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Les TIC pour donner une seconde jeunesse aux savoirs informels africains

L'arrivée des Tic à l'école et leur non contextualisation entraînent la disparition des valeurs locales africaines. Pourtant, il n'y a là aucune fatalité.

Par Louis-Martin Essono , le 17 octobre 2011 | Dernière mise à jour de l'article le 03 juin 2016

Les grands-parents d'aujourd'hui, de plus en plus en jeunes, se surprennent à regretter que leurs petits enfants ignorent superbement les traditions ancestrales. S'ils se résignent à entériner la disparition de leurs langues au profit des langues internationales, ils comprennent mal en revanche pourquoi les jeunes accordent plus de valeur aux éléments de culture populaire qu'à ceux qu'ils peuvent leur transmettre.

En effet, nos marmots aujourd'hui non seulement s'expriment en anglais, en français ou en espagnol et peaufinent leur éducation à l'école occidentale qui les accueille dès le berceau, mais encore ils manipulent la télécommande de la télé, découvrent diverses fonctions de votre téléphone portable et vous épatent par leurs prouesses devant des appareils technologiques dernier cri.

 

Des savoirs anciens qui ne font pas le poids face aux éléments culturels internationaux

Mais, en même temps, les enfants désespèrent les jeunes papys puisqu'ils ne parviennent pas à lister plus de deux noms d'oncles maternels, et par là il posent le problème de l'éducation en Afrique. Autrefois, des procédés mnémotechniques permettaient de faire apprendre au bébé et dans l'ordre de leur naissance, la généalogie de la famille paternelle et celle de la famille maternelle, ou en un temps record le nom de tous les oncles maternels, les noms de tous les animaux domestiques comestibles, le nom des animaux sauvages à ongles et à sabots, ayant ou non une queue ou des cornes, susceptibles d'approcher le village.

L'arrivée des TIC, qui évacue ces procédés et externalise la mémoire, n'est en réalité qu'un prétexte. Ces outils sont comme une véhicule qui transporte tout ce que l'on met dans la malle arrière. Les Africains, on l'a déjà déploré mille fois ici, innovent peu, sont prompts à imiter leurs éternels maîtres et contribuent à parfaire les inventions des autres. Des CD, des DVD des chants traditionnels existent mais sont distribués de manière confidentielle, les contes, on l'a dit, sont développés et numérisés par les Occidentaux. Le Sénégal, comme le Burkina, s'y sont essayé avec l'aide d'une ONG étrangère.

La solidarité, la parenté, les noms d'arbres et la pharmacopée, la fonction et la qualité des aliments servis, la fonction et les messages que transmettent les ornements de tresses... s'acquéraient lorsque la maman, la grand mère, la tante parlaient aux enfants le soir au clair de lune à travers des chantefables, des contes ou des épopées.

 

Plus que la sauvegarde du patrimoine, sa revitalisation

Plusieurs actions ont pourtant été engagées, notamment par l'Adea, l'Association pour le Développement de l'Éducation en Afrique. Cette association a initié un groupe de travail consacré à l'Éducation non formelle. Le but est d'offrir une plateforme permettant de mettre en avant les avantages des approches non formelles; de renforcer leur contribution au bon fonctionnement de la société; de renforcer les partenariats entre l'Etat et les prestataires d'éducation non formelle; de trouver les ressources nécessaires ainsi que l'appui aux formes alternatives d'éducation de base dans la perspective de l'apprentissage tout au long de la vie. Les résultats des études sont disponibles à travers des publications en ligne.  

Le véritable travail se jour cependant au niveau de chaque pays, qui doit viser à développer et à conserver les valeurs locales par le biais de l'école contextualisée, en formant les enseignants dans ce cadre à tous les niveaux de l'éducation : maternel, primaire, secondaire et supérieur. Des initiatives locales comme le Crefsco, régionales à l'exemple de l'Épa ou internationales tels les ethnodocs de l'association Ethnoclic, s'évertuent à introduire le patrimoine local au sein de l'école.

On constate au travers de ces quelques exemples que les TIC ne constituent pas des ennemies des patrimoines locaux, bien au contraire. Si des bibliothèques entières peuvent retrouver une seconde jeunesse grâce à la numérisation des documents anciens, pourquoi nos contes, objets, traditions ne pourraient-elles pas connaître le même sort ? Les matériaux sont là, sur la toile, il suffit juste de s'y intéresser. 

Illustration : l'exécution des tresses traditionnelles, un "ethnodoc" déposé sur la plateforme Ethnoclic par le Crefsco.

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