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Les pères fondateurs d'Internet soutiennent l'open data

L'idéal de libre circulation des données présent à la naissance d'Internet ressurgit avec le mouvement de l'open data.

Par Christine Vaufrey , le 29 novembre 2011 | Dernière mise à jour de l'article le 02 juin 2016

A la toute fin du mois de juin 2011 s'est déroulée à Berlin l'Open Knowledge Conference, conférence annuelle dédiée à tout ce que le monde numérique compte de "libre". Le thème de cette année portait sur l'open data, grand sujet de préoccupation du moment.

 

Richard Stallman et la défense de la liberté 

 

La première intervention fut celle de Richard Stallman. Celui-ci figure parmi les héros quasi-mythologiques du web, en tant que créateur de la licence publique GNU et promoteur infatigable du logiciel libre.

Stallman est un idéaliste, dans la mesure où son combat pour le libre tient beaucoup moins aux qualités intrinsèques et quasi-automatiques aux yeux de certains, des logiciels à code ouvert, qu'à sa volonté sans faille de garantir la liberté des utilisateurs : "Pour Stallman, l’open source se trompe fondamentalement par son insistance dans le besoin d’un code ouvert qui serait source d’un logiciel plus performant. Si la source ouverte est meilleure pour la Free Software Foundation qu’a créé Stallman, c’est parce qu’elle donne une meilleure garantie des droits et libertés de chacun dans l’univers numérique. Ainsi, un logiciel libre dans un environnement qui ne l’est pas ne garantit pas des logiciels « malicieux » qui pourraient piétiner nos libertés fondamentales" (blog Ntescouade, voir plus bas). Stallman s'érige par exemple vigoureusement contre les systèmes d'exploitation les plus connus des téléphones intelligents, qui emprisonnent l'utilisateur dans un réseau d'applications propiétaires. A contre-courant de nombre d'évangélistes numériques, il appelle l'iPad un iBad, cet appareil symbolisant à ses yeux la privatisation de l'espace numérique.

On comprend donc parfaitement que Stallman défende le mouvement open data et surtout l'utilisation de formats de données libres et pérennes, dans des environnements qui doivent l'être tout autant. Et le modèle du logiciel libre qui lui doit tant fait rêver nombre de promoteurs de l'open data qui, en plaçant les données sous licence libre, espèrent voir se développer de nouveaux produits et services économiquement viables. 

Tim Berners-Lee et la confiance dans l'inventivité des internautes

 

Autre père fondateur qui s'engage actuellement en faveur de l'open data : Tim Berners-Lee. Celui qui est l'un des principaux inventeurs d'Internet a été chargé, avec Nigel Shadbolt, de la mise en place du portail data.gov.uk par le gouvernement britannique. D'après Shadbolt, la présence à la tête du projet d'une personne aussi connue et légitime que Berners-Lee a largement contribué à son avancée rapide, puis à sa duplication. Il faut dire qu'en 2009, Tim Berners-Lee avait réalisé un coup d'éclat lors d'une conférence TED, en lançant un appel à la publication massive de données brutes ouvertes. Un an plus tard, il est revenu chez TED pour montrer quelques-unes des réalisations les plus marquantes attribuées au mouvement de l'open data. La carte actualisée en continu de Port-au-Prince, l'application britannique permettant à tout citoyen de contrôler l'utilisation de ses impôts, les cartes de traffic routier, le détail des dépenses publiques dans toutes les villes de Californie... figurent parmi celles-ci. Tim Berners-Lee encourage la publication de données issues des gouvernements bien sûr, mais aussi des organismes de recherche et des communautés elles-mêmes, qui peuvent atteindre un niveau de précision exceptionnel. 

Moins idéaliste sans doute que Stallman, Berners-Lee le rejoint pourtant dans son combat pour un web ouvert, porteur de promesses. Nul ne sait en effet quelles bonnes surprises peuvent sortir de l'exploitation des données ouvertes, tout comme personne ne savait vraiment ce qui allait advenir des premières lignes de codes librement accessibles. Parier sur l'inventivité plutôt que sur la cupidité pour inventer le web de demain, voilà une attitude séduisante qui mérite qu'on s'y arrête.

A lire :

Les 5 meilleures conférences de l'Open Knowledge Conference 2011. La Netscouade, septembre 2011.

L'Open data, une nouvelle matière première au développement. Les Echos, novembre 2011.

Favoriser la transparence de l'action publique grâce à l'open data. Entrevue avec Nigel Shadbolt. Cbolg Culture, juin 2011. 

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