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L’école par la radio en Afrique : un grand pas vers l’essoufflement

La radio est en Afrique le medium le plus populaire. Mais elle ne s'exploite en aucun cas pour l'école et s'investit pour la musique, le sport et la danse

Par Louis-Martin Essono , le 10 octobre 2011 | Dernière mise à jour de l'article le 28 août 2012

Beaucoup d’anciennes générations ont connu, pendant et immédiatement après la colonisation, l’euphorie des enseignements qui se dispensaient par la radio ou par la télévision. L’engouement était tel que l’Unesco avait réfléchi sur le statut des personnels qui œuvraient à la réussite de cette opération. Le français ou l’anglais par la radio avaient connu un succès fou à ces époques et aidaient à l’éducation gratuite et à distance, même si l’évaluation n’étaient pas formellement assurée. 

Parmi tous les moyens de diffusion d'informations, il apparaît que la radio en Afrique demeure toujours le médium le plus populaire, le plus répandu, le plus pratique et le plus utilisé, compte tenu d'une part de sa qualité proprement orale, et d'autre part de sa proximité avec les habitants. S'explique ainsi le succès des radios communautaires, sujet traité ailleurs.

Dès 2004, nous rendions compte dans Thot d'un projet d'éducation en milieu rural par la radio au Sénégal. Le Mali, qui avait acquis une solide expérience en la matière, a pour sa part mené un intéressant projet de formation des enseignants par la radio et les TIC. À plus grande échelle, l’OIF, l’Organisation Internationale de la Francophonie a misé sur une radio spéciale, le Canal Éducatif francophone qui adoptait la formation à distance pour la souplesse de ses dispositifs. Ce mode d’enseignement offre en effet la possibilité de créer des formations régionalisées, favorables à la collaboration d’institutions de formation, mais aussi à la mobilité des apprenants. Elle permet surtout de suivre des formations adaptées à des besoins spécifiques.

 

L'âge d'or de la radio éducative serait-il passé ?

Ces initiatives sont pourtant tombées dans l'oubli et confirment les points de vue énoncés dans ces colonnes même, il y a des années. On y déplorait le fait que  rares sont les stations de radio qui prennent du temps pour des "cours par la radio". Il en est de même de toutes ces télévisions qui ont fait preuve de prouesses techniques et technologiques que l’on peut mettre à contribution pour éradiquer à peu de frais l’analphabétisme. On peut estimer, sans risque de se tromper, qu’en dehors des radios rurales et des radios thématiques beaucoup trop générales, on recense une portion vraiment congrue de stations qui s’intéresse à l’enseignement par la radio et par la télévision en Afrique francophone.

Chaque ville, chaque lopin de nos quartiers, à Dakar, Libreville, Yaoundé, Lomé, Cotonou ou Abidjan, abrite une radio FM, une télévision privée dédiée à la musique, au sport, à l’humour. Aucune n’est consacrée à l’école. Seules les radios d’État consacrent un quart d’heure aux informations sur le secteur éducatif. Même les nombreuses radios campus en Afrique comme celle de Ouagadougou, ou encore celle de Yaoundé n’échappent pas à cette défaillance probablement due au manque de formation des personnels et de leur instabilité. Ce sont en effet des étudiants qui animent ces structures plus pour leur stage de formation que pour y faire carrière.

Les radios campus que j’ai visitées en Inde, en Chine, au Canada constituent de véritables entreprises éducatives au service de l’école et contextualisent les programmes. En Afrique, la radiolisation des contes, des traditions, des us et des coutumes, des langues locales sont des vœux pieux ou une utopie de peu d’envergure. Quelques expérimentations des littéraires sont peu connues, qui ne figurent que sur le net à travers le Litaf ou des sommes scientifiques internationales  et nationales comme en Afrique du Sud.

De quoi donner raison à ceux qui affirment haut et fort que l’Afrique c’est la musique et le jeu, la danse et la bouffe ! Il suffirait pourtant de peu de chose pour que les programmateurs de radio réaisent à quel point une émission éducative de qualité peut rallier les auditeurs... En témoigne par exemple le programme Click Info Ado diffusé sur plusieurs radios FM de Dakar, encore au Sénégal. 

Illustration : Internews Network, Flickr, licence CC BY-NC-SA 2.0

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