau ici n'a plus vraiment cours.


Catégories FLE

Un seul site parait être la référence incontournable,  Le point du FLE : il parvient à maintenir à jour le flot de ressources dans des catégories nombreuses, assez proches des besoins pratiques et immédiats des enseignants.

C'est que l'activité s'est déplacée vers les blogs, dont le mode d'organisation délaisse les catégories au profit de l'actualité, de l'ouverture à tous types de documents (qu'ils appartiennent au champ de la didactique des langues ou pas) et des tags.
INSU-FLE, un des plus abouti et des plus énergétique, ne propose par d'entrées par les compétences mais par niveaux et par thématiques assez peu communes ( BD, blog, poésie et FLE) à côté de catégories plus classiques ( activités ludiques, grammaire).

La montée des réseaux sociaux

En parallèle à ce remplacement progressif des sites portails par de multiples blogs d'enseignants, on assiste à des formes de rassemblement en réseau dont le site  Onyva de Alfredo Álvarez Álvarez propose un aperçu.

Nombre d'institutions sont présentes sur Facebook : CAVILAM de Vichy, TV5 MondeFle campus , davantage pour promouvoir les ressources de leur site que pour échanger des liens ou des réflexions originales et c'est un peu le même souci de visibilité qui gouverne les comptes sur Twitter :

Le Cavilam de Vichy  : @cavilamvichy
Le point du FLE : @lepointdufle
RFI : @RFI_Francais
David Cordina et Lille 1 : @w2YDAvid/fle
Educpros : @Educpros

L'éclatement des initiatives

De nombreuses communautés d'apprentissage spécifiques au français se sont crées ces dernières années, avec plus ou moins de succès. L'intérêt de telles communautés lorsqu'elles sont organisées autour de la langue française est de s'ouvrir à des locuteurs de langue maternelle française pour échapper aux  échanges en bocal fermé qui sont le lot de la plupart des projets de publication en ligne. Or cette ouverture n'est pas garantie, elle demande un gros travail d'animation des enseignants : comment attirer en effet des locuteurs natifs dans des espaces de formation pour les étrangers ? La formule ne semble pas avoir été trouvée.

Ce que l'on constate dans la plupart des communautés sur Ning est plutôt un prolongement des activités de classe, dans le but de créer du lien entre étudiants étrangers, comme en témoigne David Cordina, le responsable de la communauté la plus connue en FLE, Foreigners in Lille.

Les projets prennent de l'ampleur lorsqu'ils sont soutenus par une équipe et des moyens, comme c'est le cas de Vizavi en Bulgarie et en Roumanie, avec le soutien de l'OIF. On peut y constater que les travail de veille et d'animation des blogs est accompagné de formations d'enseignants qui concourent à la constitution de ressources pédagogiques de grande valeur.

Les poutres maîtresses des certifications et du Cadre européen commun de référence

Dans cette "branloire pérenne" comme le dirait Montaigne, quelques poutres maitresses résistent. Le CIEP (Centre International d'Etudes Pédagogiques) et la FIPF (Fédération Internationale des Professeurs de Français) essaient de garder un certain cap avec le site Franc-parler.org, en fédérant 186 associations de professeurs de français du monde entier dans un très grand réseau. Un projet de plate-forme collaborative sera lancé à la fin 2010, "véritable agora virtuelle" selon les responsables, dans laquelle vont se retrouver 800 000 professeurs de français, leurs élèves et étudiants, ainsi que tous les partenaires de la Francophonie. Comme beaucoup de projets institutionnels qui pêchent par excès d'ambition, on peut craindre que l'agora construite attende la foule, même si les pratiques des enseignants semblent lentement évoluer vers plus de participation collective.

La plupart des initiatives qui ont du succès convergent vers des objectifs précis et à court terme : les préparations aux évaluations comme le DELF ou le DALF, les formations certifiantes comme la Certification Voltaire dont nous avons parlé sur Thot-Cursus en février 2010 étant un modèle qui pourrait inspirer de nombreuses institutions .

France : un avant goût de la gestion de la certification en ligne. On commence par l'orthographe

Du virtuel au terrain

De la carte au territoire, il y a cette faille que les formateurs d'enseignants de FLE expérimentent à chaque session, d'année en année, particulièrement sur l'utilisation des technologies dans la classe car elles mettent à plat et rendent manifestes les pratiques. Dans les classes de français de par le monde, il y a encore des horaires serrés à respecter qui permettent assez peu les projets ambitieux, des salles informatiques qui ne fonctionnent pas toujours pour les langues, des connexions faibles, des programmes et des évaluations d'un autre âge et des enseignants qui manquent de temps pour se former.

De ce tremblé des relations multiples qui changent et se reconfigurent sur les réseaux sociaux, il n'y a parfois qu'un lointain écho dans la réalité bien figée des usages pédagogiques : les listes de vocabulaire à mémoriser ont la vie dure.

Reste que les réseaux sociaux, et à travers eux les enseignants innovants qui s'y impliquent, ont ouvert une brêche qui permet d'atteindre plus sûrement les individus un à un, directement par ce qui les touche, les séduit, les amuse, sans passer par des "leçons" didactiques et des procédures de conduite de classe obligées.  Ils réussiront peut-être à faire évoluer les enseignants plus sûrement que tous les guides pédagogiques et les programmes de formation.

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