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Élan-Afrique : consolider le francais en développant les langues africaines

Une nouvelle plateforme se met en place, en faveur de l'apprentissage bilingue dans les pays d'Afrique où l'on assiste à la fois à un recul du français et à la menace de disparition de nombreuses langues africaines.

Par Louis-Martin Essono , le 28 septembre 2011 | Dernière mise à jour de l'article le 27 août 2012

Nombre de langues africaines, peu décrites et maoritairement non écrites, sont menacées d'extinction. Mais, contrairement à ce que l'on pourrait penser en Afrique dite francophone, ce recul des langues locales ne se fait pas systématiquement au profit du français. Dans plusieurs de nos pays, on observe en effet un net recul du français qui bénéficie pourtant, depuis la colonisation jusqu'à aujourd'hui, d'un statut multiple favorable à son expansion. Langue officielle dans les ex-colonies de l'Hexagone, il assume des fonctions sociales : langue de scolarisation, langue seconde servant de lingua franca, il y est même devenu la langue première des jeunes générations des mégalopoles africaines.

Le français, langue trop chargée d'histoire douloureuse

Mais aujourd'hui, les choses changent. Nombre d'Africains affichent actuellement un vif rejet de la langue de co-développement, de la langue d'ouverture vers l'extérieur qui demeure encore le symbole le plus visible de la colonisation francaise. Ce rejet, perceptible dans l'ensemble de la francophonie, prend une intensité particulière au Rwanda qui a fait de l'anglais sa langue officielle de fait, à côté du kinyarwanda et du français, cette dernière n'értant plus parlée que par une toute petite fraction de la population. Mais c'est au Sénégal que la tension grandit ces derniers temps, le wolof devenant la langue véhiculaire en remplacement du français. La langue du colonisateur reste toutefois la langue de l'enseignement même si les enseignants se plaignent d’une baisse générale du niveau en français. Une initiative telle que le CREFSCO tente d'améliorer la didactique de cette langue qui doit de plus en plus souvent être considérée comme une langue étrangère, ou au minimium une langue seconde.

Vers une scolarisation bilingue 

Plusieurs Etats ont décidé de favoriser l'enseignement bilingue et ont élaboré des bi-grammaires qui instaurent pratique et enseignement de deux langues, le français d'une part, une langue nationale (et généralement officielle) d'autre part.  Ainsi est née l'initiative Élan-Afrique (École et langues nationales en Afrique), pilotée par l'OIF et les autorités françaises qui implique huit pays : RDC, Bénin, Burkina-Faso, Burundi, Cameroun, Mali, Niger et Sénégal.

L'initiative Élan-Afrique vise la promotion et l’introduction progressive de l’enseignement bilingue au primaire articulant une langue africaine et la langue française. Chaque pays ayant une situation linguistique différente, l’objectif d'Élan est  d’appuyer, de manière différenciée, les plans d’actions nationaux des pays, conformément à leurs politiques éducatives. Elle fonctionne avec l'appui partenarial d'Ifadem, structure de formation à distance agissant dans les campus numériques francophones de l'Auf en Afrique.

Quelles langues nationales ?

Cette initiative peut certes être considérée comme allant dans le bon sens, même si on déplore que les autorités françaises figurent encore dans le groupe des organisateurs et finaceurs. Mais une autre question se pose, encore plus critique : chacun des pays participants possède plusieurs langues locales, parfois plus de 100 (cas du Cameroun). On imagine sans peine les longues tractations internes pour décider de la langue à privilégier pour l'enseignement. Et l'exemple du Sénégal cité plus haut montre que la situation linguistique de ce pays est bien plus complexe qu'il n'y paraît, notamment si l'on prend en compte le cas des très nombreux migrants de la sous-région qui comptent sur une langue véhiculaire commune (en l'occurrence, le français) pour s'intégrer dans leur nouvel environnement.  

Mais les représentants de l'initiative Élan travaillent dans le respect des politiques linguistiques nationales et dialoguent avec une seule structure dans chaque pays, qui fédère les différents acteurs en place. 

La revendication d'un enseignement au moins bilingue dans de nombreux pays africains montre que la valeur d'une langue ne tient pas uniquement, et sans doute pas essentiellement, à sa valeur d'usage et d'ouverture internationale. Si c'était le cas, ce n'est pas le français qu'il faudrait apprendre à tout prix, mais l'anglais ou même le mandarin, langue qui compte le plus grand nombre de locuteurs dans le monde. 

Brochure du programme Elan-Afrique (pdf)

Illustration : pêcheurs le long des côtes sénégalaises. Angelo Juan Ramos, Flickr, licence CC-BY-2.0

 

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