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TBI : jamais sans mes ressources !

Les packs de ressources livrés avec les TBI ne présentent guère d'intérêts. Moins en tout cas que les ressources mises à disposition par les enseignants eux-mêmes.

Par Christine Vaufrey , le 29 novembre 2011 | Dernière mise à jour de l'article le 13 janvier 2012

La vogue des tableaux blancs interactifs, qu'on appelle aussi tableaux numériques interactifs ou encore tableaux blancs numériques, ne se dément pas. Le gouvernement de la province du Québec a décidé d'en équiper toutes les écoles. C'est la situation qui prévaut en Grande-Bretagne. Dans les pays francophones européens, les TBI font de plus en plus souvent partie des dotations TICE et l'on a désormais dépassé le stade de l'expérimentation. Même en Afrique où de nombreuses classes ne disposent pas encore de l'électricité, des ONGs oeuvrent pour que ce matériel trouve sa place. 

Les fabricants de TBI livrent rarement leur matériel nu. A côté du logiciel nécessaire pour le faire fonctionner, on trouve des bibliothèques de ressources censées répondre aux besoins des enseignants.

Aucune ressource ne convient à tout le monde

 

Est-ce si sûr ? Thierry Klein, créateur de la société Speechi et qui distribue les TBI eBeam, ne le pense pas. En 2009, il interrogeait même la notion de "ressource numérique" et soulignait que la présence de ressources numériques offertes par les fabricants pouvait finalement être considérées comme un argument de vente supplémentaire, bien plus que comme une aide réelle aux enseignants. 

Selon Thierry Klein à cette époque, les kits prêts à l'usage n'ont aucun intérêt, car 

- Ils ne répondront jamais aux besoins spécifiques de tel enseignant dans telle discipline et dans telle classe, ils sont trop standardisés;

- Ils seront toujours infiniment moins bien fournis que le web lui-même, qui regorge de ressources documentaires et logicielles qui peuvent être utilisées avec un TBI. 

Plus fondamentalement, le sujet des ressources numériques prêtes à l'emploi pose celui de la part de créativité que met l'enseignant dans la création / l'assemblage des ressources qu'il utilise en classe. La question n'est pas nouvelle : les manuels, si beaux et fournis soient-ils, n'ont jamais constitué la ressource unique de l'enseignant. Avant l'ère du copié-collé, il y a eu celle de la colle et des ciseaux : l'enseignant confectionnait lui-même ses supports en assemblant des éléments provenant de différentes sources, académiques ou pas. 

Offrir un pack de ressources prêtes à l'emploi avec un TBI, c'est nier cette créativité enseignante, c'est surtout donner au matériel un statut qu'il ne mérite pas : un outil reste un outil, et il revient à chaque utilisateur de choisir les ressources qu'il va exploiter avec. Autrement dit, l'outil est au service de l'intention pédagogique et de l'activité, pas l'inverse.

Pas d'utilisation standard, mais une adaptation des ressources aux besoins

 

Cette attitude vertueuse, valorisant la créativité des enseignants pour l'élaboration de leurs propres ressources, est-elle tenable ?

Pas vraiment. D'une part, parce qu'un pack complet de matériel + ressources fait plus "riche" qu'un matériel seul. On a l'impression d'en avoir pour son argent.

D'autre part, parce que les ressources livrées avec le TBI peuvent servir aux enseignants à "se faire la main" avant de créer les leurs.

Enfin, parce que le fait de devoir tout créer soi-même est porteur de stress. Mieux vaut utiliser une ressource pré-existante et la transformer, plutôt que la créer de A à Z, comme on le lit dans le billet d'une blogueuse québécoise : "Même les enseignants les mieux intentionnés peinent à trouver du matériel didactique à utiliser sur leur TBI. Ils se retrouvent à numériser des ouvrages imprimés, en ce demandant constamment s’ils ne sont pas en train d’enfreindre les droits d’auteur. Mais, en même temps, ils ont le sentiment qu’ils doivent le faire pour offrir des contenus adéquats à leurs élèves". 

La réutilisation est l'option choisie par de nombreux utilisateurs de TBI, qui mutualisent leurs ressources non pour une utilisation standard mais comme bases à adapter aux besoins spécifiques de chacun. 

Thierry Klein lui-même a adopté cette philosophie : sur la plateforme Interagir, créée par Speechi, les enseignants utilisateurs du TBI eBeam déposent et mutualisent les ressources qu'ils ont créées. Près de 270 ressources sont actuellement disponibles, classées en 12 disciplines.

Sur le site InterTNI de l'académie de Versailles, on trouvera aussi de nombreuses ressources à exploiter, et on notera que les ressources pour eBean sont largement les plus nombreuses, par rapport à celles qui sont proposées pour d'autres produits. Et via le portail TableauxInteractifs.fr, ce sont plusieurs centaines de ressources de tous ordres (sites, scénarios pédagogiques, travaux de recherche...) qui attendent l'utilisateur. L'abondance rassure. Les fabricants intègrent désormais les ressources créées par les enseignants à leurs propres offres. Le géant britannique Promethean propose ainsi aux enseignants de rejoindre une communauté d'un million d'utilisateurs sur le site Promethean planet, et d'y déposer leurs propres ressources.

Les ressources créées par les enseignants eux-mêmes sont-elles de meilleure qualité que celles qui sont conçues par des équipes d'édition et livrées avec les matériels ? Répondent-elles mieux aux besoins spécifiques de chacun ? Ce n'est pas du tout évident. Mais elles jouissent sans aucun doute d'une légitimité plus grande dans le monde enseignant, et peuvent probablement être plus facilement modifiées, cette facilité apparaissant à la fois au niveau technique et au niveau psychologique : ce que mon collègue a fait et met si gentiment à ma disposition, je peux facilement le défaire, l'améliorer pour mon propre usage. Un peu comme la recette du gâteau aux pommes de grand'mère qu'on adapte à son propre goût, en somme.

La véritable ressource, c'est le scénario pédagogique

 

Enfin, soulignons que les ressources les plus intéressantes ne sont pas les documents, ni même les descriptions d'activités à réaliser avec un TBI. Ce sont les scénarios pédagogiques. Ceux-ci articulent documents et activités dans un ensemble cohérent tendu vers un objectif d'apprentissage, et surtout témoignent de l'intention pédagogique du concepteur. Comme on le lit sur la page consacrée au TNI de la section Histoire-Géographie d'Eduscol, "on ne pose plus la question de l'existence d'une « pédagogie-TNI »: l'outil, même utilisé dans ses fonctionnalités les plus complexes, ne représente pas la possibilité d'une pédagogie nouvelle qui lui soit propre; il vient simplement permettre la mise en œuvre d'une réflexion pédagogique qui le précède". Sans cette réflexion, pas d'usage pertinent. Les plus beaux documents, les activités les plus sophistiquées en termes techniques, n'ont aucune valeur s'ils ne sont pas intégrés à un scénario pédagogique. Ces scénarios se partagent-ils ? Sans aucun doute. Mais nous sommes loin dans ce cas de la plupart des "ressources numériques" proposées par les fabricants. 

Sources :

Qu'est-ce qu'une "ressource numérique" ? Thierry Klein, blog de Speechi! mai 2009.

InterTNI accueille les ressources numériques pour TBI eBean. Thierry Klen, blog de Speechi, avril 2011.

Des TBI et des ordis... et puis ? Le journal numérique de Martine, février 2011.

Tableau Numérique Interactif (ou Tableau Blanc Interactif) développer les usages des TICE. Ediscol HGEC, octobre 2010.

Photo : Philippa Willits, Flickr, licence CC BY-NC 2.0

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