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Fracture numérique africaine : où en sommes-nous ?

Pas moins de dix câbles sous-marins sont en cours de déploiement pour connecter l'Afrique à Internet. Viendra-t-on ainsi au bout de l'enclavement numérique ? Rien n'est moins sûr.

Par Tété Enyon Guemadji-Gbedemah , le 22 août 2011 | Dernière mise à jour de l'article le 28 septembre 2011

Au Sommet mondial sur la société de l'information (SMSI) en 2003, les participants se sont accordés sur l'existence d'une fracture numérique en Afrique, ce fossé séparant "les bénéficiaires de la révolution numérique dans le secteur des TIC de ceux qui n'ont pas accès aux avantages des nouvelles technologies".

A cette occasion, les leaders mondiaux ont déclaré ce qui suit : "Nous sommes pleinement résolus à faire de cette fracture numérique une occasion numérique pour tous, particulièrement pour ceux qui risquent d'être laissés pour compte et d'être davantage marginalisés." Où en sommes-nous en 2011 avec l'accès à Internet en Afrique ?

Dans un article paru sur Le Monde.fr, Laurent Checola fait le point des avancées en termes de dotation de l'Afrique en infrastructures. En effet, d'un seul câble sous-marin reliant le sud de l'Europe à l'ouest du continent africain, pas moins de dix autres câbles sous-marins sont déployés ou en train de l'être pour desservir l'Afrique en Internet.

A moitié vide ou à moitié plein ?

A l'analyse, l'Afrique accuse un important retard en matière d'accès à Internet. Mais en comparant la situation de la fin des années 1990 à celle de nos jours, on peut se rendre à l'évidence des progrès accomplis.

Comme le souligne Laurent Checola, "l'Union internationale des télécommunications (UIT), l'agence spécialisée des Nations Unies, estime qu'en 2010, seuls 77 millions d'Africains, soit seulement 9,6 % de la population du continent, ont eu accès à Internet depuis leur ordinateur. La croissance est malgré tout importante, car il n'y avait, en 2007, que 27 millions d'internautes africains".

Dans ce contexte, l'augmentation du nombre de câbles en Afrique suscite beaucoup d'espoirs quant à l'accès à un Internet de bonne qualité (haut débit) et bon marché. Rien n'est moins sûr ! En l'absence de points d'échanges locaux, les utilisateurs finaux ne seront pas mieux lotis. "Augmenter et garder le trafic local implique une politique d'hébergement et de création de points d'échange locaux" souligne Annie Chéneau-Loquay, directrice de recherche au CNRS et auteure d'une étude intitulée L'Afrique au seuil de la révolution des télécommunications.

S'agissant des coûts d'accès, ils risquent d'être toujours hors de portée des populations compte tenu de la faiblesse du pouvoir d'achat de la majorité. Une étude comparative de SchoolNet Africa de 2010 attirait l'attention sur la cherté de l'accès à Internet et plaidait pour une réduction des coûts. Dans la moitié des pays étudiés par SchoolNet Africa, le coût annuel de connexion à Internet dépasse largement la moitié du revenu annuel moyen. Dans les cybercafés, une heure de connexion à Internet coûte entre 0.5 et 1 dollar et la fiabilité n'est toujours pas au rendez-vous.

Les conséquences pour l'éducation

Dans ces conditions, Internet est un luxe que ne peuvent toujours s'offrir les populations qui vivent avec moins d'un dollar par jour. Une situation qui déteint sur l'éducation en Afrique en ce qu'il handicape sérieusement les innovations technopédagogiques et prive les acteurs des ressources accessibles sur la Toile.

Quand le combat pour l'acquisition de matériels informatiques est gagné par certaines institutions scolaires, ces dernières sont littéralement assommées par le coût d'accès à Internet qui ne peut être facilement répercuté sur les frais de scolarité. Il ne reste qu'à s'attendre à la générosité de donateurs dont les logiques d'action sont souvent en tension avec les réalités.

A titre d'exemple, un projet d'introduction d'internet dans les écoles porté il y a quelques années par le Programme des nations unies pour le développement au Togo n'a pas franchi la phase pilote faute d'appropriation locale. On ne compte pas les écoles dont les salles informatiques connectées ont mis la clé sous le paillasson lorsqu'a pris fin l'appui financier extérieur.

Vivement la baisse drastique des coûts de l'Internet et des équipements en Afrique pour un épanouissement de tous. C'est le voeu qu'on pourra formuler à l'orée de la nouvelle année scolaire.

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