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ONGs et médias, une histoire compliquée

Le financement des activités des ONG de solidarité internationale dépend étroitement de leur médiatisation. Ce qui entraîne une relation particulière aux organes de presse... et aux internautes.

Par Christine Vaufrey , le 14 novembre 2011 | Dernière mise à jour de l'article le 14 décembre 2011

En novembre 2011, plusieurs journalistes et techniciens de Radio-Canada ont participé à La semaine des correspondants organisée par le Centre d'études et de recherches internationales (CERIUM) de l'Université de Montréal. 

Une table ronde organisée dans le cadre de cette semaine a retenu l'attention d'Anne-Caroline Desplanques, qui en publie un compte-rendu sur le site de l'Observatoire du journalisme. Cette table-ronde, organisée le 9 novembre dernier, traitait de la délicate question des relations entre ONGs et journalistes. 

 

De la tentation du contrôle de l'information... 

 

Les journalistes participant à la table-ronde ont porté un regard critique sur les ONGs, les accusant de se livrer une féroce concurrence pour attirer l'attention des médias, et donc des donateurs potentiels. Cette attitude est évidemment contraire au principe de neutralité du journaliste, les ONGs tentant de contrôler le message qui est diffusé sur leur action. 

Certaines ONGs organisent de véritables voyages de presse sur les lieux des catastrophes. L'une des journalistes de Radio-Canada a la jolie formule de "journaliste embeded" pour traduire son sentiment lorsqu'elle s'est retrouvée dans cette situation, réalisant qu'elle était en fait à la merci des attachés de presse qui lui montraient ce qu'il fallait voir et lui disaient ce qu'il fallait en penser. Un autre journaliste a pour sa part témoigné d'une situation curieuse au Niger où il a du affronter de nombreux attachés de presse d'ONGs venant lui expliquer en quoi consistait la crise alimentaire subie par ce pays et l'action de lutte menée par leur employeur.

Néanmoins, les journalistes reconnaissent volontiers avoir besoin des ONGs, notamment pour atteindre des zones en plein chaos et y demeurer. Ils sont donc contraints d'accepter l'hospitalité des ONGs présentes sur les lieux, qu'ils préfèrent considérer comme une "prestation de service" (Radio-Canada rémunérant l'ONG pour le service) plutôt que comme un coup de main qu'il faudra remercier avec un reportage favorable...

Les journalistes soulignent néanmoins que toutes les ONGs ne courent pas après les médias certaines fuyant même les caméras. Comment se financent-elles ? Sans doute par d'autres canaux que l'appel au don public, celui qui est le plus étroitement articulé à la médiatisation des actions et aux images-choc qui assurent de l'audience, satisfaisant tant les patrons de presse que les gestionnaires d'ONGs. 


Il est vrai que les ONGs les plus en vue sont devenues expertes en diffusion d'information, tant il est admis depuis les années 80 qu'une action humanitaire n'existe que si elle est médiatisée. Un rapport de l'URD (Urgence - Réhabilitation - développement, organisme français indépendant qui travaille notamment sur la qualité de l'aide internationale) le dit clairement dans l'un de ses documents : "A l’heure actuelle, il existe une frontière nette entre les ONG de grande taille, possédant une forte image de marque leur permettant un accès relativement aisé auprès des média, et les ONG de taille plus réduite dont l’image ne permet pas une telle accessibilité. Cette distinction se répercute directement sur les montants des collectes de fonds auprès du grand public qui sont fortement conditionnés par la médiatisation. Cette corrélation entre médiatisation et collecte de fonds explique le besoin de l’ensemble  des ONG d’accéder aux média et notamment aux média publics" (1).  

 

... A la diffusion directe d'informations choisies

 


Il n'est donc pas étonnant que les ONGs se soient ruées sur le web considéré comme nouvel espace de diffusion d'information. Leurs sites sont tout entiers tournés vers l'appel au don (voir par exemple les sites de MSF, Oxfam International, Care) avec une mise en scène plutôt spectaculaire de leurs actions. En revanche, le visiteur cherchera en vain des explications sur les crises humanitaires, une évaluation des actions ou encore une présentation des partenaires locaux de ces ONGs. Il s'agit de sites vitrines, pas de sites ressources. 

Les réseaux sociaux sont eux aussi largement utilisés par les ONGs d'une certaine ampleur, toujours pour diffuser de l'information de manière descendante. Les réactions des lecteurs sont néanmoins plus visibles et nombreuses sur les pages Facebook de ces ONGs que sur leurs sites web, où nous n'avons pas trouvé d'espaces d'échange.

Pages Facebook :

Care

MSF 

Oxfam Canada (chaque section nationale d'Oxfam ayant sa page)

Cette communication ne tire qu'un faible profit du potentiel de dialogue et de co-construction des outils du Web 2.0. La lecture du compte-rendu de la table-ronde organisée au CERIUM et l'analyse des sites des ONGs montrent que ces dernières privilégient encore une diffusion d'informations à l'ancienne, du haut vers le bas, et manifestent une importante préoccupation de contrôle de cette information. L'esprit du Web 2.0 avec son potentiel de construction commune de l'information et donc de l'image des organisations, n'est pas encore passé par là. 

(1) Tsunami, Haïti : Quelles bonnes pratiques pour les plateformes de financements non-étatiques ? Laure Pons, Véronique de Geoffroy. URD, Juin 2010. Téléchargeable en .pdf.

ONG et journalistes : une relation amour-haine. Anne-Caroline Desplanques. Observatoire du journalisme, 9 novembre 2011.

La semaine des correspndants, sur le site du CERIUM, Université de Montréal

A voir également :

Observatoire canadien sur les crises et l'action humanitaire, CERIUM, Université de Montréal

Groupe URD : Urgence - réhabilitation - Développement, structure d'appui au secteur humanitaire et post-crise

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