Articles

Les consoles de jeux nous font bouger !

Un portrait de cette nouvelle tendance mélangeant jeux vidéo et exercices: l'exergaming

Par Alexandre Roberge , le 03 octobre 2011

Les plus vieux joueurs de jeux vidéo se rappelleront que cette activité était autrefois associée au farniente. Un jour de pluie froid et gris était vite passé devant le monde frénétique et haut en couleur des consoles 8 et 16 bits. Depuis, ce loisir permet encore de se prélasser, mais rien n’empêche avant ou après cette détente de garder la manette à la main, mais pour bouger.

Car l’équation "console de jeux = fainéantise" est terminé depuis quelques années. On le sait, la génération actuelle de machines nous permet maintenant de bouger et de brûler des calories devant sa télévision. Mais comment en est-on arrivé là?

L’avènement de l’exergaming

 

La plupart d'entre nous font remonter la vogue de l’exergaming (néologisme anglais composé d’exercise et de gaming, jouer) à la naissance de la console Wii de Nintendo en 2006, qui a introduit pour la première fois la détection de mouvements dans nos salons. Or, c'est inexact, car dès 1988, la même firme japonaise nous avait offert une belle occasion de transpirer avec sa première console Nintendo. En effet, le Power Pad, un grand tapis gris qu’on devait brancher, permettait de participer à des activités réalistes d’athlétisme où l’on devait courir et sauter. Certes, on était loin de toutes les subtilités et joies des commandes sans fil, mais pour la première fois à cette échelle, le jeu vidéo sollicitait le mouvement.

Une décennie plus tard (1998), la société de jeux vidéo Konami propose aux Japonais et au monde entier de danser. C’est l’arrivée de Dance Dance Revolution : un jeu dans lequel il faut se trémousser en rythme avec la musique en appuyant avec ses pieds sur des flèches. Le jeu devient vite populaire dans les salles d’arcade et se propagea dans les maisons avec des tapis qui se branchent aux consoles. Encore aujourd’hui, la série continue de se vendre et de proposer de nouveaux morceaux musicaux sur lesquels danser.

Jusque-là, le fait de bouger dans son salon intéressait les joueurs, mais cela restait du divertissement sans réels objectifs sportifs. C’est véritablement la Wii qui a amorcé le bal de la mise en forme vidéoludique avec son "Wii Fit", un logiciel distribué avec une petite plateforme sans fil sur laquelle on fait du cerceau, du yoga, etc. En mai 2010, c’était le deuxième jeu le plus vendu pour la console avec 22,61 millions d'exemplaires. Du coup, les spécialistes du conditionnement physique et de la santé se sont intéressés de près à ce phénomène, particulièrement aux États-Unis où l’obésité infantile est un fléau. Pendant ce temps, d’autres logiciels sont sortis sur la console de Nintendo. Qui plus est, les compagnies rivales (Microsoft et Sony) ont alors lancé leur principe de détection de mouvement. Celui de lMicrosoft (Kinect) a particulièrement attisé la curiosité des experts puisqu’il ne requiert aucune commande. Il suffit de bouger devant le capteur de mouvement.

Ainsi, on a commencé dans les médias à comparer les deux solutions (Wii et Kinect) et à proposer des titres qui sont excellents pour pratiquer une activité physique. Dans cette vidéo, nous observons un jeune homme essayer le tennis de table successivement avec une Xbox 360 Kinect, une PlayStation Move et une Wii. Le tout est un peu mou et bien loin de l'énergie qui se dégage d'un vrai match de tennis de table :

 

 

Néanmoins, même des acteurs de la remise en forme, autrefois opposés à la télévision et aux jeux vidéo, ont vu des effets bénéfiques dans l'advergaming et ont commercialisé des logiciels pour les consoles. Par exemple, l’émission de télé-réalité américaine où des personnes obèses perdent du poids « The Biggest Loser » a développé son propre jeu pour les deux consoles. Bref, l’exergaming a atteint son plus haut niveau de popularité et devient une des solutions amusantes pour maigrir. Même des universités conçoivent des logiciels de la sorte pour améliorer la condition physique des joueurs. Par exemple, voyez cette faculté du Michigan qui a travaillé sur un jeu qui combine l'activité physique avec un principe ludique de défis entre dieux dans la Grèce Antique.

L'exergaming: aucune garantie de mise en forme, mais bon pour le moral

 

Mais les discours sont plus mesurés lorsqu'on s'interroge sur les véritables effets de ces jeux sur la forme physique des joueurs. Personne ne s’entend vraiment sur la question. Certes, tous admettent qu’il est beaucoup mieux de bouger, ne serait-ce qu’un peu, devant sa télévision que de rester assis. Cependant, suffit-il de jouer à Wii Fit ou à ses concurrents pour se maintenir en forme ? 

D’un côté, il y a les enthousiastes. Ceux qui clament que c’est excellent pour les enfants. Dans certains cas, on conclut que ces solutions technologiques sont plus efficaces que d’aller marcher. De l'autre, il y a ceux qui affirment que ces logiciels n’offriront jamais la véritable intensité d’un programme d’entraînement en gymnase ou dans un club sportif. Entre les deux, il y a également les tenants de la position réaliste : les jeux peuvent aider à se mettre en forme, à condition que les changements alimentaires (et même de vie) suivent aussi.

Jusqu'à présent, aucune recherche n'a montré que l’exergaming est totalement négatif. Même celles qui émettent des doutes sur la valeur sportive de ces jeux admettent tout de même qu’il s’agit d’un moyen stimulant l'activité qui peut aider à chasser la dépression. De plus, une récente étude a démontré que de tels exercices pourraient être bénéfiques pour les autistes. C’est probablement d’ailleurs l’aspect sur lequel tous s’entendent : l’exergaming a permis de remettre le plaisir au centre de l’activité physique. Une notion qui semble s’être perdue dans des pratiques sportives de plus en plus techniques.

L'exergaming est un énorme marché commercial, qui a des effets pervers. Par exemple, d’excellents jeux ont une disponibilité extrêmement réduite, car ils ne sont pas aussi séduisants commercialement que les titres phares des gros éditeurs, ou ne sont pas distribués aux bonnes périodes (le mois de janvier par exemple représentant un pic d'achat pour les exergames, censés effacer les excès des fêtes de fin d'année). 

L’exergaming a donc remis l'activité physique dans les salons. Une bonne chose pour nos sociétés sédentaires. Cependant, il ne s’agit pas d’une panacée. Ils peuvent être relativement efficaces uniquement si on les utilise régulièrement, qu’on opte pour des exercices intenses et qu’on modifie aussi ses habitudes de vie. Hé oui! On n’y échappe pas! Wii Fit, Kinect ou le Playstation Move ne nous feront pas maigrir si l'on continue à dormir peu et à mal se nourrir.

Avez-vous apprécié cette page?

Voir plus d'articles de cet auteur

Accédez à des services exclusifs gratuitement

Inscrivez-vous et recevez des infolettres sur :

De plus, indexez vos ressources préférées dans vos propres dossiers et retrouvez votre historique de consultation.

M’abonner
Je suis déja abonné