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Ergonomie des sites Internet : méfions-nous des recettes

L'ergonomie web n'est pas une science exacte, ni universelle. Y aurait-il autant de webs que d'utilisateurs ?

Par Christine Vaufrey , le 27 septembre 2011 | Dernière mise à jour de l'article le 26 octobre 2011

Ceux qui ont fait la connaissance d'Internet voici cinq ou dix ans ont vu l'aspect des sites changer de manière considérable. Place des images, fonctions de navigation, largeur de texte, organisation des menus, temps de téléchargement des pages... tout, absolument tout, se modifie avec le temps. Selon quels principes ? Telle est la question.

 

Les sites changent, les usages aussi

 

Il y a bien sûr les modes, les tendances en matière de graphisme et de design. Il y a aussi le fait que le nombre de gabarits prêts à l'emploi a beaucoup augmenté, non seulement du côté des sites personnels (blogs...) mais aussi des sites institutionnels ou commerciaux. Les possibilités de personnalisation existent, certes, mais la structure de tel ou tel gabarit est malgré tout reconnaissable.

Par ailleurs, et c'est sans doute l'élément moteur de changement le plus important, l'observation des utilisateurs d'Internet a permis de dégager des constantes, des erreurs grossières et des bonnes pratiques. Nous voilà en plein dans l'ergonomie web. 

L'ergonomie, c'est comme la poésie de Monsieur Jourdain, tout le monde a l'impression d'en faire sans s'en rendre compte. Mais en finale, bien peu d'entre nous sont capables de synthétiser l'ensemble des observations et de proposer une démarche méthodique complète aux développeurs de sites et à leurs clients, qui attendent en priorité du trafic, de la conversion de clics en sources de revenus ou de popularité. 

Personne ne le niera, l'ergonomie web n'a rien d'évident. Sans doute parce que, comme on le lit dans ce billet, "les concepteurs de sites ne sont pas les utilisateurs finaux" et les uns ont bien du mal à se mettre à la place des autres. D'autant plus que la catégorie des utilisateurs finaux est loin d'être homogène : familiarité avec le web, équipement, intentions... diffèrent largement d'un utilisateur à l'autre.

Pourtant, au fil du temps, des bonnes pratiques de conception de sites ont émergé. Bonnes pratiques, vraiment ? L'on peut parfois en douter, tant certaines se trouvent battues en brèche par l'expérience et les changements des usages. 

 

Des mythes plutôt que des réalités observables

 

Que l'on se réfère par exemple à la règle d'or des trois clics : concrètement, aucune information ne devrait devoir être atteinte en plus de trois clics. L'article "10 conseils d'ergonomie basés sur des études de recherche", publié sur le site Krizalid et traduit de l'anglais, laisse penser que, contrairement à ce que tout concepteur de site vous dira, il n'y a pas de règle en la matière. L'essentiel pour l'utilisateur est de se sentir guidé dans sa navigation et de disposer d'une interface agréable. 

Même chose pour la fameuse règle "pas d'infos importantes sous la ligne de flottaison de votre page, car le lecteur n'ira pas les voir". La ligne de flottaison désignant le bas de l'écran de l'utilisateur, la ligne à partir de laquelle ce dernier devra faire défiler la page avec l'ascenseur ou la roulette de sa souris. Là encore, selon le même article, l'observation des utilisateurs montre que ce n'est pas vrai, et que les utilisateurs font volontiers défiler la page quand ils savent pouvoir y trouver des informations intéressantes. 

Un dernier exemple, celui de la page d'accueil du site : certes il faut la soigner, mais elle n'est plus l'unique sésame ouvrant sur les richesses de votre site. Ceci, parce que l'énorme majorité des pages est désormais accessible via les moteurs de recherche, les recommandations sur les réseaux sociaux, les liens intégrés à d'autres sites... qui tous réfèrent à des pages spécifiques et non à la page d'accueil. Chaque page doit donc contenir des éléments qui encourageront l'utilisateur à poursuivre sa navigation, si tel est votre objectif.

On constate donc que les bonnes pratiques d'ergonomie des sites web changent avec le temps, à mesure que le web lui-même se modiifie, tout comme les habitudes de navigation des utilisateurs. Et certains sites, qui ne répondent pas vraiment aux règles les mieux admises de lisibilité, figurent pourtant parmi les plus visités. Que l'on se réfère par exemple à nombre de sites de presse, qu'on pourrait estimer trop chargés et complexes de navigation, et qui draînent pourtant des millions de visiteurs chaque semaine. Un excellent exemple de ce paradoxe a été donné récemment par un désigner web qui critiquait ouvertement la page d'accueil du site du New York Times, ce site figurant pourtant parmi les plus fréquentés des sites de presse.

 

Quelques règles de base et la connaissance de son public spécifique

 

Il manque un élément fondamental à ces réflexions sur l'ergonomie des sites web : la prise en compte de l'intention de l'utilisateur. En se focalisant sur l'observation de ses habitudes de navigation lors des tests qui sont réalisés par les concepteurs de site, on ne peut prendre en compte ce pour quoi il est et revient sur tel site plutôt que sur tel autre. Un blog expert ne proposant que de longs articles peu illustrés pourra afficher bien plus de visites qu'un site d'e-commerce pourtant bien conçu en termes de navigation, mais proposant des produits qui n'ont pas trouvé leur public. Chaque site reflète (ou devrait refléter) les attentes de son public majoritaire, sans vouloir à tout prix plaire à tout le monde.

Au-delà des modes et des recettes toute faites, les principes de base d'une bonne ergonomie web sont connus. Ils ne datent pas d'hier. Les nombreux utilisateurs d'Opquast collectent depuis plus de 15 ans les bonnes pratiques d'accessibilité au web. Mais les éléments principaux, qui regroupent tous les autres, ont été formalisés par Bastien et Scapin dès 1997 et sont toujours considérés comme des références incontournables par la majorité des ergonomes web. Vous les retrouverez, finement analysés, sur l'excellent site Ergolab, qui malheureusement n'est plus actualisé aussi souvent que par le passé mais reste néanmoins incontournable.

Les critères ergonomiques de Bastien et Scapin. Partie 1, Partie 2 Site Ergolab.

Illustration : Circe Surfs the Web, after John William Waterhouse. Mike Licht, Flickr, licence CC-BY-2.0

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