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Lire en Afrique : difficultés programmées

L'illettrisme dont on s'effraie ailleurs est un phénomène banal sur le continent noir. Des solutions existent pourtant. Que l'on parvient à oublier.

Par Louis-Martin Essono , le 06 septembre 2011 | Dernière mise à jour de l'article le 26 août 2012

La rentrée scolaire se déroule, cette semaine, dans plusieurs pays africains. Avec le goût amer des vacances entachées de résultats décevants au baccalauréat. Beaucoup de jeunes ont pris le chemin de l'école fiers des nouveaux sacs usagés, achetés à la fripe, des livres obtenus à la bourse du livre permettant ainsi aux parents de réaliser quelques économies.

 

L'Afrique, terre d'oralité ?

 

Ces livres, seront-ils lus ? La question mérite d'être posée car l'Afrique est victime d'un fléau terrible : l'ignorance de la lecture, de toutes les sortes de lecture. Sous le prétexte que l'Afrique est le berceau de la parole. Où tout s'apprend par cœur. L'écrit, si puissant soit-il, n'a pas autant de valeur au village que la parole donnée ou bafouée. Il suffit de consulter les sacs de nos bambins : très peu de livres meublent les cartables. Le cours de lecture est essentiellement un apprentissage par coeur au point de voir les apprenants, accidentellement munis du livre du voisin, lire un livre à l'envers.

En réalité, les raisons culturelles invoquées ne sont que des prétextes. Car ces enfants, qui ne déchiffrent rien en classe, s'amusent fort bien avec des smartphones, même si les icônes les guident. Le vrai problème est dans la méthodologie de l'apprentissage de la lecture, dans l'acquisition des ouvrages toujours conçus hors du continent, avec des noms et des contextes étrangers. Pour pallier à cette faiblesse éditoriale, il paraît inconcevable que, à l'heure où l'Afrique tisse la toile de l'internet avec l'extension de la fibre optique au Congo ou l'acquisition de satellite par le Nigeria, on ne rencontre nulle part des bornes numériques pour la lecture.  La Mairie, les centrales de lectures publiques, les salles virtuelle de lecture comme Lirado manquent. Les investissements colossaux en faveur des Tic semblent parcimonieusement concerner les TicE, les technologies pour l'éducation. L'équipement pour l'apprentissage au complet est concerné : Les tableaux, les bureaux, les stylos... et les autres équipements didactiques demeurent rares alors que pullulent les 4x4 dernier cri qui sillonnent, flambant neuf, les artères des villes et les pistes des villages. Faisant rêver les illettrés.

 

L'écrit comme outil de pouvoir

 

À dessein ? Peut-être. Depuis longtemps en tout cas, il est interdit de faire redoubler les enfants incapables de lire ou de compter. Il faut activer les promotions collectives à l'école de base de nos pays. L'éloignement des outils didactiques numériques défavorise les jeunes Africains dans l'inévitable concurrence qu'entraîne la mondialisation. Les établissements virtuels de formation demeurent sous la coupole exogène parce que la lecture du future est voilée. D'où la résignation, la fuite des cerveaux étant devenue un crime...

Pourquoi donc lire si c'est pour contempler le luxe des autres ? Pourquoi lire si c'est pour compter (Lire et compter sont synonymes et homographes dans certaines langues) les richesses d'autrui ? Il y a donc lieu d'intéresser tout le monde à lecture et au comptage des connaissances virtuelles, cognitives et matérielles pour qu'on soit capable de lire et de compter au champ, en classe, au téléphone, qu'on lise les mots qui se dessinent au parlement ou au sénat.

Car, finalement, on va à l'école pour apprendre à lire, pour être libre.

Illustration : Marko Forsten, Flickr, licence CC BY-NC-ND 2.0

 

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