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La confiance, moteur du sport, de l'innovation et de l'éducation

Lorsqu'il gagne, l'athlète ne le doit jamais à lui seul. La relation de confiance nouée avec son entraîneur est la clé de sa performance. Et si c'était ça, la vraie leçon du sport ?

Par Christine Vaufrey , le 03 octobre 2011

Le sport : porteur de valeurs humanistes ou reflet de notre société obsédée par la performance ?

Le monde du sport est censé porter des valeurs intrinsèques utiles pour l'ensemble de la société et chaque individu : "Dépassement, respect de soi, de l'adversaire, des règles du jeu, solidarité, esprit d'équipe, goût de l'effort… les valeurs attachées au sport et à la pratique sportive sont assez faciles à identifier tant celles-ci sont régulièrement proclamées par une multitude d'acteurs (mouvement sportif, pouvoirs publics, associations, entreprises…), avec souvent des intentions bien diverses.", lit-on dans un article publié par le journal Le Monde en mars 2011, écrit par deux membres du cercle de réflexion "sport et citoyenneté". Les mêmes pointent également que le monde du sport peut tout aussi bien symboliser des tendances inverses : "le sport comme un miroir de la société, et donc des valeurs dominantes de son époque. Aujourd'hui, la compétition, la recherche de la performance, l'individualisme, les objectifs économiques ou politiques caractériseraient mieux le sport, en particulier le sport professionnel".

Que l'on penche pour la vision "rose" ou la vision "noire" du sport, il est une qualité des athlètes qui est rarement mentionnée : la capacité à faire confiance. Car un sportif n'est jamais seul. A ses côtés, se trouvent l'entraîneur et le préparateur physique. Dans l'entrevue qu'il nous a accordée, Thierry Kinderstuth mentionne que c'est parce que l'athlète est capable de faire confiance à ses coachs, et que ces derniers sont dignes de cette confiance, qu'il peut se dépasser et conserver sa motivation au-delà des difficultés. Il dit aussi que les athlètes qui suivent un double parcours d'études académiques et sportif à l'INSEP sont prêts à accorder leur confiance à leurs enseignants, élément fondamental et caractéristique des sportifs de haut niveau, selon Kinderstuth, leur permettant de mener leurs études jusqu'à leur terme, en dépit d'emplois du temps démentiels et de l'investissement personnel extrême que réclament l'entraînement et la participation aux compétitions. 

 

La confiance pour l'innovation

La confiance, voilà déjà quelques années que Richard Collin la considère comme l'élément essentiel de toute démarche d'apprentissage collectif et d'innovation. Si vous n'avez pas confiance en vos partenaires, vous ne voudrez pas partager les informations que vous estimez essentielles avec eux, et vous douterez de la qualité de celles qu'ils vous transmettent. "La confiance est la bande passante de la connaissance". La formule inventée par Collin et qu'il illustre dans ce diaporama par une métaphore sportive (le passage de relai), a fait le tour de bien des entreprises, mais combien sont capables de desserrer l'étau du contrôle et de lâcher la bride à leurs meilleurs éléments ? Et combien de managers sont prêts à suivre ces derniers parfois loin de ce qu'ils avaient imaginé mais en faisant confiance à leurs talents et leur capacité à déceler de nouvelles opportunités ? 

 

Quand la confiance se brise, la chute

Les membres d'une équipe sportive doivent se faire confiance, et doivent collectivement faire confiance à leur entraîneur qui en retour doit valoriser les talents de chacun et de tous. L'attitude désastreuse de l'équipe de France de football lors du Mondial de 2010 a montré ce qui se passait lorsque cette confiance mutuelle était brisée. Et lorsqu'un athlète qui pratique un sport individuel n'a plus confiance dans son entraîneur, il lui faut ensuite des années pour retrouver un niveau de performance acceptable. Les péripéties de Laure Manaudou avec ses entraîneurs successifs sont encore dans toutes les mémoires des amateurs de sport français; dans les journaux, le passage de la rubrique sportive à la rubrique people de la jeune nageuse et de son entraîneur a signé leur chute (provisoire, espérons-le) à tous deux. 

 

La confiance pour construire ensemble les apprentissages

Alors, il faut replacer la question de la confiance au centre de la relation prof-élève. Plus que d'une perte d'autorité, les enseignants souffrent sans doute d'un déficit de confiance. Confiance qui leur est portée par les élèves; confiance qu'eux-mêmes portent dans le système qui non seulement les emploie, mais leur donne une place importante dans la construction de la société. Être digne d'une relation de confiance implique des responsabilités; c'est préférer dire, droit dans les yeux de ses élèves ou étudiants "je vais vous accompagner jusqu'en haut, au-delà de ce dont vous pensiez être capables" et montrer par son attitude que l'on tient cet engagement, plutôt que "ils sont désintéressés, ils ne lisent plus, ils zappent en permanence, et de toutes façons tout le monde s'en fout". Ce que l'on nomme le charisme, qui nous fait nous souvenir de certains enseignants bien des années après que nos chemins se soient séparés, est sans doute un autre nom de la confiance partagée. Oser faire confiance, oser accepter la confiance et s'en montrer digne, voilà sans doute la plus belle leçon du sport, celle dont découlent toutes les autres qualités de cette pratique et qui ne souffre pas des affaires louches. C'est aussi une clé essentielle de la réussite intellectuelle. Que l'on se souvienne de la lettre qu'Albert Camus envoya à son instituteur, lorsqu'il apprit qu'il avait reçu le prix Nobel de littérature : "sans vous, (...), rien de tout cela ne serait arrivé". 

La confiance n'est pas le clientélisme. Ce n'est pas dire "je vous fais confiance, vous vous occupez de tout et moi je récupère les résultats". Non, la confiance repose sur l'effort et la vigilance partagés, l'exigence face à soi et à ses partenaires, la reconnaissance de ses erreurs et de ses limites. Se positionner comme le surhomme qui a réponse à tout est dramatique pour l'entretien de la confiance. Jouer de la force accordée par sa place dans le système (l'enseignant face aux élèves) ou par l'effet de nombre (les élèves face à l'enseignant), aussi. 

La confiance s'acquiert. Les jeunes sportifs apprennent à faire confiance à leurs coachs et aux membres de leur équipe. Les entraîneurs apprennent à faire confiance aux athlètes dont ils ont la responsabilité. Enseignants, étudiants et élèves, cultivons la confiance, pour réussir ensemble.

 

Illustration : The California National Guard, Flickr, licence CC-BY-2.0

 

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