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Le yoga ou l'apprentissage de l'amour de la vie

Certaines disciplines semblent difficiles à acquérir sans l'intermédiaire et la présence d'un enseignant. La figure du Maître, du guru, du guide, leur est intimement attachée.

Par Martine Dubreucq , le 03 octobre 2011 | Dernière mise à jour de l'article le 02 novembre 2011

Pratiquer seul ?


On peut pratiquer le yoga seul sans professeur : avec des vidéos, des enregistrements MP3, avec la Wii, avec des livres, des schémas, des photos commentées, des cours express d'initiation comme ici. Malgré la qualité des ressources en ligne ou des supports, l'absence de face à face et de suivi (la plupart des sites ne proposent pas l'accompagnement d'un professeur) sont probablement pour cette activité la plus forte cause d'abandon. Comme le dit l'auteur du blog du yoga au quotidien, « Sans professeur, vous n'aurez jamais de corrections et donc ce sera beaucoup plus difficile de pratiquer correctement. En outre, pratiquer le pranayama (exercice de respiration) sans assistance au départ, s'avère compliqué. Et du yoga sans pranayama, c'est vraiment comme rouler dans une voiture sans batterie. C'est absolument inefficace. »

Respiration alternée - Pranayama par inghtthebo

 

Une parole particulière

Le yoga est très dépendant de la parole du professeur, de la richesse de ses descriptions de postures, de l'univers qu'il évoque pour renforcer les visualisations. C'est un mélange habile de consignes précises, progressives, d'encouragements, d'échappées vers des images évocatrices de matières et de couleurs, de descriptions de l'anatomie pour faire entrer chacun dans la sensation de son propre corps.

La parole est un fil qui structure le temps de chaque séance mais contrairement à l'enseignement magistral, elle ne laisse pas le groupe dans la passivité, elle oblige à l'action.

Un bon professeur de yoga ne doit pas heurter des croyances, des valeurs et son approche doit mesurer soigneusement l'impact de ses paroles, qui éviteront de sonner comme une langue de bois ou de provoquer des fermetures affectives. Dans un groupe en effet, comment parler d'une discipline du corps et de l'esprit sans passer par une grille trop médicale, scientifique, qui serait celle des soignants, ou une grille trop performante qui serait celle des professeurs de gymnastique, ou encore une grille dangereusement mystique qui serait celle des sectes ?

 

 

 

Une présence qui oblige

Le mot « yoga » a un sens particulier depuis son origine : c'est le fait d'atteler des chevaux à un char, puis par dérivation le fait de s'atteler soi-même à une tâche. Ce sens est fondamental dans l'apprentissage : l'engagement implique de s'attacher fortement à un rituel, une habitude, un intérêt et d'en faire un des pivots autour duquel on va faire tourner sa vie. Lorsqu'on commence l'apprentissage de quelque chose, on s'y lie d'une façon ou d'une autre, et pas toujours dans le désir ou le plaisir. L'enseignant c'est celui qui est chargé d'assurer la constance et la répétition, de rappeler qu'il y a une voie qui mène à un enrichissement d'équilibre, de santé et de bien-être à travers la contrainte. Cette contrainte est dosée par le professeur en fonction de la motivation qu'il sent chez chaque personne. C'est donc à lui que l'on fait confiance pour s'imposer un effort.

 

Qu'en pense un professeur de yoga ?

 

Yan  Vergez, professeur de yoga et formateur en gestion du stress et management à Montpellier nous a donné son avis sur l'auto-apprentissage et sur la place de l'enseignant dans la discipline qui est la sienne, si liée au corps et à la présence. De formation universitaire (maitrise S.T.A.P.S ), il a approfondi plusieurs techniques relatives au Yoga et à la sophrologie pour suivre une voie qu'il qualifie de plus « spirituelle ».

 

Est-ce que vous pensez que le yoga peut s'apprendre seul avec une wii, des vidéos, des enregistrements ?

Je serais tenté de répondre oui, mais à un certain niveau d'autonomie. Avec une longue pratique du yoga, on peut tirer partie d'un support en ligne, d'un enregistrement et se passer de l'enseignant mais un individu peu ou pas expérimenté risque de ne rien comprendre et de se blesser. Ces types de cours sont trop généralistes et ratent une dimension importante du yoga, qui est l'individualisation de l'enseignement. Le professeur puise dans une variété de directions données, de descriptions de postures celles qui font écho pour chaque personne.

 

Quelle est l'importance du groupe en yoga ?

C'est la même que dans n'importe quel sport : l'instinct grégaire. Le groupe exerce une pression sur chacun qui le fait aller plus loin que s'il était seul, c'est une force d’entraînement. En même temps, il faut que le groupe soit suffisamment limité pour que l'enseignant puisse « ajuster » les postures ( ce mot est plus approprié que « corriger »). Certains grands groupes en Inde sont dirigés par un professeur qui parle et des assistants qui observent au plus près et ajustent.

 

Comment définiriez-vous la notion de progrès en yoga ?

C'est la capacité à faire de sa séance l'outil d'appréciation de son existence. Pour moi l'objectif principal du yoga, c'est d'aimer la vie. On doit se servir du cours pour en arriver là. Finalement, lorsqu'on est devenu suffisamment autonome, la personne du professeur, la question de sa présence ou pas est secondaire.

 

La notion de niveau n'a donc aucune raison d'être ?

Les cours de niveau, la visée de la performance sont même contre-indiqués. Le but d'un cours peut d'ailleurs évoluer en fonction de la pratique et les objectifs changer.

 

Est-ce qu'il peut exister une évaluation en yoga ?

L'auto-évaluation est très importante et elle passe par la confiance en soi à travers des schémas corporels, l'image que nous nous faisons de notre corps. C'est ce que pratiquent déjà un grand nombre de professeurs de sport à l'école. On demande à un élève de courir, non pas en évaluant son score, mais en lui demandant de deviner le score qu'il va faire. C'est lui qui va mesurer sa progression.

 

Est-ce que vous pensez que certains principes du yoga pourraient être profitables à des enseignants d'autres disciplines ?

Cela dépend du public : je ne peux envisager un enseignement imposé, c'est pourquoi j'ai choisi de m'adresser à des adultes déjà motivés, intéressés par cette démarche de recherche de développement personnel. Pour l'école, il est évident qu'on ne peut rien enseigner à quelqu'un en le lui imposant et qu'il faut clairement essayer autre chose.

 

D'une discipline à l'autre

Le yoga et la manière dont ses "pratiquants" envisagent l'apprentissage, dans une perpective de développement personnel met en évidence des notions centrales qu'il serait utile d'intégrer vraiment dans les pratiques scolaires et universitaires : la notion de confiance, liée à celle de contrainte acceptée. Il n'est pas inutile de rappeler également que tout enseignement devrait poursuivre le but d'augmenter le bonheur d'exister, comme le disait Georges Snyders :

"L’enseignant progressiste affirme que l’école ne parvient à la légitimité que si le jeune la ressent comme un espace-temps de joie présente – et non pas comme indéfiniment retardée, encore moins comme un monde d’ennui, étranger à ses préoccupations propres."

 

En lire plus sur Georges Snyders, sur le blog de Claude Lelièvre sur Educpros

 

Illustration : yoga for geeks, kris krug, Flickr, licence CC BY-NC-SA 2.0

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